La gloire des maudits, Nicolas d’Estienne d’Orves, Albin Michel

La gloire des maudits, Nicolas d'Estienne d'Orves

Paris, février 55.

Gabrielle Valoria peine à joindre les deux bouts. Elle est orpheline.

Son père, Enrique, assimilé à un collaborateur, a dilapidé toute sa fortune avant la fin de la guerre, avant d’être exécuté sous ses yeux à la libération. Sa mère est décédée également.

La jeune femme est obligée de vendre les dernières belles choses de l’appartement familial pour pouvoir manger et payer les frais de scolarité de son jeune frère.

Quand elle trouve une première lettre anonyme glissée sous son paillasson, elle est loin de se douter que ce courrier va changer sa vie… Et quand elle fait la connaissance de son auteur, elle ne mesure certainement pas les conséquences de ce qu’il vient de lui demander pour un salaire dont elle a vraiment besoin.

Gabrielle doit écrire la première biographie de Sidonie Porel, cette célèbre romancière qui fait la pluie et le beau temps chez les éditeurs du Paris d’après-guerre.

Faire la connaissance de Sidonie ne sera pas bien compliqué pour Gabrielle.

Susciter ses confidences, la mettre à jour beaucoup plus.

Qui est Sidonie exactement ? Est-elle une très grande romancière, ou juste une plagiaire, championne de la manipulation ?

Pour le savoir, Gabrielle va devoir se plonger dans le passé de cette femme si difficile à cerner, si fascinante, si désagréable parfois.

Il va falloir aussi s’introduire dans ces milieux artistiques et culturels où traîtres et menteurs grouillent. Qu’ils soient écrivains, comme Sidonie, qu’ils soient politiciens, journalistes ou encore grands patrons, Gabrielle va très vite découvrir que tous ont quelque chose à cacher … Quoi ?

C’est à lire dans cet excellent nouveau roman de Nicolas d’Estienne d’Orves, dont j’avais déjà adoré les « Fidélités successives » il y a quelques années.

Cette fois, il n’est plus question de trahison, mais de mensonges a expliqué l’auteur lors de la présentation de son ouvrage à la rentrée littéraire d’Albin Michel il y a quelques jours à Paris.

Une histoire de mensonges, une histoire de vengeance, une histoire d’amour, une histoire de famille aussi pour celui qui dit « aimer les grandes fresques avec beaucoup de personnages, construites comme un feuilleton dans lequel il se passe plein de choses ».

Nicolas d’Estienne d’Orves reconnaît être fasciné par la période de l’occupation.

Ici, il a voulu en analyser les conséquences, dix ans plus tard, au moment où « les collabos sortent de prison, quand, en 53, ils se réinsèrent dans la société,. Comment ils s’inventent des vies, comment ils se retrouvent à des postes qu’on n’imaginait pas et comment ils sont les enfants de leurs propres mensonges ». Car, poursuit l’auteur, « tout le monde avait quelque chose à se reprocher, et tout le monde a réinventé sa vie ».

« Le mensonge est un peu la matrice de tout cet univers et de tous ces personnages, sauf Gabrielle, qui est perpétuellement en quête de pureté et de vérité ».

Comme dans les « Fidélités successives », Nicolas d’Estienne d’Orves met en scène des personnages qui sont complètement sortis de son imagination, d’autres qui le sont beaucoup moins et certains qui ont vraiment existé. Ne craint-il pas dès lors d’éventuelles représailles ?

Voici sa réponse : « On verra les procès qui tomberont dans quelques semaines. J’aime prendre du vrai pour fabriquer du faux, et que le faux ait l’air encore plus vrai que la vérité, c’est ça qui m’amuse ».

On verra si ça amuse ceux ne manqueront pas de se reconnaître dans cette période si délicate de l’Histoire de France…

En attendant, « La gloire des maudits », qui sera chez vos libraires le 24 août prochain, est un roman qu’on ne lâche pas une seconde,  impossible de quitter cette plongée dans ce Paris intello et artistique des années 50.

Une immersion plus que réussie, pour nous prouver que le passé nous rattrape toujours, enfin presque …

Un véritable page-turner, en tout cas, un énorme coup de coeur, où le suspense est maintenu jusqu’aux dernières pages …

En attendant une suite ?

S’il vous plaît, Nicolas …

Auteur : leslivresdechristinecalmeau

Journaliste

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