Les soeurs aux yeux bleus, Marie Sizun, Editions Arléa

soeurs

Inutile de parcourir les lignes qui suivent si vous n’avez pas encore lu « la Gouvernante suédoise » (sorti chez Folio l’année dernière). Un conseil, passez votre chemin, et revenez quand vous l’aurez lu. Pas avant.

Ce serait en effet dommage de spoiler ce si joli roman que Marie Sizun consacre à l’histoire un peu compliquée de sa famille, ses fameux ancêtres franco-suédois.

Des ancêtres dont elle essaie de reconstituer la vie au départ d’archives, des ancêtres aussi qui restent entourés d’une part de mystère insondable, faute de documents suffisants à disposition.

« Les sœurs aux yeux bleus » débutent en 1877.

A ce moment-là, la famille Sézeneau s’est installée, à la suite de ce qu’on appelle pudiquement un revers de fortune, dans une grande maison de Meudon, au sud-ouest de Paris. C’est là que Hulda, l’épouse de Léonard va vivre ses derniers instants.

A la stupeur générale, en juin de cette année-là, la jeune mère de famille meurt, sans maladie apparente. On parle juste d’un épuisement physique et moral.

A 27 ans, le corps d’Hulda est comme usé : elle a eu cinq enfants en très peu de temps,  avant de découvrir que son mari avait une liaison avec la gouvernante Livia, celle qu’elle croyait être sa meilleure et seule amie, son unique confidente depuis très longtemps.

Le choc de la découverte, le chagrin et l’épuisement physique d’avoir autant enfanté, auront été sans pitié pour la jeune femme.

Pour Isidore, 10 ans, pour Eugène, 9 ans, pour les filles Louise, 7 ans, Nini, 3 ans, et pour Alice, toujours bébé, l’avenir ne se dessine pas de la meilleure des façons.

La mort de leur mère sera un traumatisme évident.

Mais que savent-ils exactement des causes du décès de leur maman ?

Difficile de se faire une idée tellement leur père reste silencieux sur le sujet.

Comme Livia d’ailleurs. Livia qui est toujours là pour prendre soin d’eux, comme leur propre mère.

Livia qui est plus que jamais présente pour les élever et les consoler de tous leurs chagrins.

Livia qui, il y a quelques mois, a accouché en cachette, d’un petit garçon qu’elle a appelé George. Il est le fils de sa liaison avec Léonard, un fils qu’elle ne peut évidemment pas ramener chez les Sézeneau : elle a dû le confier, dans le plus grand secret aussi à une nourrice.

Le petit George va rester chez cette nourrice pendant des années, car Léonard, qui ne sait pas qu’il vient d’être père une fois encore,  décide d’aller s’installer avec toutes ses filles à Saint-Pétersbourg, où les affaires l’appellent. Les aînés resteront au pensionnat en France. Et Livia sera du voyage pour prendre soin des fillettes.

Les mois passent. Les années aussi. Les filles ont bien grandi. Elles commencent à comprendre certaines choses, et ne portent plus le même regard sur leur gouvernante, qu’elles finissent par prendre en grippe.

Quand tout le monde revient en France, en 1885, c’est un soulagement pour les trois filles d’apprendre que Livia ne vivra plus avec elles.

Les adolescentes sont jolies, vives, curieuses, mais sous la coupe de Léonard, qui se révèle être un père aimant, mais extrêmement autoritaire.

Très rapidement, elles vont se rendre compte que la vie ne va pas être facile dans cette campagne du bord de mer, où elles vivent, retirées de tout, et où les seuls moments de joie et d’ouverture sur le monde à leur disposition sont les grandes vacances, quand arrivent les touristes avec qui elles nouent des liens d’amitié, leur permettant de briser la monotonie d’un quotidien bien souvent morose.

Ce sera le moment des premières attirances …

Celui des premières désillusions aussi …

Cruelles …

Elle croit avoir tout compris et considère l’injure qu’elle estime lui être faite comme adressée autant à ses soeurs. On leur a fait l’aumône, écrit-elle, de les admirer, de les trouver à nulle autre pareilles, mais on a passé son chemin, et on est allé offrir ses voeux à d’autres, plus fortunées. Le mot est lâché : c’est l’argent qu’elle n’ont pas qui les exclut, qui fait d’elles des parias.

Comment dans ce cas, avec autant de lucidité, envisager l’avenir sereinement ?

C’est dans ces conditions que les trois soeurs vont devoir faire le dur apprentissage de la liberté, en traversant deux siècles, en luttant sans cesse contre leur condition de jeunes filles désargentées, dans une société en évolution constante, qui est encore si pénible, et si injuste pour les femmes seules …

Parviendront-elles à trouver le bonheur auquel elles ont droit ?

Réponse dans ce magnifique et très addictif roman. Aussi charmant que le précédent, « La gouvernante suédoise ».

Un écriture limpide, une histoire à rebondissements, des personnages très attachants.

On ne peut qu’attendre une suite et un troisième tome …

 

 

 

 

 

Auteur : leslivresdechristinecalmeau

Journaliste

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