Les choses humaines, Karine Tuil, Gallimard

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Dans la famille Farel, il y a monsieur, 70 ans, célèbre journaliste politique en télé, vedette sur la chaîne publique.

Monsieur n’a qu’une seule crainte, c’est qu’on lui demande de prendre sa pension pour laisser la place aux plus jeunes.

Dans la famille Farel, il y a madame aussi. 27 ans de moins que son époux.

Intellectuelle, essayiste féministe reconnue, brillante.

Engagée pour les femmes. Son avis compte.

Madame et Monsieur Farel donc.

Claire et Jean.

Un couple libre : depuis des années, leur mariage n’est plus qu’une façade pour le public.

Chacun a refait sa vie de son côté, mais les deux restent en termes corrects pour leur fils Alexandre.

Alexandre, étudiant à Stanford, une des plus prestigieuses universités américaines, voire mondiales n’a pas encore fini ses études, mais son CV est déjà repéré par des chasseurs de têtes.

C’est qu’Alexandre est un élève plutôt surdoué, un premier de classe qui savait lire, écrire et compter à trois ans.

Même s’il n’a pas toujours été bien dans sa peau, aujourd’hui, le jeune homme semble avoir réussi à surmonter son premier grand chagrin d’amour.

Tout va donc relativement bien pour les Farel, excepté les vulgaires petits tracas du quotidien.

Jusqu’au jour où une accusation de viol vient menacer cet équilibre.

Evidemment, la nouvelle sort partout dans la presse : Alexandre, lui qui était promis à un si bel avenir,  le brillant fils de ce couple en vue, vient d’être arrêté par la police, soupçonné d’avoir violé Mila Wizman, la fille aînée du nouveau compagnon de sa propre mère.

Une accusation puis une mise en examen qui va déchaîner les passions.

Les répercussions seront énormes pour chacun des membres des familles concernées, tant du côté de la victime que du côté de l’accusé.

Tous sont complètement ébranlés par cette machine judiciaire qui leur tombe dessus.

Une machine impitoyable, inhumaine.

Si froide.

Un engrenage dont personne ne sort indemne.

La mère d’Alexandre est dévastée.

Claire continuait d’affirmer publiquement qu’elle était convaincue de l’innocence de son fils mais depuis qu’elle avait entendu le témoignage de Mila, elle doutait. Et s’il l’avait vraiment violée. (…) Il avait peut-être été « insistant sous l’emprise de l’alcool et de la cocaïne » …

Alors qu’il s’agit de déterminer si Alexandre est oui ou non coupable de ce viol qu’il jure ne pas avoir commis, son procès commence devant la Cour d’Assises.

En pleine période BalanceTonPorc.

En plein pendant l’affaire Weinstein.

Alexandre prétend que Mila était consentante. Elle dit qu’il l’a menacée avec un couteau.

Quelle sera l’issue de ce procès hyper médiatisé ?

Où est la vérité ?

Qui dit vrai ?

Alexandre qui ne se défend pas très bien, ou Mila, qui l’accuse en s’empêtrant parfois dans le mensonge ?

C’est à lire dans ce 11ième roman de Karine Tuil.

Un roman qu’on a beaucoup de mal à lâcher.

C’est tellement bien écrit, la construction en est redoutable, et il pose des questions tellement interpellantes qu’il en est addictif.

Addictif et assez époustouflant.

De quoi rendre la lecture de ce roman, aussi brillant que dérangeant, obligatoire dès l’adolescence.

Un roman qui bouscule sans jamais prendre parti.

C’est probablement ce qui fait sa force.

Peut-être le meilleur de Tuil, qui se retrouve une fois encore sur les listes du Goncourt …

Si vous ne lisez qu’un roman de cette rentrée, c’est celui-ci.

Tout cela je te le donnerai, Dolores Redondo, Pocket

9782266291590ORI

Alors qu’il est en train d’écrire les toutes dernières pages de son nouveau roman, Manuel Ortigosa, écrivain à succès, est interrompu par des coups frappés à la porte de son appartement madrilène.

Ce sont deux gardes civils en uniforme.

Il comprend très vite qu’ils ne sont pas là pour annoncer de bonnes nouvelles.

De fait, si les autorités se sont déplacées, c’est pour lui annoncer la mort de son mari Alvaro.

Un banal accident de circulation, d’après la police.

Sa voiture est sortie de la route, dans une ligne droite, alors que la visibilité était très bonne. Aucun autre véhicule n’est impliqué.

La police pense qu’il s’est endormi au volant, comme cela arrive malheureusement fréquemment.

A 44 ans, l’homme avait toute la vie devant lui.

Ses affaires marchaient bien, il était heureux en couple, avec Manuel qui n’en croit pas ses oreilles, mais qui doit douloureusement se rendre à l’évidence devant la dépouille de son compagnon à la morgue.

A la douleur de la perte si cruelle et si subite de l’être aimé, s’ajoute l’incompréhension totale face aux mensonges du défunt.

Parce qu’Alvaro avait annoncé à son époux qu’il partait à Barcelone pour quelques jours, le temps de la conclusion et de la signature d’un gros contrat avait-il précisé.

Or, c’est à des centaines de kms de là,  en Galice, dans sa province natale, que l’accident a eu lieu.

Là, où vit sa famille, une famille qu’il dit ne plus voir depuis des années parce qu’elle n’accepte pas son homosexualité.

Et puis, il y a cet inspecteur de police et cette médecin légiste qui laissent clairement sous-entendre à Manuel qu’Alvaro n’est pas mort dans cet accident de voiture, mais qu’il a été victime d’un meurtre. Une petite entaille au couteau, très discrète, pourrait en être la preuve.

Lors des funérailles, Manuel se rend bien compte de la puissance de la famille d’Alvaro : des aristocrates qui règnent en maîtres absolus sur ces terres galiciennes depuis des lustres. Et ça ferait très mauvais genre qu’on sache ou qu’on puisse penser qu’un de leurs membres est mort assassiné.

Visiblement, Alvaro n’a pas coupé les ponts avec eux comme il l’a prétendu si longtemps.

Pourquoi ?

Ce n’est qu’une des questions que se pose Manuel qui décide de rester quelques jours sur place pour essayer de comprendre qui était vraiment son mari.

Une décision qui ne fait pas que des heureux.

L’hostilité de sa belle famille est évidente. L’écrivain en a vu d’autres dans sa vie.

Il veut savoir. Et personne ne pourra l’en empêcher.

Même si ce séjour forcé en Galice ne sera pas de tout repos.

Qu’importe.

Manuel n’a pas le choix . C’est l’étape nécessaire pour essayer d’arriver à accepter cette disparition,  avec le risque de découvrir des choses qui le feront souffrir.

Son expérience lui a appris combien la vie peut être cruelle.

Mais il ne sait pas encore que chez ces aristocrates galiciens, on peut être aussi cupide qu’arrogant.

Une arrogance aussi détestable que tous ces secrets de famille qui remontent enfin à la surface…

Vous ne lâcherez pas ce pavé de 737 pages et tous ses rebondissements une seconde.

Les jurés du Prix Planeta, l’équivalent espagnol du Goncourt, ne se sont pas trompés en décernant, en octobre 2016,  le 65ième prix de son histoire à Dolores Redondo.

Ce roman, à la fois policier et chronique familiale d’un autre temps, se lit comme un excellent thriller.

Addictif. Touchant.

Un roman fort, très noir.

Attachant. Emouvant.

Dans cette Galice si mystérieuse, où le religieux a toujours une place prépondérante.

Comment ne pas être bouleversé par le cauchemar que vit son héros : se réveiller un matin pour apprendre la disparition de celui qu’on aime le plus, et puis se rendre compte que cet être si cher, avec qui on partage sa vie depuis si longtemps n’est pas la personne que l’on croit ?

Ne surtout pas passer à côté de ce petit bijou.

 

Une famille comme il faut, Rosa Ventrella, Les Escales

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Maria de Santis est née dans une famille de Bari, en plein coeur des Pouilles, dans le Sud de l’Italie.

Son père, qui ressemble vaguement à Tony Curtis, y est pêcheur depuis toujours. Il est aussi taciturne et violent parfois, mais rarement avec elle.

Sa mère, femme au foyer, a dû être très belle. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, effacée devant les colères et les humeurs du mari.

Maria a deux frères, dont l’un fréquente des voyous. Il ne devrait pas. Il pourrait lui arriver des bricoles.

Toute la famille vit dans une petite maison d’un quartier pauvre.

Nous, les enfants, nous courions après dans les virages d’une Babel de ruelles, dans les odeurs de draps étendus sur des fils de fer et de sauces relevées où les morceaux de veau mijotaient des heures durant. C’est sur ces pavés que j’ai passé ma jeunesse. Je ne me rappelle pas avoir pensé que ces années étaient moches ou malheureuses. La laideur et la douleur étaient partout autour de moi.

Mais Maria ne semble pas en souffrir.

Elle n’a jamais connu quelque chose d’autre, elle, la fillette qu’on appelle « malacarne » (mauvaise chair) en raison de son côté rebelle et de sa peau si mate.

Dans les années 80, elle poursuit sa scolarité avec les enfants de son quartier dans une petite école où le professeur peut être cruel avec ses élèves.

Ce n’est pas un problème non plus pour Maria, qui est intelligente, et qui a très vite compris que si elle voulait sortir de sa condition, et ne pas avoir la même triste vie que sa mère ou les autres membres de sa famille de Santis,  il n’y avait qu’une solution qui s’offrait à elle : celle d’apprendre encore et encore : son salut passera par les études.

Heureusement, son père, à qui elle est la seule à oser tenir tête, accepte qu’elle s’inscrive au collège pour y poursuivre sa scolarité.

Une vraie joie pour Maria, même si elle doit affronter l’inconnu et les méchancetés des autres élèves tous issus d’une autre condition sociale qu’elle.

Elle ne se laissera pourtant pas abattre.

Au contraire, les moqueries qu’elle doit parfois subir de ses camarades de classe vont renforcer son caractère et sa personnalité.

Son seul regret, c’est qu’à présent, Michele, ne sera plus là pour la défendre.

Michele, son seul véritable ami, qu’elle ne peut plus voir parce que son père lui a interdit de fréquenter ce garçon issu d’une famille de truands que tout le monde craint dans l’entourage de la jeune fille.

Elle se sent donc parfois seule, mais qu’importe, elle y arrivera.

Comment ?

C’est à découvrir dans ce très beau roman de Rosa Ventrella, le premier de l’auteure à sortir en français.

Certains esprits chagrins diront qu’il s’agit d’une copie des romans d’Elena Ferrante.

C’est faux. Complètement faux.

Le seul point commun entre les destins de Maria, et ceux de Lila et Lenù, les héroïnes de Ferrante, c’est qu’il concerne des fillettes qui grandissent dans un environnement extrêmement pauvre.

Pour le reste, l’histoire est complètement différente, elle se déroule dans des endroits différents également. Bari n’est pas Naples.

Et l’écriture de Ventrella n’est en rien comparable à celle de Ferrante. Elle est beaucoup plus rapide et incisive.

Au départ, avec Une famille comme il faut  Ventrella pensait écrire l’histoire de l’émancipation d’une fille par rapport à un père plus que difficile.

Ce sera finalement un roman beaucoup plus vaste que cela : celui de l’apprentissage de la vie quand on naît du mauvais côté, quand on ne peut compter que sur soi-même, dans cette Italie du Sud où pauvreté rime souvent avec violence, mais aussi avec amitié, amour et tendresse.

Un très beau roman.

 

Le dernier cadeau de Paulina Hoffman, Carmen Romero Dorr, Editions les Escales

9782365694285ORI

Paulina Hoffman vient de mourir.

A 84 ans, elle était pourtant encore en excellente santé et vivait toujours seule, en totale indépendance.

Une insuffisance cardiaque dans son sommeil aura eu raison de son existence, au grand désespoir de ses proches.

Paulina était extrêmement appréciée par ses enfants et par sa petite fille Alicia, qui a toujours vu en sa grand-mère presque une mère de substitution puisque la sienne est décédée quand elle était toute jeune.

C’est vers Paulina qu’Alicia s’est toujours tournée, quand elle n’allait pas bien, ou pour partager toutes ses joies.

Sa peine est donc immense.

Réunie chez le notaire pour prendre connaissance du testament de la défunte, la famille ne peut cacher son étonnement.

Au cours des cinquante dernières années de sa vie, Paulina avait été une femme riche, et comme toute Allemande qui se respecte, elle avait organisé sa succession dans le moindre détail …

Pour réserver une ultime surprise aux siens : elle lègue à sa petite fille, un appartement à Berlin.

Personne n’a jamais entendu parler de cet appartement, Paulina n’ayant même jamais mentionné le moindre voyage dans la capitale allemande.

Ce qu’elle aurait pu faire puisque Paulina y a grandi pendant la guerre, voyant d’abord son père médecin partir soigner au front, pour ne jamais revenir.

Paulina qui a aussi perdu ses deux frères adolescents enrôlés de force pour se battre contre les Alliés.

Paulina qui a vu sa meilleure amie juive disparaître du jour au lendemain, avec toute sa famille.

Paulina qui était assez âgée pour comprendre les horreurs du nazisme, et également les  atrocités commises par les soldats russes sur les femmes allemandes quand Berlin a été libéré.

Si Paulina a pu survivre à tout ça, c’est grâce à la persévérance et au courage de sa propre mère qui a réussi à quitter le payer pour fuir en Espagne, où elles avaient de la famille.

C’est là que la jeune fille va reprendre goût à la vie.

A Madrid, sous le régime franquiste.

Mais la vie ne sera pas facile. Elle sera même assez tumultueuse. Durant de très longues années.

C’est ce que va découvrir Alicia, qui a décidé de se rendre à Berlin, sur les traces du passé de sa grand-mère adorée.

Un voyage qu’elle entame dans de bien mauvaises conditions, après un divorce douloureux.

Et elle sera obligée de faire face à ses propres démons pour essayer de démêler le vrai du faux de ses origines germano-espagnoles, et aspirer enfin à la sérénité.

Le dernier cadeau de Paulina Hoffman de Carmen Romero Dorr est un bien joli premier roman qu’on referme à regret, tant on aurait voulu que l’histoire continue encore.

Ce voyage, qui nous balade constamment entre passé et présent, entre Madrid et Berlin, nous offre des tranches de vie de Paulina et de sa petite fille qui s’emboîtent impeccablement, d’une jolie manière, émouvante et assez fascinante.

Une vraie réussite que le destin de ces deux femmes si fortes et si fragiles à la foi …

 

 

 

 

Kaiser Karl, Raphaëlle Bacqué, Albin Michel

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Il avait dit qu’il ne voulait pas d’enterrement, pas de larmes non plus, quelle faute de goût.

Plutôt mourir avait-il ajouté. D’ailleurs, personne ne voulait envisager sa mort.

Même le boss d’LVMH, propriétaire de Fendi, reconnaissait qu’il n’en parlait jamais, que le seul cas semblable à celui de Karl, c’est le pape …

Il aura fallu des mois de négociations à Raphaëlle Bacqué pour rencontrer l’homme : le pape, l’empereur, le Kaiser. Celui sur qui aucune biographie n’a été publiée jusqu’à présent.

Pendant les trois heures de ce tête à tête, il a été charmant. Il a même enlevé ses lunettes noires.

Mais il n’a pas lâché grand-chose sur lui, en concluant : de toute façon, tous ceux qui connaissent mon histoire sont plus ou moins au cimetière.

C’est là qu’il s’est trompé le Karl.

Ils sont encore nombreux, ceux qui ont croisé la route de cet homme, avant qu’il ne devienne un acteur entièrement pénétré de son rôle. Beaucoup n’avaient qu’un petit bout de l’histoire. D’autres ont attendu qu’il meure pour parler enfin sans le craindre. Il a fallu revenir sur ses traces, relire la légende qu’il avait façonnée pendant soixante années, comprendre ce qui avait fait d’un fils de la bourgeoisie allemande né pendant la guerre le modèle de l’industrie de luxe et de la mode mondialisée. Et peu à peu, le puzzle s’est assemblé.

Un puzzle absolument fascinant .

Depuis Hambourg, sa ville natale, son enfance et son passé dont il a lui-même donné plusieurs versions, on sait que Karl a été un enfant roi, dans une famille qui n’est pas du tout dans le besoin, un petit garçon assez différent des autres, qui passe son temps à dessiner alors que les autres gamins de son âge jouent à l’extérieur. Un petit garçon qui peut être arrogant et snob, parfois d’une suffisance étonnante, sûr de sa supériorité et de sa distinction, un petit garçon plutôt préservé par la guerre.

Soixante-quinze ans plus tard, alors qu’il est adulé du monde entier, Karl Lagerfeld, de retour dans sa ville, ne veut pas avoir à évoquer ce passé. Il est allemand, mais absent de cette histoire.

 A 19 ans, il quitte l’Allemagne et ses parents.

Il ne jure que par Paris. Il est doué pour le dessin et porte un intérêt marqué pour les vêtements.

C’est à Paris, qu’il veut retrouver la magie du premier défilé auquel il a assisté avec sa mère : le 13 décembre 1949, Dior présente sa dernière collection à Hambourg. Un véritable éblouissement pour le jeune allemand.

Et très vite, Karl arrive à gagner sa vie grâce à ses dessins de mode, grâce aussi au prix remporté lors d’un concours organisé par la marque Woolmark.

Primé en même temps que lui cette année-là, celui qui marquera une grande partie de son existence : Yves Saint Laurent, adoré puis haï, admiré et jalousé. Son plus grand rival.

De chez Patou, où Karl est nommé directeur artistique en 59, et où il s’ennuie ferme, en passant par Chloé, et Fendi, Karl commence à se faire un nom quand il rencontre Andy Warhol.

Même s’il n’est pas mondialement connu comme l’artiste américain, sa notoriété monte tout doucement en puissance.

Tout va donc bien pour lui professionnellement.

Sentimentalement, c’est autre chose.

Karl est homo, il l’a toujours su. Un homo d’une genre particulier explique Bacqué.

Il goûte la sensualité des hommes, c’est certain  – même s’il n’aime rien tant que d’habiller le corps des femmes. Mais le sexe ne semble pas l’intéresser.

A 38 ans, Karl Lagerfeld rencontre celui qui sera l’amour de sa vie : Jacques de Bascher, un dandy au look proustien, qu’il entretiendra durant de longues années.

Si le couturier dit ne rien posséder, il touche un pourcentage conséquent sur toutes ses créations et gagne très très bien sa vie. Ce sera encore mieux à partir de 1983 quand il est engagé par les propriétaires de la maison Chanel.

Une arrivée qui secoue la planète mode… Un Allemand peut-il incarner l’essence même de la mode française ?

Son premier défilé n’arrivera pas vraiment à convaincre : le couturier se replonge dans les archives de la maison et y introduit ce brin de subversion que l’époque attend.

Et là, bingo, ça marche, les ventes s’envolent.

La consécration est proche pour celui qui est non seulement un couturier extrêmement créatif, mais aussi un communicant exceptionnel, ce qui fait que chaque jour, le Kaiser étend un peu plus son empire…

C’est cet empire que raconte Raphaëlle Bacqué qui lève un coin du voile sur la personnalité si mystérieuse de Karl Lagerfeld, et c’est absolument passionnant.

Une enquête commencée plusieurs mois avant le 19 février 2019, date de la mort du couturier.

Une enquête menée grâce aux témoignages de dizaines de personnes qui ont accepté de partager leurs souvenirs et leur vécu avec ce personnage hors du commun.

Une enquête pour laquelle la journaliste a plongé dans les backrooms des boîtes gays et les ateliers de haute couture, de Hambourg à New York, de Paris à Monaco, en passant par les défilés et les salons des puissants de ce monde.

Une enquête pour découvrir la vraie face de cet empereur de la mode, connu et reconnu partout, cet empereur qui s’est si souvent caché derrière ses lunettes noires, pour essayer d’éviter que tous ses secrets soient dévoilés.

On ne lâche pas un instant Kaiser Karl.

 

Dernier été pour Lisa, Valentin Musso, Editions Points

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En 2004, on les appelait les « Inséparables ».

Lisa, Nick et Ethan ont grandi tous les trois dans une bourgade du Wisconsin, à Black Oak, dans le nord des Etats-Unis.

Nick, le fils du médecin du coin, considère Lisa un peu comme sa soeur.

Ethan, lui, est très amoureux de la jeune femme. Ils forment d’ailleurs tous les deux un joli couple d’adolescents, même si Ethan semble parfois un peu jaloux des regards que portent les autres sur sa petite amie.

Cet été-là, ils terminent leur scolarité secondaire, avant de partir à l’université, loin de leur lieu de vie habituel. Enfin, deux sur trois partiront. Lisa et Nick. Car Ethan ira travailler dans le garage de son père. Les études, ce n’est pas pour lui.

On s’en doute, l’humeur est plutôt morose. Tous savent qu’ils sont au premier grand tournant de leur jeune existence. Ils ont très envie de découvrir autre chose, mais ont peur de l’inconnu, et Ethan est convaincu que Nick et Lisa vont l’oublier très vite dans leur nouvelle vie.

A la fin des vacances, pour goûter encore un peu à la douceur de l’été, et avant de quitter ses amis, Lisa profite de l’absence de ses parents pour organiser une fête chez elle.

Ce sera la dernière …

Un homme qui promenait son chien sur la plage découvre le corps de la jeune femme. Elle a été violemment frappée à la tête avec un objet contondant qu’on n’a jamais retrouvé.

Peu de temps après, Ethan est arrêté et inculpé. Et quelques mois plus tard, condamné à la réclusion à perpétuité.

Douze ans ont passé.

Nick est devenu un écrivain à succès.

Installé à New York, il n’a jamais revu Ethan depuis le procès.

Il n’a jamais été le voir en prison. Il n’a jamais cherché à avoir de ses nouvelles, et il est toujours très mal à l’aise quand on évoque cette affaire avec lui.

Tout simplement parce qu’il n’arrive pas à imaginer son ex-meilleur ami capable d’avoir tué Lisa.

Aujourd’hui, Nick doit retourner à Black Oak. Son père vient de décéder.

Black Oak où, contre toute attente, Ethan, qui vient d’être libéré pour un vice de procédure dans son procès, est revenu vivre.

Immanquablement, pour Nick, les fantômes du passé refont surface.

Il ne peut s’empêcher d’aller voir Ethan, et face à la méfiance des habitants de la bourgade, il va essayer de reprendre l’enquête crapuleusement bâclée à l’époque, pour tenter d’innocenter son ami et trouver le véritable assassin.

Y arrivera-t-il ? C ‘est à découvrir dans cet excellent thriller psychologique très noir et rondement mené.

Une construction impeccable. Une écriture limpide. Un rythme soutenu, un suspense entier jusqu’aux dernières pages sans aucun temps mort …

Il y a du Dicker et du Tropper dans ce « Dernier été pour Lisa ».

Dans la famille Musso, moi je demande Valentin …

 

 

 

La scène des souvenirs, Kate Morton, Pocket

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En 2011, Laurel Nicolson est une actrice célèbre en Grande-Bretagne.

Une vraie vedette.

Revers de la médaille, sa célébrité ne lui permet pas trop de se balader incognito.

Chacune de ses sorties se retrouve automatiquement dans la presse.

Mais cette fois, pas question de premier rôle.

Laurel doit se préparer à vivre des moments tristes et douloureux.

Elle se rend au chevet de sa mère mourante, dans le Suffolk.

En ouvrant une malle restée des années au grenier de la maison où elle a grandi, et en feuilletant un album photos de la famille,  elle découvre un cliché qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

Ce cliché est daté de 1941.

On y voit Dorothy, sa mère, aux côtés d’une femme que Laurel n’a jamais vue.

Elle ne la connaît pas cette femme, elle en est certaine, mais son prénom, Vivien, sonne étrangement à ses oreilles.

Il lui semble familier, comme si elle l’avait déjà entendu il y a très longtemps.

En fait, cette photo la ramène des dizaines d’années en arrière, dans son propre passé.

Ce jour-là, il y a cinquante ans, Laurel jouait dans la maison familiale, et durant l’après-midi, pour pouvoir goûter à un moment de solitude et rêver un peu, elle a voulu s’isoler de ses sœurs et de son petit frère, et elle s’est installée dans une cabane construite dans un des arbres de la propriété.

Cachée dans son arbre, elle se souvient très bien qu’elle a vu un homme venir frapper à la porte de la maison, elle se souvient aussi qu’elle a vu sa mère le tuer d’un coup de couteau.

Un évènement traumatisant qu’elle s’était empressée d’oublier. Et plus personne n’en a jamais parlé.

A l’époque, l’affaire avait été classée sans suite, la justice ayant considéré qu’il s’agissait de légitime défense de la part de Dorothy.

Mais aujourd’hui, Laurel voudrait en savoir un peu plus sur ce drame, sur cet homme, et sur cette Vivien aperçue sur la photo, celle à cause de qui elle a repensé à cette funeste journée.

Pour cela, il va falloir se plonger dans le passé secret de ses parents, à Londres, en pleine seconde guerre mondiale.

Une plongée qui s’annonce compliquée et délicate, mais qui va vite s’avérer passionnante grâce au talent de Kate Morton, grâce à son écriture, efficace et simple, grâce à la très bonne traduction de ce roman.

Grâce aussi à une construction addictive, alternant passé et présent.

Grâce surtout à l’histoire racontée.

Extrêmement touchante et captivante que cette scène des souvenirs …

Un des pavés de l’été…

Incontournable.