La scène des souvenirs, Kate Morton, Pocket

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En 2011, Laurel Nicolson est une actrice célèbre en Grande-Bretagne.

Une vraie vedette.

Revers de la médaille, sa célébrité ne lui permet pas trop de se balader incognito.

Chacune de ses sorties se retrouve automatiquement dans la presse.

Mais cette fois, pas question de premier rôle.

Laurel doit se préparer à vivre des moments tristes et douloureux.

Elle se rend au chevet de sa mère mourante, dans le Suffolk.

En ouvrant une malle restée des années au grenier de la maison où elle a grandi, et en feuilletant un album photos de la famille,  elle découvre un cliché qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

Ce cliché est daté de 1941.

On y voit Dorothy, sa mère, aux côtés d’une femme que Laurel n’a jamais vue.

Elle ne la connaît pas cette femme, elle en est certaine, mais son prénom, Vivien, sonne étrangement à ses oreilles.

Il lui semble familier, comme si elle l’avait déjà entendu il y a très longtemps.

En fait, cette photo la ramène des dizaines d’années en arrière, dans son propre passé.

Ce jour-là, il y a cinquante ans, Laurel jouait dans la maison familiale, et durant l’après-midi, pour pouvoir goûter à un moment de solitude et rêver un peu, elle a voulu s’isoler de ses sœurs et de son petit frère, et elle s’est installée dans une cabane construite dans un des arbres de la propriété.

Cachée dans son arbre, elle se souvient très bien qu’elle a vu un homme venir frapper à la porte de la maison, elle se souvient aussi qu’elle a vu sa mère le tuer d’un coup de couteau.

Un évènement traumatisant qu’elle s’était empressée d’oublier. Et plus personne n’en a jamais parlé.

A l’époque, l’affaire avait été classée sans suite, la justice ayant considéré qu’il s’agissait de légitime défense de la part de Dorothy.

Mais aujourd’hui, Laurel voudrait en savoir un peu plus sur ce drame, sur cet homme, et sur cette Vivien aperçue sur la photo, celle à cause de qui elle a repensé à cette funeste journée.

Pour cela, il va falloir se plonger dans le passé secret de ses parents, à Londres, en pleine seconde guerre mondiale.

Une plongée qui s’annonce compliquée et délicate, mais qui va vite s’avérer passionnante grâce au talent de Kate Morton, grâce à son écriture, efficace et simple, grâce à la très bonne traduction de ce roman.

Grâce aussi à une construction addictive, alternant passé et présent.

Grâce surtout à l’histoire racontée.

Extrêmement touchante et captivante que cette scène des souvenirs …

Un des pavés de l’été…

Incontournable.

 

 

Les actes, Cécile Guidot, Editions JC Lattès

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Après avoir fait un break de 6 mois pour effectuer un tour du monde en solo, Claire Castaigne, la petite trentaine, plutôt bien dans ses baskets, doit recommencer à travailler.

Cela ne semble pas franchement évident au premier regard quand on voit ses tatouages, quand on la voit enfourcher sa grosse moto ou encore quand on constate qu’elle passe ses pauses déjeuners à surfer sur Tinder pour se dénicher un rencard avec un mec, mais Claire est notaire.

Elle vient de postuler dans un prestigieux cabinet parisien, chez PRF.

Son entretien d’embauche face aux associés se passe bien.

Son expérience professionnelle précédente dans un autre office notarial de la capitale, son aplomb et son sourire lui permettent de décrocher le poste convoité.

Pendant neuf mois, elle sera notaire assistant, avant de peut-être changer de statut et de passer à notaire salarié.

Elle sera affectée à sa spécialité, le droit de la famille et du patrimoine.

Les successions, les divorces, les testaments, les donations et les contrats de mariage n’ont plus aucun secret pour elle.

C’était souvent difficile, mais elle aimait être face à la nature humaine dans toute sa complexité, même si parfois, elle ressentait comme un vertige d’être au bord du précipice.

Claire commence  à travailler directement.

En fanfare si on peut dire. Le présentateur vedette du journal télévisé vient de décéder d’une crise cardiaque à 52 ans. Il était marié, avait un enfant reconnu, mais aussi des maîtresses et d’autres enfants plus ou moins légitimes. Bref, un dossier sensible vu la personnalité publique du défunt, et assez compliqué vu sa situation matrimoniale .

Claire va devoir faire preuve de discrétion, d’ingéniosité et de diplomatie.

Heureusement, tous les dossiers ne sont pas aussi touchy.

Même si de nombreux clients de l’étude sont très aisés financièrement, il y en a aussi qui ne roulent pas sur l’or, et qui sont, eux aussi, obligés de passer par les services d’un notaire. Ce sont les préférés de Claire, les plus attachants, ceux qui ont le plus besoin d’une oreille charitable pour régler leurs problèmes.

Mais, que vous soyez riches ou pauvres, rien n’est simple quand la mort, la maladie, l’argent, les sentiments, les tromperies viennent bouleverser l’existence.

Claire y est préparée. C’est son métier et son quotidien : parfois violent, parfois cruel, parfois tragique, parfois drôle aussi.

C’est la vie et les coulisses d’une étude que Claire Guidot, notaire elle-même, nous fait vivre dans son premier roman.

Un peu comme si nous étions assis au coin de son bureau quand elle reçoit des clients.

Avec elle, nous vivons le quotidien d’un cabinet qui ressemble un peu à une fourmilière. Là où collègues sympas et ceux qui le sont beaucoup moins sont obligés de se côtoyer, de travailler parfois ensemble sur un même dossier, en respectant et en faisant respecter la loi, ce qui ne plaît pas toujours à tout le monde…

Là où comme partout, il y a les collègues qui sont prêts à rendre service, et les autres pour qui tous les coups sont permis…

Et puis, il y a surtout cette fantastique plongée au coeur de la nature humaine et cette immersion totale dans un monde complètement méconnu : celui du notariat.

Dans le monde de celles et ceux qui, malheureusement ou heureusement, selon les circonstances, partagent avec nous, que nous le voulions ou non, tous les grands moments de notre vie …

Un premier roman absolument passionnant, qui mériterait une suite …

Eden, Jeanne M. Blasberg, Les Escales

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Il y a quelques mois que Becca Fitzpatrick a perdu son mari.

Après cinquante années d’un mariage heureux, on peut imaginer toute la peine qu’elle doit ressentir.

A ce chagrin, s’ajoutent d’autres tracas beaucoup plus terre à terre.

Elle doit se rendre à l’évidence, son mari n’était pas un gestionnaire hors pair et le fait qu’il soit mort subitement, sans avoir eu le temps de mettre de l’ordre dans ses affaires, n’arrange rien à la situation.

Si elle ne prend pas des mesures draconiennes, elle risque bien d’être complètement ruinée et à la rue. Elle a pourtant déjà mis en vente une de ses propriétés, mais cela ne devrait pas suffire, et les banques attendent des réponses. Très impatiemment.

Pour la sauver de ce mauvais pas financier, il y aurait bien une autre vente, qui pourrait rapporter beaucoup plus, c’est celle d’Eden.

Eden, cette maison de vacances en bord  d’Océan Atlantique que son propre père a construite il y a très longtemps, dans les années 20, symbole de sa réussite.

A l’époque, Bunny Meister voulait que les passants aient le souffle coupé devant la bâtisse. Il avait réussi.

Même si le tissu d’ameublement à fleurs, très Nouvelle-Angleterre, était défraîchi, même si la peinture s’écaillait et si des chauves-souris avaient élu domicile dans le grenier, la demeure continuait à accueillir Becca été après été, lui procurant – à elle et à toute sa famille d’ailleurs – l’illusion d’être immunisée contre le chaos du monde. C’était la seule constante de sa vie.

C’est avec cette cruelle décision qu’elle va devoir prendre que Becca voit arriver l’été.

Un été qui commence aussi avec une nouvelle inattendue : Sarah, sa petite fille vient d’annoncer qu’elle attendait un bébé, et qu’elle a rompu avec le père du futur bambin…

Un mini-séisme qui est l’élément déclencheur pour Becca.

Puisque cette année sera la dernière où toute la famille sera réunie pour passer l’été et profiter une ultime fois de ce paradis qu’offre Eden, elle décide de dévoiler le secret qui la ronge et la hante depuis des décennies.

Elle lèvera le voile sur un pan de sa vie ce 4 juillet.

Au fur et à mesure que la date fatidique approche, Becca plonge dans ses souvenirs et son passé : celui d’immigrés allemands qui connaîtront des destins contrastés : tragique pour sa mère, et une belle ascension sociale pour son père.

Ce qu’elle va révéler pourrait bien bousculer une fois encore toute la famille …

C’est une bien jolie histoire que nous propose Jeanne M. Blasberg dans ce premier roman.

Un premier roman extrêmement bien construit, en proposant en parallèle la vie et le destin de trois générations de femmes, d’une même famille, aux aspirations complètement différentes.

Un siècle d’histoire familiale que vous ne lâcherez pas un instant.

Un premier roman très prometteur.

Jeanne M. Blasberg, un nom à retenir.

 

 

L’amour est aveugle, William Boyd, Editions du Seuil

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Nous sommes en 1894, à Edimbourg.

Brodie Moncur, 24 ans,  travaille déjà depuis plusieurs années chez Channon & Co, un prestigieux fabricant de pianos de la capitale écossaise.

Le jeune homme possède ce qu’on appelle « l’oreille absolue ». Ce qui lui permet d’accorder les pianos que son employeur vend comme personne.

On le dit véritablement surdoué dans son domaine.

Brodie est toujours resté en Ecosse, jusqu’au moment où son patron lui propose une promotion. Comme il ne se débrouille pas trop mal en français, un poste important lui est proposé dans leur succursale parisienne.

Pour Brodie, c’est l’occasion rêvée de voir enfin du pays, et surtout fuir cette province si étriquée, où la hargne de son pasteur de père terrorise une bonne partie de sa famille.

Il s’installe donc à Paris et commence son boulot en ayant une idée absolument lumineuse et révolutionnaire pour l’époque.

Dans le but de faire décoller les ventes qui stagnent un peu, il propose que Channon sponsorise un grand pianiste, histoire que les spectateurs des concerts puissent voir le nom de Channon le plus souvent possible en haut de l’affiche.   Du jamais vu à l’époque !

Et ça marche … au delà de toutes les espérances…

C’est ainsi que Brodie fait la connaissance de John Kilbarron, que tout le monde appelle le « Liszt français ».  C’est lui qui est choisi pour donner ses concerts avec un piano Channon.

Le courant passe tellement bien entre le pianiste et Brodie que celui-ci lui demande de l’accompagner en tournée.

Brodie accepte.

Encore une fois, une nouvelle vie commence pour lui.

Une vie qui le ravit, encore plus quand il tombe fou amoureux de Lika Blum, une soprano russe, qui est la maîtresse de Kilbarron …

Voilà qui pourrait faire désordre, d’autant que cette liaison est démasquée alors que tout le monde est en résidence à Saint-Pétersbourg.

A partir de ce moment-là, craignant pour sa vie, et convaincu d’être constamment traqué, Brodie s’enfuit.

Loin. Et déménage constamment.

De Nice, à Genève, en passant par Vienne, avant de filer au bout du monde : dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes…

Finira-t-il par être rattrapé par celui qui lui fait si peur, le frère de Kilbarron, celui qui a découvert sa liaison avec Lika ?

Réponse dans ce magnifique roman, une plongée passionnante dans le 19ième siècle.

Un voyage comme si on y était, dans ce siècle qui pressent les bouleversements qu’il va bientôt connaître, en assistant de manière privilégiée, depuis les coulisses, à tous ces grands moments musicaux.

La plume de Boyd est tellement magique, et la traduction tellement précise qu’on entend les notes sortir de ce Channon si brillamment accordé par Brodie, et cela même si on n’est pas mélomane.

Avec Brodie, vous vibrerez non seulement musicalement, mais également amoureusement.

Romantiquement.

Au sens noble du terme.

Vous frémirez aussi dans cette histoire absolument fascinante que vous lirez jusqu’à la dernière page sans reprendre votre souffle.

Un vrai bijou.

Les déracinés, Catherine Bardon, Pocket

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Almah  est la fille de Julius Kahn, un éminent chirurgien, chef de la Polyclinique de Vienne et d’Hannah Khitrov, la cadette d’une riche famille de banquiers.

Histoire de ne pas faire tout à fait comme son père, Almah ne veut pas être médecin : elle est étudiante en dentisterie.

Wilhelm Rosenheck, lui, a 25 ans, il est le fils de prospères imprimeurs installés depuis longtemps dans la capitale autrichienne, il ne veut pas reprendre l’affaire familiale : il veut être journaliste. Rien d’autre.

Nous sommes en 1932 quand Wilhelm rencontre Almah.

Le  coup de foudre est immédiat entre les jeunes gens.

Leurs fiançailles sont annoncées quelques mois plus tard, alors que le pays rentre dans une des périodes les plus noires et incertaines de son histoire.

Le mariage est célébré en juin 35 à la Grande Synagogue de Vienne.

Les invités à la noce essaient de ne pas penser à la situation politique ni à tous leurs amis qui ont déjà quitté le pays, un pays où la liberté d’expression ne sera plus bientôt plus qu’un lointain souvenir, un pays où l’antisémitisme se radicalise et devient chaque jour plus violent.

Almah et son mari, eux,  veulent essayer de continuer à vivre normalement. En octobre 36, ils saluent l’heureuse naissance d’un fils, Frederick.

Les mois passent, et la situation politique ne s’arrange pas. Au contraire, chaque jour dévoile une situation de plus en plus précaire pour la population juive.

Des écriteaux fleurissent dans les parcs, dans les édifices publics, des lettres anonymes, d’insultes ou de dénonciation atterrissaient dans les boîtes aux lettres. Les Juifs étaient diabolisés, des pestiférés en butte à l’hostilité générale et chaque jour était une nouvelle cure de désillusion.

Autour du jeune couple, leurs amis se bousculent aux frontières pour fuir, loin. Aux Etats-Unis ou en Angleterre. Un exil forcé encouragé par leurs parents, mais partir ne semble pas encore à l’ordre du jour pour Almah et Wil, tous les deux paralysés à l’idée de tout redémarrer à zéro ailleurs et de laisser une partie de leur famille à Vienne.

Mais, l’histoire s’emballe.

Le 12 mars 38, l’Allemagne nazie annexe l’Autriche. Dès le lendemain, tout le pays, et Vienne en particulier, connaît de violentes manifestations d’antisémitisme. En quelques heures à peine, des milliers de Juifs et d’opposants politiques de tous bords sont déportés.

Des familles entières se suicident. C’est l’horreur dans les rues. Les synagogues sont incendiées, les mesures anti-juives sont de plus en plus insupportables.

Nous étions exclus de toute vie sociale : théâtres, musées, bibliothèques, cinémas, salles de concerts, centres sportifs nous étaient désormais interdits. Les écoles publiques et les universités nous avaient fermé leurs portes. On nous privait de tout moyen de subsistance, nous interdisant de pratiquer nos professions.

Pour le jeune couple, la situation devient intenable.

La mort dans l’âme, ils décident de partir. Ils iront s’installer aux Etats-Unis.

Mais les choses ne sont pas aussi simples. Et c’est un terrible choc quand on leur annonce, alors qu’ils sont en Suisse, en transit, dans un camp de réfugiés de la Croix Rouge, que leurs visas américains sont des faux .

La seule solution pour eux est d’accepter de partir vers les Caraïbes, vers la République Dominicaine où le dictateur en place vient de promettre 100.000 visas aux Juifs d’Europe.

Une destination beaucoup moins attirante que les Etats-Unis, un pays où il n’y a rien, ou presque, où tout est à construire, quasi en pleine jungle, dans un environnement naturel plutôt hostile, sans aucune route ni infrastructure…

Comment la famille Rosenheck va-t-elle faire face à cet avenir qu’elle subit, meurtrie d’avoir dû quitter son pays, désespérée d’avoir dû laisser des parents à Vienne, avec ce terrible sentiment de culpabilité aussi d’être toujours en vie …

Comment Almah, Wilhelm, Frederick, et la petite dernière, Ruth, vont-ils reconstruire leur existence, et peut-être leur bonheur ?

Vous le découvrirez en lisant ce magnifique roman de Catherine Bardon.

Un roman qui marque à jamais,  où l’on se lie à vie avec les personnages, terriblement attachants.

Basé sur des faits réels, le roman évoque la faculté de rebondir, la résilience, les rapports humains, l’amitié,  l’amour.

Il y a tout ça dans le roman de Catherine Bardon et beaucoup plus encore.

Une fresque familiale absolument captivante qu’on lit d’une traite.

C’est probablement le meilleur poche de l’été … si pas de l’année …

 

Surface, Olivier Norek, Michel Lafon

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Noémie Chastain.

Le capitaine Noémie Chastain.

En première ligne.

Toujours.

Ce jour-là, avec son groupe des stups, elle est en perquisition chez un dealer de la pire espèce, un de ceux qui coupe sa coke à l’héroïne, histoire que le malheureux client soit beaucoup plus vite accro.

Ce jour-là aussi, l’ordure l’attend derrière la porte, et lui tire dessus au fusil de chasse, la touche au visage : mâchoire, oeil, nez, cuir chevelu.

La jeune femme est salement amochée, sa joue droite a quasi été arrachée.
Après un mois de convalescence difficile, en essayant d’éviter les miroirs, Noémie  tourne en rond dans son studio et veut reprendre son travail. Ce qui semble emmerder vachement la direction de la police judiciaire.

Un chien qui se prend un coup de pompe dans l’arrière-train mettra du temps à se laisser caresser de nouveau. Un flic qui se retrouve dans une opération qui dérape salement se met à douter du pouvoir de son flingue et de son propre groupe. Mais vous avez raison de parler de son physique, parce que son visage, ce n’est pas elle qui le voit, c’est nous. Ce sera un constant rappel du danger de notre métier et du fait qu’une équipe n’a pas réussi à protéger son officier. Ses blessures vont instiller la peur et la culpabilité, c’est pas bon. Pas bon du tout.

Malgré cela, Noémie revient dans son équipe où son petit ami, qui n’a pas eu le courage de rester avec elle quand il a vu visage, a désormais pris la place de chef, sa place à elle.

Bref la reprise est compliquée. D’autant que la jeune femme ne réussit pas son test au tir. Elle est toujours traumatisée et tremble comme une feuille son flingue à la main.

Si le moniteur est tout à fait compréhensif, l’ex vend la mèche à la direction, et Noémie est écartée, ou plutôt envoyée à la campagne, à Decazeville, dans l’Aveyron, bien loin de Paris, où les autorités envisagent de fermer le commissariat, faute de criminalité.

Sa mission sera une espèce d’audit.

Noémie n’a pas le choix. La mort dans l’âme et la rage au ventre contre son ex, elle fait ses bagages. Après 7 heures de train, elle débarque dans ce bled, qui ne ressemble évidemment en rien à la capitale.

Son installation se fait plus ou moins correctement, malgré le regard inévitable posé par ses nouveaux collègues sur ses cicatrices.

Une vie nouvelle, pour se reconstruire, c’est plus facile à dire qu’à faire…

Les jours passent. Noémie arrive doucement à la fin de son mois de mission.

Elle est en train de terminer son rapport sur le transfert du commissariat en zone gendarmerie quand on l’appelle pour la découverte d’un cadavre qui flotte dans un fût en plastique, à la surface du lac …

Très vite, on apprend que ce cadavre, c’est celui d’un enfant mort depuis des dizaines d’années … Les analyses ADN révèlent qu’il est l’un des 3 enfants disparus il y a très très longtemps. Une affaire qui avait, à l’époque, plongé les familles dans la douleur et la détresse. Un chagrin toujours bien présent et l’annonce de la découverte de ce corps déclenche à nouveau une onde de choc.

Pour Noémie, qui commence à aller un peu mieux, et qui comptait reprendre ses fonctions à Paris, c’est l’obligation de rester sur place pour enquêter sur ce cold case qui dérange vraiment beaucoup…

« Surface » est le cinquième roman d’Olivier Norek.

Après Code 93, Territoires, Surtensions, et Entre deux mondes en 2017, l’ex-flic, aujourd’hui en disponibilité,  revient au polar avec ce cold case hyper bien ficelé, impossible à lâcher avant d’avoir lu la dernière page.

La plume de Norek est efficace : simple, enlevée, rythmée. On ne s’ennuie pas une seconde.

L’homme sait de quoi il parle, ça se sent à chaque instant, et c’est probablement ce qui rend ce roman particulièrement humain, puisque Norek connaît le métier.  Sa fraternité, qui n’est pas un vain mot. Ses dangers aussi. Tous ses dangers. Les peurs, l’adrénaline, les blessures, les difficultés de se reconstruire, il connaît tout ça mieux que personne et son écriture fait le reste.

Avec beaucoup de pudeur, et de justesse, son héroïne nous embarque pour délivrer une prestation magistrale, dans ce roman peut-être un peu moins noir que les précédents, un roman qui laisse place à l’espoir. Et ça fait du bien.

 

Blanc mortel, Robert Galbraith, Grasset

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Il faut bien le reconnaître Cormoran Strike est plutôt le genre de mec à ranger dans la case « ours mal léché ». Du haut de son 1,92 m, il est une espèce de colosse brun, bourru, aux cheveux pas trop coiffés, et il faut le reconnaître, sapé n’importe comment. Il est le fils illégitime d’une ancienne rock star et d’une de ses groupies junkie.

L’homme a servi dans l’armée britannique. En Afghanistan notamment. C’est là qu’il a été blessé dans une explosion qui lui a coûté une partie de sa jambe droite. Il porte à présent une prothèse qui le fait pas mal souffrir.

Après sa revalidation, Strike n’a pas voulu du reclassement proposé par l’armée.

Alors, il a dû assurer sa reconversion. La seule envisageable pour l’ancien militaire, et d’après ses propres propos, c’est de poursuivre dans ce qu’il fait de mieux à savoir investiguer.

Ce qu’il aimait avant tout, c’était chercher, résoudre, établir la vérité, rendre justice. Cette passion, il le savait, résisterait à tout. Bien sûr, ce n’était pas drôle tous les jours. Il fallait se coltiner la paperasse, les clients pénibles, les collaborateurs à embaucher, à virer. Mais cela faisait partie du métier, au même titre que les horaires élastiques, la fatigue, les privations et les risques …

Aujourd’hui, il est donc détective privé. Il a fondé sa propre agence à Londres, et il a engagé une assistante, la ravissante Robin Ellacott. La ravissante, mais surtout très efficace Robin, dont le fiancé voit d’un très mauvais œil sa collaboration avec Strike.

Faut dire que le boulot peut être dangereux, et qu’il paie très très mal, les finances de l’agence étant quasi constamment dans le rouge. Même si les talents d’investigation du boss et de son assistante commencent à porter leurs fruits.

Tout doucement, affaire après affaire, Strike est à présent connu dans la place, connu, et reconnu, ce qui n’est pas toujours un avantage quand il faut filer quelqu’un …

Cette fois, alors que Robin vient enfin d’épouser son fiancé, Strike doit faire face à une nouvelle affaire pour le moins étrange.

Un jeune homme est venu à l’agence lui déclarer avoir été le témoin du meurtre d’un enfant retrouvé mort près d’un cheval, il y a des années.

Ce jeune homme semble assez perturbé psychologiquement, et avant que Strike puisse l’interroger plus précisément, il se sauve et disparaît dans la nature.

Il n’en faut pas plus pour chatouiller la curiosité de Strike, qui commence à gratter, avec pour seul indice, un bout de papier sur lequel est griffonné un nom de rue.

Très vite, le détective va se retrouver plongé dans une enquête qui va le mener des bas-fonds de Londres aux plus hautes sphères du Parlement britannique quand un ministre de sa très gracieuse Majesté le contacte pour mettre un terme au chantage dont il est victime depuis quelque temps.

Cette enquête reposait sur des bases très inhabituelles. Jamais auparavant il n’avait eu à traiter une affaire de chantage dont la victime rechignait à avouer les causes. Mais, après tout, songea Strike, il n’avait jamais eu de ministre parmi sa clientèle non plus. De même, il ne voyait pas tous les jours débarquer dans son bureau des jeunes gens probablement psychotiques proclamant avoir assisté au meurtre d’une enfant. Pourtant, depuis qu’il avait la une des journaux pour la première fois, Strike recevait constamment des messages d’individus plus ou moins déséquilibrés …

 Et s’il y avait un lien entre ces deux affaires ? Au premier regard, cela semble très peu probable. Et pourtant … L’enquête est compliquée, délicate, les ramifications nombreuses, dans des milieux où la morale n’est pas toujours la première des vertus, alors que Strike et Robin semblent de plus en plus proches.

Vont-ils enfin s’avouer leur attirance mutuelle ?

Réponse dans ce quatrième volet des aventures de Cormoran Strike.

Après l’Appel du Coucou, après le Ver à soie,  après la Carrière du mal, qui se sont vendus à près de 11 millions d’exemplaire à travers le monde, J.K. Rowling continue, sous le pseudonyme de Robert Galbraith, de nous faire vivre les enquêtes passionnantes de son détective si attachant.

Certains pensent que le roman, qui fait près de 700 pages, soit environ 100 de plus que les 3 tomes précédents est trop long.

Ce n’est pas mon impression. Au contraire. Et pour la première fois peut-être, Rowling/Galbraith nous fait entrer un peu plus dans l’intimité de ses deux héros.

Sans être particulièrement fleur bleue, l’histoire qui se joue entre Cormoran et Robin humanise terriblement la série. Et rend le détective et sa collaboratrice encore plus attachants.

On referme d’ailleurs Blanc mortel avec beaucoup de regrets, en se disant qu’il va falloir attendre de très longs mois, voire deux ou trois années avant de pouvoir lire la suite de leur histoire …