La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste

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Dans un lotissement absolument quelconque, il y a une maison qui sort un peu du lot, elle est un peu plus grande, avec de larges baies vitrées, un peu moins moche que les autres. Peut-être parce que l’architecte qui a dessiné le quartier Démo l’avait réservée pour lui.

C’est là que vit la famille.

Elle, 10 ans. Elle, dont on ne connait pas le prénom, son petit frère Gilles et leurs parents bien sûr.

La mère, femme au foyer, passionnée par les chèvres miniatures. Le père, comptable dans un parc d’attractions, chasseur de gros gibier.

Une pièce de la maison, on l’appelle la chambre des cadavres,  est réservée uniquement à ses trophées : zèbres, lions, daguets, sangliers, cerfs, antilopes, et dans un coin de la pièce, une hyène.

Tous sont bien évidemment empaillés et l’endroit est interdit aux enfants.

L’entente au sein du couple est loin d’être bonne. La mère a peur de son mari. « J’ai toujours été intriguée par leurs photos de mariage. D’aussi loin que je m’en souvienne, je me revois en train de consulter l’album à la recherche de quelque chose. Quelque chose qui aurait pu justifier cette union bizarre. De l’amour, de l’admiration, de l’estime, de la joie, un sourire… Quelque chose… Je n’ai jamais trouvé. « 

Alors que la principale fonction de sa mère est de (mal) préparer les repas, son père est très souvent vautré devant la télé, une bouteille de Glenfiddish à portée de main.

C’est dans cet environnement qu’elle grandit, en jouant avec son petit frère, dans la décharge toute proche, où s’entassent des carcasses de voitures.

Et tout va plus ou moins bien.

La tendresse et l’amour de Gilles pour sa grande soeur arrivent à combler l’indifférence parentale.

Jusqu’au jour où un accident terrible vient perturber le fragile équilibre qu’elle avait réussi à instaurer dans sa vie de gamine pré-adolescente.

Plus rien ne sera jamais comme avant.

Gilles est traumatisé, il ne rit plus.

Et elle n’a qu’une envie : revenir en arrière, remonter le temps pour effacer ces secondes qui ont précédé cet épouvantable drame. Toute son énergie se concentre entièrement sur Gilles, mais rien n’est simple pour ces enfants témoins des violences paternelles. « Ma mère couinait de douleur. Elle ne suppliait pas, ne se débattait pas , elle savait que ça ne servait à rien. De son visage déformé, écrasé par la main de mon père, je ne distinguais plus que sa bouche tordue par la terreur. Nous savions tous les trois que cette fois-ci allait être pire que toutes les autres.  »

Les années passent, elle est à présent adolescente. Va-t-elle réussir à dompter ce quotidien si dur de la vraie vie ? Parviendra-t-elle à slalomer entre les coups pour essayer de construire son existence ?

Réponse dans ce petit bijou d’écriture signé Adeline Dieudonné.

Un premier roman pour cette bruxelloise de 36 ans.

Un premier roman dont tout le monde parle. Il figure sur les premières listes du Goncourt et du Renaudot.

Un premier roman qu’on ne lâche pas.

Pas une seconde.

On y trouve des personnages incroyables, entiers, terriblement vrais, dans une histoire absolument hypnotisante, portée par une écriture limpide, qui arrive à la fois à nous effrayer, à nous horrifier complètement. Mais aussi à nous éblouir, nous envoûter,  nous fasciner, nous attendrir, nous charmer, nous arracher des larmes, mais aussi nous faire sourire, nous faire rire un peu.

Il y a tout ça dans « La vraie Vie » d’Adeline Dieudonné.

Un arc-en-ciel de sentiments pour un des meilleurs livres de la rentrée.

Seul bémol : vous ne demanderez plus jamais de chantilly à votre marchand de glaces ambulant.

Plus jamais.

Vraiment.

La gouvernante suédoise, Marie Sizun, Folio

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Nous sommes dans un des quartiers élégants de Göteborg, en 1867.

Là où viennent de s’installer Léonard Sèzeneau avec son épouse anglaise, quelque temps avant leur divorce.

Léonard, quarante ans, professeur de français, anime aussi à l’occasion des conférences sur la littérature française.  Et c’est lors d’une de ces présentations sur Madame Bovary qu’il fait la connaissance d’Hulda, 17 ans, Hulda, la très timide fille de riches banquiers, les Christiansson.

Quelques semaines plus tard, la jeune femme demande à son père de pouvoir prendre des leçons de français avec ce professeur dont on dit le plus grand bien en ville.

Sa demande est exaucée et son entourage familial ne peut que constater les bénéfices de ces cours particuliers sur l’épanouissement d’Hulda, « la jeune fille a depuis quelque temps quitté l’expression d’ennui maussade qui était la sienne depuis son retour du pensionnat. »

Petit à petit, on comprend qu’Hulda est attirée par Léonard, et bien évidemment, les choses se précipitent.

« Hulda a-t-elle osé, elle, la jeune fille sage, se glisser dans l’appartement abandonné par la malheureuse Anglaise ? De quelle façon les amants se sont-ils retrouvés, en quels lieux ? Personne n’a rien vu. Toujours est-il qu’au printemps 1868 le scandale éclate, soit qu’ils aient été surpris, soit que la petite a parlé à sa mère : elle est enceinte. Un coup de tonnerre pour la famille du banquier … »

Inutile de préciser que Léonard est limogé sur le champ, même s’il a formulé une demande en mariage et que Hulda est cloîtrée dans sa chambre … Mais la jeune femme est déterminée : elle menace de se tuer si elle ne peut pas le rejoindre.

Quelques mois plus tard, elle donne naissance à un petit garçon, et la petite famille revient en grâce auprès des parents banquiers. Le père se chargeant même de trouver un travail plus lucratif à son beau-fils qui réussit à développer les affaires qui lui ont été confiées au delà de toutes les espérances.

Les années passent, Hulda accouche d’un deuxième petit garçon, puis d’une petite fille et est enceinte une fois encore. C’est à ce moment-là que Léonard, très souvent éloigné par son travail, décide de chercher une gouvernante pour soulager son épouse, et l’aider dans l’éducation de leurs enfants.

Ce sera Livia, qui sera engagée.

Livia, vingt-deux ans, de la personnalité, de la prestance. Tout ce qu’il faut pour tenir une maison et veiller à l’éducation de bambins turbulents.

La jeune gouvernante fait donc son entrée dans la famille.

Très vite, elle se rend quasi indispensable.

Hulda peut enfin souffler un peu et voit en elle une véritable amie, sa seule confidente. Léonard, lui, ne peut qu’essayer de dissimuler la complicité qu’il développe en sa compagnie et les enfants l’adorent. Très vite, Livia est adoptée par tous et devient bien plus qu’une simple gouvernante.

Mais les affaires de Léonard ne vont pas bien. Il décide de s’installer en France, avec toute sa famille. Livia est de la partie également. Curieux quand on sait les difficultés financières auxquelles doivent faire face les Sèzeneau.

Pourquoi Livia les a-t-elle accompagnés dans cette sinistre maison à Meudon, pourquoi accepte-t-elle d’être le témoin de ce déclin,? Quels sont les secrets qu’elle porte en silence, sans jamais se plaindre ni exiger quoi que ce soit ?

C’est à lire dans ce magnifique roman de Marie Sizun.

Un roman d’amour, d’attirances, porté par une écriture d’une élégance rare.

Avec pudeur et retenue, avec tendresse, avec grâce et beaucoup de ferveur aussi Marie Sizun raconte l’histoire de sa famille, de ses ancêtres franco-suédois, en essayant d’être la plus proche possible de la vérité, malgré un certain mystère qu’elle n’a pas pu percer, faute d’archives suffisantes.

On ne peut qu’être séduit(e) par cet ouvrage au charme délicieusement désuet.

Derrière la lumière, Cyrille Legendre, Editions du Masque

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Son nom est connu dans tout le pays : il s’appelle Dan Mitlov.

Impossible de ne pas savoir qui il est : c’est la personnalité préférée des français. Rien que ça.

Métis aux yeux bleu clair, Dan est charismatique, inutile de le nier.

Il présente le jeu télévisé Prize Money sur la première chaîne, celle qui fait le plus d’audience. Des millions de téléspectateurs le regardent à chaque apparition dans la petite lucarne animer ce jeu hyper-populaire qui permet aux participants et aux téléspectateurs de gagner une petite fortune, et de changer de vie pour la plupart des gagnants.

Ce programme est surtout une consécration pour Dan, parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en a bavé pour arriver là où il est, sous les feux des projecteurs, à un poste qu’ils sont nombreux à jalouser.

L’enfance de Dan a été chahutée. Ses parents adoptifs américains l’ont rejeté, il a dû se faire tout seul et n’a pu compter que sur lui-même.

D’ailleurs, c’est sa participation et ses performances à un jeu télévisé qui l’ont révélé au grand public il y a quelques années.

Quand il a fallu remplacer l’animateur-vedette, c’est vers lui que la production et les responsables de la troisième chaîne publique se sont tournés, même s’il le reconnaît bien volontiers, il ne connaissait absolument rien au milieu de la télévision.

Depuis, les choses ont bien changé.  Sa percée dans le milieu audiovisuel a été foudroyante.

A présent, Dan est richissime, il gère ses affaires de main de maître.

Tout le monde sait bien sûr que le milieu de la télé est peuplé de requins. Dan le premier. Et s’il est au top de sa carrière pour le moment, il compte bien le rester.

Un jour, à la fin de l’enregistrement d’une de ses émissions, et comme il le fait chaque fois, Dan se tourne vers le public, serre des mains, embrasse des grands-mères, signe des autographes, quand une jeune femme lui glisse à l’oreille : « Je sais ce que tu as fait. je sais qui tu es réellement.  »

Qui est cette jeune femme ? pourquoi lui a-t-elle dit ça ?

Réponse dans ce roman, drôlement bien ficelé et construit par Cyrille Legendre. Cyrille Legendre qui connaît particulièrement le milieu puisque lui aussi, comme son personnage, a multiplié les participations à des jeux télévisés : « Maillon faible », « Money drop », « Questions pour un champion », et un record aux « Douze coups de midi » sur TF1, 71 émissions empochant un gain de 350.000 euros…

De qui s’est-il inspiré pour écrire ?

Legendre ne le dira pas, il vous laisse libre de vous faire votre propre idée dans ce thriller qu’on ne lâche pas une seconde, un thriller absolument sans concession sur ce milieu si cruel.

Un thriller qui a reçu le Prix du Masque de l’année … c’est dire …

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? Mathieu Menegaux, Grasset

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Gustavo Santini, la quarantaine, né à Buenos Aires, naturalisé français. Profession : directeur financier. Etat civil : marié à Sophie, deux enfants. Une existence heureuse et absolument sans histoire.

Gustavo s’apprête à vivre une journée importante dans sa carrière : il doit présenter un projet à sa direction générale, et il a besoin de toutes ses heures de sommeil pour être en forme.

Quand il entend tambouriner à sa porte à six heures du matin, il se demande qui peut bien vouloir le réveiller. Il se lève, s’habille maladroitement et entend ceci : « Police, ouvrez, ou nous forçons la serrure. »

Plus inquiet qu’agacé Gustavo s’interroge sur la raison de ce chahut matinal.  « La police ? Mais pourquoi ? A cette heure ? Un accident dans son entourage ? Qui ? … « 

Le commandant Michel Defils de la DRPJ de Versailles le met très vite au courant, alors que des policiers perquisitionnent toute la maison sous les yeux ébahis de son épouse et des enfants.

Trois ans plus tôt, sur le parking d’un centre commercial, une adolescente a fait l’objet d’une tentative d’enlèvement. Son père a essayé d’arrêter l’auteur. Mal lui en a pris. celui-ci n’a pas hésité à lui foncer dessus avec sa voiture.  Le père de la jeune fille est mort sur le coup.

Homicide volontaire. Meurtre en clair.

L’enquête reste au point mort pendant de très longs mois. Personne n’a vu le chauffard, excepté l’adolescente, qui a déclaré qu’il était blond et qu’il portait une veste en jeans. On sait aussi que la voiture était une Mégane blanche.

C’est très maigre comme éléments.

Mais qu’importe pour Michel Defils.

Il a promis à la fille de la victime de retrouver le meurtrier de son père. Il tient enfin une piste, il ne va pas la lâcher…

Comme des milliers de français, Gustavo Santini roule dans une Mégane blanche …

Comme des milliers de français, Gustavo Santini possède une veste en jeans …

Comme des milliers de français, Gustavo Santini est blond …

Pour lui, le cauchemar commence.

Il est emmené au commissariat et placé en garde à vue.

Les policiers aimeraient beaucoup qu’il craque pour consigner des aveux rapidement.  « Tout est en place. L’affrontement peut démarrer. Gustavo n’en est pas conscient, encore, mais c’est sa vie toute entière qui est en jeu. Il pense encore avec naïveté qu’il va être en mesure de faire valoir son innocence sur la base d’une conversation rationnelle, et que sa bonne foi finira par l’emporter sur des spéculations sans queue ni tête. Face à lui, les policiers sont comme une meute de hyènes, excitées par l’odeur du sang, attaquant sans relâche une proie blessée, diminuée, chancelante, dont elles savent d’instinct que la résistance ne sera plus que symbolique désormais. »

Pour se défendre, Gustavo ne dit pas grand chose. Il s’effondre tout doucement. Comment se rappeler ce qu’il faisait ce samedi matin-là, il y a trois ans ?

A l’extérieur, la presse, les réseaux sociaux se déchaînent sur lui, sur sa famille …

Son épouse Sophie ne veut pas croire en la culpabilité de l’homme qu’elle aime. Elle va donc tout faire pour prouver son innocence.

Mais comment rétablir la justice dans une société où l’émotion instantanée règne en maître, où les réseaux sociaux désignent les coupables idéaux, et où le quidam vautré dans son divan condamne et cloue au pilori sans rien connaître de l’affaire.

Mathieu Menegaux signe son troisième roman. Un roman fort, incroyablement d’actualité. Un roman qu’on ne lâche pas une seconde. Un roman complètement flippant.

Nous pouvons tous, un jour, nous appeler Gustavo Santini.

Plus que jamais, restons vigilants.

Snobs, Julian Fellowes, 10-18

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Edith Lavery est une ravissante jeune femme de vingt-sept ans.

Elle est la fille unique d’un père expert-comptable qui a très bien réussi et d’une mère dont le seul rêve est de lancer sa fille dans le monde. Le beau monde.

Aujourd’hui, pour tromper son ennui, la jeune roturière travaille comme standardiste dans une agence immobilière.

Lors d’un week-end à la campagne, elle croise Charles Broughton, l’un des célibataires les plus convoités de l’aristocratie anglaise. Quelques semaines plus tard, elle fait plus ample connaissance avec lui lors des courses à Ascot. Et, au grand désespoir de lady Uckfield, la mère de Charles, son fils tombe amoureux d’Edith.

Une liaison qui attire immédiatement l’attention des tabloïds qui n’hésitent pas à présenter Edith comme « une Cendrillon des temps modernes, l’employée de bureau soudain transportée au Pays des Rêves ».

Même si au début, la jeune femme est agacée d’être présentée comme celle qui grimpe à l’échelle sociale, elle finit par apprécier l’attention qu’elle suscite.

Les fiançailles des tourtereaux sont annoncées, et le mariage célébré en grandes pompes quelques mois plus tard, devant « une brochette de personnalités de la famille royale et de la haute société ».

La mère d’Edith ne peut cacher sa joie de voir sa fille devenir comtesse. La mère de Charles est assez désespérée, mais a trop d’éducation pour le montrer.

Le temps passe. La jeune femme doit bien se rendre à l’évidence.

Son existence avec Charles n’est pas spécialement trépidante. Entre d’interminables parties de chasse, des thés de bienfaisance où elle est obligée de supporter sa terrible belle-mère, et la vie à la campagne au rythme des saisons, Edith n’aurait jamais imaginé s’ennuyer aussi mortellement.

Jusqu’au moment où elle rencontre Simon Russell, un acteur de séries télé. Pas vraiment une star, pas un sombre inconnu non plus.

Juste de quoi susciter une fois encore l’intérêt de la presse à sensation, et de s’attirer les foudres de ce monde si fermé qu’elle a eu tant de mal à intégrer et qu’elle vient de quitter au bras de son amant ?

A quoi va ressembler sa vie à présent qu’elle est retournée s’installer à Londres, quel avenir lui réserve son aventure avec le beau Simon ? Edith trouvera-t-elle la force de résister aux critiques très dures qui fusent de partout ?

C’est à lire dans ce très très joli roman de Julian Fellowes.

« Snobs » est son premier roman. Il signera par la suite « Passé imparfait » et « Belgravia ».

Fellowes, qui est par ailleurs l’auteur de Downton Abbey, est probablement devenu le meilleur pour décrire l’aristocratie anglaise, ses moeurs, ses travers, son mode de fonctionnement si particulier.

Ici, l’intrigue est portée par la force des personnages et par une narration impeccable. Impossible de lâcher « Snobs » sans connaître la fin de l’intrigue. On y trouve tous les ingrédients qui rendent la lecture addictive : des personnages plus qu’attachants, de la tendresse, de l’amour, des coups bas, de l’ironie. De l’humour aussi, évidemment.

Absolulely delicious.

Les garçons de l’été, Rebecca Lighieri, Folio

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Dans la famille Chastaing, il y a Thadée et son frère cadet Zachée.

Le début de la vingtaine, un peu plus d’un an de différence entre eux deux.

Beaux, bien élevés, ayant grandi dans une famille très aimante, ils réussissent brillamment leurs études, et ont une passion commune, le surf.

Quoi de plus normal quand on habite à Biarritz ?

Thadée et Zachée font la fierté de leurs parents, Mylène et Jérôme, de leurs petites amies aussi, la si belle Jasmine et la très naturelle Cindy.

Ah oui, dans la famille Chastaing, il y a aussi Ysé, la petite dernière, la petite soeur, 11 ans, d’une intelligence incroyable et d’une maturité impressionnante pour son âge.

Cette année, les deux frères sont en vacances à la Réunion. Enfin, les vacances, c’est juste pour Zachée. Thadée, lui, a décidé de prendre une année sabbatique pour s’adonner au surf,  la Réunion étant réputée pour offrir des spots incroyables aux amateurs.

A la fin du séjour, c’est le drame, un requin arrache une jambe de Thadée.

Mylène se rend aussitôt sur place pour s’assurer que son fils chéri reçoit les meilleurs soins, et pour le ramener à la maison.

Un retour très difficile : le choc est évidemment rude à encaisser pour Thadée qui se renferme sur lui-même, et a des pensées suicidaires, malgré tout l’amour et les attentions que lui portent tous les membres de sa famille.

Les mois passent, le jeune homme, malgré la jalousie qu’il a développée par rapport à son entourage en bonne santé,  recommence tout doucement à avoir une vie sociale. Il envisage même de remonter sur un surf avec sa prothèse. Chez lui à Biarritz d’abord, et puis les deux frères décident de partir quelques jours au Portugal, à Nazaré, où les vagues sont absolument fantastiques.

Thadée et Zachée s’en vont.

Zachée ne reviendra jamais …

La famille Chastaing ne s’en remettra pas …

Que s’est-il passé dans ce petit village de pêcheurs portugais, avec quelles conséquences ? Vous le découvrirez en lisant, en dévorant « Les garçons de l’été », un roman absolument éblouissant, terrifiant, à la fois d’une cruauté sans nom et incroyablement lumineux.

L’écriture est vive, précise, élégante.

Rebecca Lighieri signe aussi sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam. Mais qu’importe le nom, elle a réussi à créer une véritable atmosphère et à distiller la tension dans ce thriller, de la première à la dernière ligne.

C’est le genre de roman qui vous rend complètement asocial. Une fois que vous l’avez commencé, vous ne le lâcherez pas avant la fin, et tant pis pour votre entourage.

Vous voilà prévenus.

La terre des morts, Jean-Christophe Grangé, Albin Michel

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La découverte du cadavre de la victime ne laisse rien présager de bon.

Absolument rien.

Sophie, 32 ans a été découverte, près d’une déchetterie, nue, ligotée avec ses sous-vêtements.

Comme si cela ne suffisait pas, la malheureuse a été défigurée, son bourreau lui a incisé le visage, des commissures des lèvres jusqu’aux oreilles, en lui enfonçant une pierre au fond de la gorge …

Après une semaine, l’enquête n’a absolument pas permis de découvrir quoi que ce soit. Pas le moindre élément pour coincer le meurtrier de la strip-teaseuse.

Le commandant Corso reprend donc le dossier à zéro, et ce qu’il lit ne lui plaît pas, mais alors pas du tout.

Qui était vraiment Sophie ?

Pour le découvrir, Corso est obligé de plonger, avec son équipe, dans les méandres d’un milieu pour le moins particulier : celui du porno, du bondage et des perversités les plus diverses, de quoi en déstabiliser plus d’un … d’autant que, très vite, un autre cadavre est découvert … Et les similitudes sont nombreuses.

La victime a été défigurée de la même manière, étranglée avec ses sous-vêtements, les noeuds des liens qui la ligotent sont identiques.  Elle travaillait dans le même club de strip-tease que Sophie …

De quoi énerver très fort Corso, qui n’est pas à prendre avec des pincettes. Lui qui n’est déjà pas franchement jovial à la base …

Corso, ce flic si atypique, qui n’a jamais connu ses parents,  »squatteur de foyers et de familles d’accueil durant son enfance, puis chien errant de sa propre adolescence, Corso n’avait jamais su se fixer ni s’adapter. Voleur, drogué, asocial, il avait été sauvé in extrémis …  » 

Corso, dont les plus belles réussites sont sa carrière de flic et son fils de 9 ans.

Un fils dont il pourrait bien ne jamais obtenir la garde principale qu’il réclame pourtant depuis longtemps. Son ex bulgare est en train de monter un dossier pointant tous ses travers…

Mais Corso n’est jamais aussi bon que lorsque la pression est là, et son suspect, finalement, il le tient.

Il s’appelle Philippe Sobieski, il est peintre, complètement débauché. Corso est convaincu que c’est lui l’assassin … Va falloir le prouver …

Un combat vertigineux s’annonce …

C’est du bon, du tout bon Grangé.

C’est LE thriller de vos vacances … Ce serait dommage de passer à côté.

Trois filles d’Eve, Elif Shafak, Flammarion

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Nazperi Nalbantoglu, que tout le monde appelle Peri, a grandi dans les années 80 au sein d’un quartier populaire sur la rive asiatique du Bosphore à Istanbul.
Entre un père complètement laïc qui ne crache pas sur un verre de raki, et une mère carrément bigote, qui ne parle que d’Allah, elle est la dernière née de la famille.
Gâtée, choyée, son enfance est plutôt heureuse, même si les tensions entre ses parents gâchent un peu son existence, et la rende surtout un peu plus compliquée, puisqu’elle est sans cesse tiraillée entre la piété militante de sa mère et le matérialisme tout aussi militant de son père.
Il n’empêche que Peri a la chance de pouvoir faire des études.
Elle lit beaucoup, et termine chaque trimestre première de sa classe.
Son père est convaincu que c’est l’éducation qui sauvera le monde.
Il veut qu’elle fasse ses études à l’Ouest.
A Oxford.
Avec un objectif, « tu te rempliras la tête de connaissances » lui dit-il, « et ensuite tu reviendras. Il n’y a que les jeunes comme toi qui peuvent changer le destin de ce vieux pays fatigué. »
Durant ses années de lycée, Peri traverse des périodes de foi, des périodes de doute aussi.
Avec son père, elle envoie sa candidature dans plusieurs universités prestigieuses à l’étranger, et finalement, c’est bien à Oxford qu’elle est admise.
Là-bas, elle fait la connaissance de Shirin, une iranienne plutôt émancipée, et de Mona, musulmane, très pratiquante, et féministe.
Les trois étudiantes deviennent amies, et fréquentent assidûment le cours d’Azur, leur flamboyant et si charismatique professeur de philosophie.
Depuis Oxford, les années ont passé.
Peri s’est mariée à un riche promoteur, et au moment où l’histoire commence, elle assiste à un grand dîner, dans une des somptueuses villas qu’on trouve le long du Bosphore.
Dans les conversations, tous les convives commentent les évènements que traverse la Turquie, et Peri ne peut s’empêcher de repenser à sa jeunesse, à ses études, à ses amies, à Oxford.
Pourquoi cette soudaine bouffée de nostalgie ?
C’est à découvrir dans cet excellent roman d’Elif Shafak.
La romancière turque n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’elle a déjà écrit une dizaine de romans, à chaque fois salués par la critique.
Shafak, qui est traduite en 48 langues, milite activement pour les droits des femmes et collabore à de nombreuses publications internationales.
Cette fois, elle signe une satire très dure, assez violente même,  sur la bourgeoisie stambouliote, mais aussi sur le fanatisme religieux, tous complètement aveugles aux aspirations et aux attentes d’une jeunesse qui finalement ne recherche que vérité et liberté.
Un tableau très lucide, et il faut le dire aussi, assez effrayant de la Turquie d’aujourd’hui…
A lire sans aucune hésitation.

L’invitation, Elizabeth Day, Belfond

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Ils s’appellent Martin Gilmour et Ben Fitzmaurice.

Martin est supérieurement intelligent, boursier, orphelin de père, sa mère est sans le sou.

Ben, lui, est séduisant, charismatique, issu d’une prestigieuse dynastie britannique.

Tous les opposent. Et pourtant, ils vont devenir amis à l’adolescence, le jour où Ben prend la défense de Martin dans la cour de leur très chic école, la Burtonbury School. Ben qui prend Martin sous son aile, et qui lui ouvre les portes d’un monde totalement inconnu pour lui jusqu’alors, celui de l’aristocratie britannique.

Amis, et quasi inséparables depuis, malgré des origines et des chemins de vie complètement différents.

Ben s’est lancé plutôt brillamment en politique. Martin est devenu critique d’art assez reconnu. Ben a épousé la flamboyante Serena. Martin partage la vie de la très discrète Lucy.

Pour fêter ses quarante ans, Ben organise une somptueuse fête dans sa nouvelle maison, à la campagne. Tout le gratin londonien sera présent. Martin aussi évidemment. Même si cette fois-ci, curieusement, il devra loger à l’hôtel, et non chez son ami.

Le lendemain, le tableau est un peu moins idyllique, et c’est bien plus qu’une gueule de bois : Serena est dans le coma. Ben à l’hôpital. Lucy est internée. Et Martin est assis dans la salle d’interrogatoire d’un commissariat. Face à lui deux policiers qui lui posent tout un tas de questions sur son passé avec Ben …

Que s’est-il réellement passé durant cette soirée qui s’annonçait inoubliable ? Pourquoi les choses ont-elles visiblement dégénéré, et pourquoi avec un tel déchaînement de violence ?

Et si finalement cette amitié cachait des sentiments beaucoup plus troubles ?

Inutile d’insister, vous ne saurez rien de plus sur cet excellent roman avant de le lire. Un roman impossible à lâcher tant la construction est redoutablement efficace.

Rien de mieux pour entretenir le suspense et la curiosité que ces versions délivrées alternativement par Martin et Lucy.

Celle de Martin racontée aux policiers, alors que celle de Lucy est consignée dans des carnets dont elle noircit les pages à la clinique psychiatrique où elle est internée. Lucy, spectatrice impuissante mais si lucide sur la relation parfois ambigüe entre Ben et Martin.

« L’invitation » est un roman noir, où les rapports sociaux tiennent le premier rôle : lutte des classes, destinée politique, ambition, et aussi désirs refoulés, le tout avec un flegme et un humour so british … of course …

Certains comparent déjà Elizabeth Day à Patricia Highsmith … Rien que ça …

Really marvelous.

 

Une vie entre deux océans, M.L. Stedman, Livre de Poche

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En 1918, Tom Sherbourne vient de passer des mois très difficiles dans les tranchées.

Depuis que la guerre est finie, le jeune homme ne pense qu’à oublier les horreurs qu’il a vécues et rentrer chez lui, en Australie.

Dans son pays, Tom, qui a besoin de solitude et de tranquillité, accepte un poste de gardien de phare, sur l’Île de Janus. La terre est isolée, sauvage, mais qu’importe, il accepte le poste.

Quelque temps plus tard, il fait la rencontre d’Isabel. Entre eux, un coup de foudre. Ils se marient et sont très heureux sur leur île, loin de tout.

Seule ombre au tableau qui fait que leur bonheur n’est pas parfait, le couple n’arrive pas à avoir d’enfant.

Jusqu’au jour où un canot vient s’échouer sur le rivage. A son bord, le cadavre d’un homme et un bébé, en bonne santé.

Isabel voit là un vrai cadeau du ciel. L’opportunité d’être enfin maman.

Elle demande à Tom de ne pas signaler cette arrivée aux autorités, de ne pas la consigner dans les registres qu’il tient scrupuleusement. Le jeune homme hésite, mais finit par accepter la demande un peu folle de son épouse.

Sur cette île du bout du monde, les mois passent, les années aussi.

Mais comme partout ailleurs, la vérité finit toujours sortir …

Avec quelles conséquences ?  Vous le découvrirez dans ce superbe roman. Le premier de Stedman, une romancière australienne installée à Londres.

Un roman somptueux : une écriture élégante, des personnages extrêmement touchants pour porter cette intrigue et le suspense d’une histoire sur les relations familiales.

Un roman qu’on n’oublie pas. Un vrai coup de coeur.