Beau ravage, Christopher Bollen, Collection Points

41omO4pzXSL

Ian Bledsoe n’a plus grand chose à faire à New York.

Son père, un magnat de l’alimentation, spécialiste du petit pot pour bébés, vient de mourir, alors qu’il était seul à son chevet.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Ian n’a aucune envie d’assister aux funérailles auprès d’une famille recomposée qui ne lui veut pas que du bien depuis son retour d’Amérique centrale.

Là où, lui, le futur riche héritier, a été accusé de s’être converti l’extrême gauche et de fomenter un attentat pour saboter l’usine de son propre père.

Cherchez Ian Bledsoe sur Google. Tapez mon nom dans un moteur de recherches. C’est ce qu’ont fait tous mes employeurs potentiels depuis mon séjour au Panama. Ma faute y est racontée dans le moindre détail, archivée pour la postérité dans le cloaque historique collectif.

Dans ces conditions, c’est très compliqué pour Ian de retrouver du boulot, ce qui a inévitablement des conséquences désastreuses sur ses finances. Il est complètement fauché.

Ce qui l’amène à reprendre contact avec son ami d’enfance, son ancien meilleur ami, Charlie.

Charlie, dont les parents étaient encore plus riches que ceux de Ian, est aujourd’hui installé au milieu de la mer Egée, sur l’île de Patmos, où il a lancé une société de location de yachts pour vacanciers aisés.

L’objectif de Ian est très clairement de demander de l’argent à son ami, pour essayer de se refaire une santé financière. Il se rend donc sur cette île de rêve, mais rien ne se déroule comme il l’avait prévu.

D’abord, Charlie n’accède pas à sa demande. Au lieu de lui prêter de l’argent, il lui propose de devenir son bras droit dans sa société.

Même si Ian n’y connaît absolument rien en navigation, ni en yachts, il n’a pas vraiment le choix et accepte la proposition qui semble néanmoins alléchante.

Ensuite, alors que Ian commence à peine à prendre ses fonctions, Charlie disparaît sans laisser aucune trace, laissant sa petite amie et son entourage dans l’inquiétude. Une disparition que Ian couvre, bien malgré lui durant les premières heures.

Avec son installation sur l’île paradisiaque, Ian pensait tourner le dos à ses problèmes …

Ils ne font que commencer.

La descente aux enfers n’est pas loin …

Sur Patmos, on ne fait pas que se dorer au soleil, draguer les filles et s’envoyer des shoots de vodka … et les amis ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

On a connu Christopher Bollen avec Manhattan People et plus récemment avec Long Island.

Beau ravage est son troisième roman. Son écriture est élégante et efficace.

Dans une histoire assez addictive finalement, malgré quelques longueurs et quelques lenteurs, impossible de lâcher ces 663 pages avant de connaître le fin mot de ce suspense où argent, amitié et jalousie se bousculent.

Un excellent choix pour l’été et les vacances.

 

 

 

Eden, Jeanne M. Blasberg, Les Escales

41KoK+2oleL

Il y a quelques mois que Becca Fitzpatrick a perdu son mari.

Après cinquante années d’un mariage heureux, on peut imaginer toute la peine qu’elle doit ressentir.

A ce chagrin, s’ajoutent d’autres tracas beaucoup plus terre à terre.

Elle doit se rendre à l’évidence, son mari n’était pas un gestionnaire hors pair et le fait qu’il soit mort subitement, sans avoir eu le temps de mettre de l’ordre dans ses affaires, n’arrange rien à la situation.

Si elle ne prend pas des mesures draconiennes, elle risque bien d’être complètement ruinée et à la rue. Elle a pourtant déjà mis en vente une de ses propriétés, mais cela ne devrait pas suffire, et les banques attendent des réponses. Très impatiemment.

Pour la sauver de ce mauvais pas financier, il y aurait bien une autre vente, qui pourrait rapporter beaucoup plus, c’est celle d’Eden.

Eden, cette maison de vacances en bord  d’Océan Atlantique que son propre père a construite il y a très longtemps, dans les années 20, symbole de sa réussite.

A l’époque, Bunny Meister voulait que les passants aient le souffle coupé devant la bâtisse. Il avait réussi.

Même si le tissu d’ameublement à fleurs, très Nouvelle-Angleterre, était défraîchi, même si la peinture s’écaillait et si des chauves-souris avaient élu domicile dans le grenier, la demeure continuait à accueillir Becca été après été, lui procurant – à elle et à toute sa famille d’ailleurs – l’illusion d’être immunisée contre le chaos du monde. C’était la seule constante de sa vie.

C’est avec cette cruelle décision qu’elle va devoir prendre que Becca voit arriver l’été.

Un été qui commence aussi avec une nouvelle inattendue : Sarah, sa petite fille vient d’annoncer qu’elle attendait un bébé, et qu’elle a rompu avec le père du futur bambin…

Un mini-séisme qui est l’élément déclencheur pour Becca.

Puisque cette année sera la dernière où toute la famille sera réunie pour passer l’été et profiter une ultime fois de ce paradis qu’offre Eden, elle décide de dévoiler le secret qui la ronge et la hante depuis des décennies.

Elle lèvera le voile sur un pan de sa vie ce 4 juillet.

Au fur et à mesure que la date fatidique approche, Becca plonge dans ses souvenirs et son passé : celui d’immigrés allemands qui connaîtront des destins contrastés : tragique pour sa mère, et une belle ascension sociale pour son père.

Ce qu’elle va révéler pourrait bien bousculer une fois encore toute la famille …

C’est une bien jolie histoire que nous propose Jeanne M. Blasberg dans ce premier roman.

Un premier roman extrêmement bien construit, en proposant en parallèle la vie et le destin de trois générations de femmes, d’une même famille, aux aspirations complètement différentes.

Un siècle d’histoire familiale que vous ne lâcherez pas un instant.

Un premier roman très prometteur.

Jeanne M. Blasberg, un nom à retenir.

 

 

La dernière chasse, Jean-Christophe Grangé, Albin Michel

aaaa.jpg

Pierre Niémans, qu’on a connu dans les Rivières pourpres,  est de retour.

Il y a plusieurs années, il a été sérieusement blessé physiquement, tellement amoché d’ailleurs qu’il a, tout un temps, été déclaré « invalide de première catégorie » par la Sécurité sociale.

Ne parlons pas de son moral qui en a pris un fameux coup également.

Après sa convalescence, l’administration l’a envoyé donner cours à l’Ecole de Police, puis, lui a demandé de s’occuper de cas tout à fait spéciaux.

V’là le topo, lui avait-on dit en substance, y’a de plus en plus de crimes cinglés aux quatre coins de la France, les cruchots s’en sortent pas. On va monter un Office central qui pourra envoyer des gars de Paris dans tout l’Hexagone. Des flics aguerris, détachés, au cas par cas, auprès des services de gendarmerie.

Niemans accepte, sa seule revendication : qu’on lui désigne un adjoint.

Ce sera une adjointe. Elle s’appelle Ivana Bogdanovic. Elle est d’origine croate.

Ce qui lui était arrivé de mieux depuis son retour du néant.

Avec elle, il fait route vers Fribourg-en-Brisgau, dans la Forêt Noire, en Allemagne.

Ce qui les intéresse, cette fois, c’est un meurtre qui a été commis en Alsace : la victime, s’appelle Jürgen Geyersberg, 34 ans.

Il a été retrouvé horriblement mutilé après une partie de chasse, sa tête reposant à plusieurs mètres de son corps.

Le jeune homme était le principal héritier, avec sa soeur, de la vingtième fortune allemande, une place due aux activités très lucratives de leur entreprise, VG, le leader de l’ingénierie automobile teutonne.

Chaque année, les Geyersberg organise une grande chasse à courre en France, ce qui est strictement interdit dans leur pays, une chasse où se presse toute l’aristocratie locale.

Sur la scène de crime, les premières constatations n’ont pas donné grand chose.

L’enquête s’annonce délicate, d’autant que les Geyersberg, qui sont des gestionnaires redoutables de leur empire, pèsent plus de dix milliards de dollars.

Autant d’argent ne laisse personne indifférent.

Le frère et la soeur ont plus d’un ennemi.

Même si, pour les actionnaires du groupe, éliminer Jürgen n’a pas de sens, ce serait un peu comme tuer la poule aux oeufs d’or.

Il n’empêche : les faits sont là : qui a pu en vouloir à Jürgen au point de le décapiter, et de le mutiler autant ?

Il y a bien quelques pistes à creuser, mais Niémans et Bogdanovic ne sont pas au bout de leurs surprises dans ce monde si particulier des amateurs de chasse, ou dans celui des amateurs de molosses terrifiants utilisés par les nazis, des chiens censés avoir disparu de la planète depuis des dizaines d’années, depuis la fin de la guerre et le démantèlement des « Chasseurs noirs », les braconniers d’Hitler, toujours prêts à effectuer les basses besognes du dictateur.

Niémans a toujours eu horreur et une peur panique des chiens, et cela depuis sa plus tendre enfance…

Cela ne va pas forcément l’aider dans sa quête de la vérité, et le danger est toujours présent …

Vous ne lâcherez pas ce 13ième roman de Grangé avant de l’avoir fini.

Un Grangé au top de sa forme, des personnages plus vrais que nature, attachants et si complexes,  avec leurs faiblesses et néanmoins toujours cette volonté d’aller de l’avant.

L’histoire est forte, le suspense maintenu jusqu’aux dernières pages.

C’est un Grangé grand cru que ce millésime 2019.

Probablement un des meilleurs.

 

 

 

 

 

L’amour est aveugle, William Boyd, Editions du Seuil

619w6Oz0hML

Nous sommes en 1894, à Edimbourg.

Brodie Moncur, 24 ans,  travaille déjà depuis plusieurs années chez Channon & Co, un prestigieux fabricant de pianos de la capitale écossaise.

Le jeune homme possède ce qu’on appelle « l’oreille absolue ». Ce qui lui permet d’accorder les pianos que son employeur vend comme personne.

On le dit véritablement surdoué dans son domaine.

Brodie est toujours resté en Ecosse, jusqu’au moment où son patron lui propose une promotion. Comme il ne se débrouille pas trop mal en français, un poste important lui est proposé dans leur succursale parisienne.

Pour Brodie, c’est l’occasion rêvée de voir enfin du pays, et surtout fuir cette province si étriquée, où la hargne de son pasteur de père terrorise une bonne partie de sa famille.

Il s’installe donc à Paris et commence son boulot en ayant une idée absolument lumineuse et révolutionnaire pour l’époque.

Dans le but de faire décoller les ventes qui stagnent un peu, il propose que Channon sponsorise un grand pianiste, histoire que les spectateurs des concerts puissent voir le nom de Channon le plus souvent possible en haut de l’affiche.   Du jamais vu à l’époque !

Et ça marche … au delà de toutes les espérances…

C’est ainsi que Brodie fait la connaissance de John Kilbarron, que tout le monde appelle le « Liszt français ».  C’est lui qui est choisi pour donner ses concerts avec un piano Channon.

Le courant passe tellement bien entre le pianiste et Brodie que celui-ci lui demande de l’accompagner en tournée.

Brodie accepte.

Encore une fois, une nouvelle vie commence pour lui.

Une vie qui le ravit, encore plus quand il tombe fou amoureux de Lika Blum, une soprano russe, qui est la maîtresse de Kilbarron …

Voilà qui pourrait faire désordre, d’autant que cette liaison est démasquée alors que tout le monde est en résidence à Saint-Pétersbourg.

A partir de ce moment-là, craignant pour sa vie, et convaincu d’être constamment traqué, Brodie s’enfuit.

Loin. Et déménage constamment.

De Nice, à Genève, en passant par Vienne, avant de filer au bout du monde : dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes…

Finira-t-il par être rattrapé par celui qui lui fait si peur, le frère de Kilbarron, celui qui a découvert sa liaison avec Lika ?

Réponse dans ce magnifique roman, une plongée passionnante dans le 19ième siècle.

Un voyage comme si on y était, dans ce siècle qui pressent les bouleversements qu’il va bientôt connaître, en assistant de manière privilégiée, depuis les coulisses, à tous ces grands moments musicaux.

La plume de Boyd est tellement magique, et la traduction tellement précise qu’on entend les notes sortir de ce Channon si brillamment accordé par Brodie, et cela même si on n’est pas mélomane.

Avec Brodie, vous vibrerez non seulement musicalement, mais également amoureusement.

Romantiquement.

Au sens noble du terme.

Vous frémirez aussi dans cette histoire absolument fascinante que vous lirez jusqu’à la dernière page sans reprendre votre souffle.

Un vrai bijou.

Missing : Germany, Don Winslow, Points

006461172

Frank Decker est un ancien marine de l’armée US.

Il a notamment servi en Afghanistan et en Irak pour lutter contre Al Qaïda.

Ancien marine également, son pote, Charles Sprague. Qui lui a sauvé la vie quand leur véhicule a sauté sur une mine.

Frank est aussi ancien flic. Mais aujourd’hui, il a quitté la police.

Il veut simplement gagner sa vie en faisant quelque chose d’utile.

Et il prétend qu’il est doué pour retrouver des gens qui ont disparu.

Ce qui est la vérité. En Irak, il le faisait pour les éliminer. Ici, il les ramène vivants.

Charles Sprague a quitté l’armée, lui aussi. Il en garde de très vilaines cicatrices dans le visage, après avoir sauvé Franck d’une mort certaine.

Charles est à présent promoteur immobilier en Floride. Et les affaires marchent plutôt bien pour lui.

Il déborde de projets, et il est milliardaire.

Frank n’hésite pas une seconde quand Charles l’appelle un jour, complètement affolé.

Sa femme, la très belle Kim n’a plus donné le moindre signe de vie depuis plusieurs heures, ce qui ne lui ressemble pas vraiment.

A-t-elle été enlevée ? Est-elle partie volontairement sans rien dire, pour le quitter ? A-t-elle fait une mauvaise rencontre ? Est-elle seulement toujours en vie ?

Les hypothèses sont nombreuses et pas vraiment réjouissantes pour le mari très inquiet.

Une inquiétude qui grandit encore quand on retrouve des traces de sang dans la salle de bains de la jeune femme…

Une jeune femme bien sous tous rapports.

Elle a fait des études, elle s’occupe volontiers d’organisations caritatives.

Orpheline de père et de mère, elle n’a plus de famille. C’est d’ailleurs Frank qui l’a conduite à son bras à l’autel, lors du mariage de son ami.

Bien sous tous rapports, vraiment ?

L’enquête commence à peine, et une des premières choses que Frank découvre, c’est que Kim n’a pas dit toute la vérité sur son passé à son mari et à ses amis …

Le tableau est nettement moins rose qu’annoncé, ce qui risque de multiplier les pistes pour essayer d’élucider cette disparition…

Des investigations que vous allez suivre impatiemment, sans lâcher une seconde la progression de l’enquête dans ce Miami qui n’est pas vraiment celui des cartes postales. Ici, des gangs, la mafia russe ou ukrainienne se disputent les marchés et le territoire, parfois avec la complicité complaisante des autorités.

Quelles sont dès lors les chances de retrouver Kim vivante ?

Frank n’est pas très optimiste …

Don Winslow signe ici le deuxième opus des aventures de Frank Decker, dont nous avions fait la connaissance dans l’excellent Missing New York .

Winslow, qui a été détective privé dans une vie antérieure, est l’auteur d’une vingtaine de romans. Il est l’un de ceux qui compte aux Etats-Unis.

Polars, thrillers, il a plus d’une corde à son arc.

Son écriture est extrêmement vive, sans aucune fioriture.

Vous voulez de l’action sans prise de tête ? Vous en aurez.

Difficile de reprendre son souffle dans ce polar qui tient toutes ses promesses.

Les âmes silencieuses, Mélanie Guyard, Seuil

141903_couverture_Hres_0.jpg

A 35 ans, Loïc Portevin vient de revenir vivre chez sa mère : il a quitté sa femme qui le trompe avec un collègue de bureau.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, il n’a plus de boulot non plus. Après avoir mis un coup de poing dans la figure de son rival amoureux, il a été remercié.

Il a donc du temps devant lui. Ce qui tombe plutôt bien puisque sa mère lui demande de se rendre dans la maison familiale dans le fin fond du Berry, là où vivait sa grand-mère avant son décès, pour la vider, proposer les meubles à un antiquaire,  pour pouvoir la mettre en vente.

Partir à la campagne , activité que je déteste par-dessus tout, me semble soudain salutaire. Fuir ? Peut-être. Et alors ? Personne ne me courra après de toute façon. Respirer, surtout, respirer et cesser d’être un fantôme au milieu des ruines d’un monde qui était autrefois le mien et dans lequel je n’ai plus aucune place. Oui, je veux partir.

 A son arrivée, Loïc trouve une maison qui n’est plus habitée depuis des mois et des mois. Il faut ouvrir les volets, brancher l’électricité, laisser entrer l’air et remplir le frigo.
Pour cela, il faut se rendre au village.

Il a à peine franchi la porte du bar tabac épicerie, que tous les regards des clients convergent vers lui et qu’on lui lance à la tête qu’il est le petit-fils de la tondue,  le fils de la bâtarde…

Il y a franchement mieux comme accueil.

Je me retrouve, à 70 ans d’écart, à me balader avec sur le front le sceau de l’infamie à cause du péché commis par une grand-mère dont je peine à me souvenir.

Car Loïc ne sait que peu de choses sur cette aïeule, sa mère ne lui a presque rien dit.

Alors, quand il trouve au grenier de très nombreuses lettres que cette grand-mère Héloïse et un certain J ont échangées, durant des dizaines d’années, il ne peut s’empêcher de les lire toutes attentivement pour essayer de comprendre ce passé dont il ignore à peu près tout.

Un passé qui remonte jusqu’aux années 40, celles de la guerre.

Et en 42, Héloïse a tout juste vingt ans quand un détachement allemand réquisitionne  une des fermes du village. A la grande colère des habitants, qui ne peuvent strictement rien faire pour manifester leur mécontentement.

Jusqu’au jour où un groupe de jeunes met le feu à la grange de la ferme où les allemands ont installé leur logement.

La riposte sera terrible …

Quelles conséquences cela va-t-il avoir sur la vie d’Héloïse et celle de son jeune frère ?

Et plus de 60 ans plus tard, sur la vie de Loïc ?

Loïc qui est en train de mener une enquête minutieuse pour essayer de découvrir non seulement qui est l’expéditeur de toutes ces lettres mais aussi quels sont tous les secrets et les non-dits qui hantent sa famille depuis des décennies …

C’est à lire dans ce très joli roman historique qui oscille sans cesse entre passé et présent, le présent dans la voix de Loïc, et le passé dans les pas d’Héloïse.

L’histoire est bien construite, l’écriture est enlevée, claire et précise.

L’intrigue est maintenue tout au long des 319 pages, laissant au lecteur le soin de deviner ce qui se trame au fil du temps,  le soin de douter aussi et puis finalement de découvrir la chute, très élégamment amenée.

C’est un premier roman en littérature adulte pour Mélanie Guyard.

On espère qu’il y en aura d’autres.

 

Surface, Olivier Norek, Michel Lafon

surface

Noémie Chastain.

Le capitaine Noémie Chastain.

En première ligne.

Toujours.

Ce jour-là, avec son groupe des stups, elle est en perquisition chez un dealer de la pire espèce, un de ceux qui coupe sa coke à l’héroïne, histoire que le malheureux client soit beaucoup plus vite accro.

Ce jour-là aussi, l’ordure l’attend derrière la porte, et lui tire dessus au fusil de chasse, la touche au visage : mâchoire, oeil, nez, cuir chevelu.

La jeune femme est salement amochée, sa joue droite a quasi été arrachée.
Après un mois de convalescence difficile, en essayant d’éviter les miroirs, Noémie  tourne en rond dans son studio et veut reprendre son travail. Ce qui semble emmerder vachement la direction de la police judiciaire.

Un chien qui se prend un coup de pompe dans l’arrière-train mettra du temps à se laisser caresser de nouveau. Un flic qui se retrouve dans une opération qui dérape salement se met à douter du pouvoir de son flingue et de son propre groupe. Mais vous avez raison de parler de son physique, parce que son visage, ce n’est pas elle qui le voit, c’est nous. Ce sera un constant rappel du danger de notre métier et du fait qu’une équipe n’a pas réussi à protéger son officier. Ses blessures vont instiller la peur et la culpabilité, c’est pas bon. Pas bon du tout.

Malgré cela, Noémie revient dans son équipe où son petit ami, qui n’a pas eu le courage de rester avec elle quand il a vu visage, a désormais pris la place de chef, sa place à elle.

Bref la reprise est compliquée. D’autant que la jeune femme ne réussit pas son test au tir. Elle est toujours traumatisée et tremble comme une feuille son flingue à la main.

Si le moniteur est tout à fait compréhensif, l’ex vend la mèche à la direction, et Noémie est écartée, ou plutôt envoyée à la campagne, à Decazeville, dans l’Aveyron, bien loin de Paris, où les autorités envisagent de fermer le commissariat, faute de criminalité.

Sa mission sera une espèce d’audit.

Noémie n’a pas le choix. La mort dans l’âme et la rage au ventre contre son ex, elle fait ses bagages. Après 7 heures de train, elle débarque dans ce bled, qui ne ressemble évidemment en rien à la capitale.

Son installation se fait plus ou moins correctement, malgré le regard inévitable posé par ses nouveaux collègues sur ses cicatrices.

Une vie nouvelle, pour se reconstruire, c’est plus facile à dire qu’à faire…

Les jours passent. Noémie arrive doucement à la fin de son mois de mission.

Elle est en train de terminer son rapport sur le transfert du commissariat en zone gendarmerie quand on l’appelle pour la découverte d’un cadavre qui flotte dans un fût en plastique, à la surface du lac …

Très vite, on apprend que ce cadavre, c’est celui d’un enfant mort depuis des dizaines d’années … Les analyses ADN révèlent qu’il est l’un des 3 enfants disparus il y a très très longtemps. Une affaire qui avait, à l’époque, plongé les familles dans la douleur et la détresse. Un chagrin toujours bien présent et l’annonce de la découverte de ce corps déclenche à nouveau une onde de choc.

Pour Noémie, qui commence à aller un peu mieux, et qui comptait reprendre ses fonctions à Paris, c’est l’obligation de rester sur place pour enquêter sur ce cold case qui dérange vraiment beaucoup…

« Surface » est le cinquième roman d’Olivier Norek.

Après Code 93, Territoires, Surtensions, et Entre deux mondes en 2017, l’ex-flic, aujourd’hui en disponibilité,  revient au polar avec ce cold case hyper bien ficelé, impossible à lâcher avant d’avoir lu la dernière page.

La plume de Norek est efficace : simple, enlevée, rythmée. On ne s’ennuie pas une seconde.

L’homme sait de quoi il parle, ça se sent à chaque instant, et c’est probablement ce qui rend ce roman particulièrement humain, puisque Norek connaît le métier.  Sa fraternité, qui n’est pas un vain mot. Ses dangers aussi. Tous ses dangers. Les peurs, l’adrénaline, les blessures, les difficultés de se reconstruire, il connaît tout ça mieux que personne et son écriture fait le reste.

Avec beaucoup de pudeur, et de justesse, son héroïne nous embarque pour délivrer une prestation magistrale, dans ce roman peut-être un peu moins noir que les précédents, un roman qui laisse place à l’espoir. Et ça fait du bien.