Dieu, l’Etat et moi, Sylvain De Mullenheim, Cherche Midi

Dieu, l'Etat et moi, Sylvain De Mullenheim

Le Ministre de l’Education Nationale en est quasi certain : la France est prête à accueillir une nouvelle tête à la présidence. La sienne, évidemment …

Et il ne se trompe pas. Après le vote, au soir des élections, le nouveau président est serein. Il a été plébiscité.

Les félicitations affluent du monde entier, les flashs des photographes crépitent, la nuit est belle. Autant profiter de l’instant, parce que ça ne va pas durer.

Pendant deux semaines, avant la passation de pouvoir, il va falloir composer un gouvernement, une nouvelle équipe, former les cabinets, prendre connaissance de tous les sujets qu’il faudra traiter tout bientôt, et surtout, surtout, soigner sa communication.

Car la presse traque, est à l’affût non stop, 24h/24. Il faut gérer, sous peine d’en payer les conséquences directement. Et ça, le nouveau président le sait très bien.

« Alors que l’Elysée dort, je commence à mesurer le chemin parcouru. Je n’éprouve nul sentiment de gloire, tant chacun de mes pas m’a semblé naturel. Difficile, ô combien, mais naturel. Des choix se sont présentés, des opportunités ont surgi, mais rien ne m’aurait dévié longtemps. Me voici servant là où j’ai toujours voulu servir, à l’exacte place où mes capacités et mes aspirations devaient me mener. »

Ainsi parle le nouveau chef de l’Etat, dont nous ne connaîtrons jamais le nom tout au long de son quinquennat qu’il va devoir affronter, avec ses ministres, son Administration, son parti, sa garde rapprochée, son épouse, ses amis, ses ennemis, la police, sa sécurité, les pays alliés et les autres, avec Bruxelles, la Bourse, les attentats et toutes les menaces qui pèsent sur la France. Bref, un programme plus que chargé, qui nécessite un président au top de sa forme.

Et pour être en forme, il faut avoir un sommeil réparateur. Or les nuits du président sont perturbées par un rêve, toujours le même.

Ses journées, elles, se suivent et ne se ressemblent pas. D’un sommet international à une rencontre avec un religieux qui lui demande de dire une neuvaine, le président n’arrête pas un instant, mais est bien obligé de se rendre compte que quelque chose ne va pas …

Inutile d’insister, vous n’en saurez pas plus. Vous le découvrirez en lisant ce premier roman complètement addictif pour tous les amoureux de la politique et tous les accros à l’actu.

Un premier roman qui est sorti quelques semaines seulement avant l’élection d’Emmanuel Macron. Impossible dès lors de ne pas établir de parallèle, tellement les personnages de Sylvain De Mullenheim sont plus vrais que nature.

Une impressionnante plongée dans ce milieu politique, méconnu du grand public, avec beaucoup d’humour, et même de suspense.

Un premier roman particulièrement réussi, un énorme coup de coeur.

La maison des hautes falaises, Karen Viggers, Livre de Poche

La maison des hautes falaises, Karen Viggers

Lex Henderson vient de passer des moments particulièrement difficiles. Il choisit de quitter Sydney et de s’installer sur la côte, dans un  petit village assez isolé, où personne ne le connaît.

L’endroit est sauvage, face à la mer … En découvrant la nature, le littoral, les baleines qui le fascinent, Lex tombe sous le charme.

Quelque temps après son installation, il fait la connaissance de Callista Bennett, une artiste passionnée, elle aussi marquée par la vie.

Lex et Callista sont attirés l’un par l’autre, c’est une évidence. Pourtant, ils ont beaucoup de mal à l’exprimer, à se comprendre, probablement toujours fragilisés par les épreuves qu’ils viennent de traverser…

Dans cet environnement magnifique, où les journées sont rythmées par le ressac de l’océan et le bruit du vent, parviendront-ils à oublier le passé et se tourner ensemble vers l’avenir ?

C’est à lire dans ce vrai beau roman d’amour, émouvant, plein de passion et de sincérité.

Une très belle bouffée d’oxygène à lire évidemment en vacances.

La maison au bord de la nuit, Catherine Banner, Presses de la Cité

La maison au bord de la nuit, Catherine Banner, Presses de la Cité

Amadeo Esposito ne sait pas grand chose sur ses origines. Juste qu’il a été abandonné à la naissance  dans un couvent de Florence, et qu’il a grandi dans un orphelinat.

Heureusement, un vieux docteur s’est pris d’affection pour l’adolescent, ce qui lui a permis de pouvoir financer ses études et devenir médecin également. A présent, il doit trouver un travail, ce qui ne semble pas vraiment évident. Nous sommes en 1914,  la première guerre mondiale vient de commencer.

Finalement, Amadeo sera engagé par la mairie de l’île de Castellamare, au large de Syracuse en Sicile. Une île qui ressemble à un gros caillou, où les légendes locales continuent d’impressionner les populations.

Tout doucement Amedeo arrive à se faire accepter par les habitants. Et à être heureux . Rien ne lui plaît plus qu’écouter ses voisins lui raconter des histoires qu’il consigne soigneusement dans un petit calepin.

Jusqu’au jour où il décide de se marier. Il rompt alors avec celle dont il l’était l’amant depuis des mois pour épouser Pina, une jeune veuve institutrice.

Sa maîtresse ne lui pardonne pas : elle se débrouille pour ternir sa réputation et faire en sorte que son poste de médecin lui soit retiré.

Qu’importe s’il ne peut plus exercer : il décide de rester sur l’île et de reprendre l’unique café qui y est installé, dans cette vieille bâtisse qui surplombe la mer.

C’est là, dans cette maison au bord de la nuit, qu’il va élever ses trois garçons et sa petite fille, sa préférée, la toute fragile Maria-Grazia.

Les années passent. Les bonnes et les plus difficiles.

Les années de guerre, celles de paix, durant lesquelles trois générations d’Esposito vont grandir, vivre, aimer, détester, aimer encore, mourir, s’effondrer, se relever, tout cela sur ce caillou improbable, loin de tout, sous l’œil de la sainte patronne locale, Sant’Agata …

C’est le premier roman de Catherine Banner : une très très belle saga familiale, avec des personnages plus qu’attachants, dans cette Italie oubliée, malmenée par la guerre et le fascisme.

Un premier roman qu’on n’oublie pas…

C’est où, le Nord ? Sarah Maeght, Livre de Poche

9782253070863-001-T

Elle s’appelle Ella. Elle vient de Dunkerque, et vit à Paris, avec son petit ami Victor et son poisson rouge Klaus.

A 24 ans,  Ella découvre la vie dans la capitale. Au collège où elle enseigne le français. Et ce n’est pas évident tous les jours. Les collègues sont parfois pénibles, les élèves aussi.

Un semblant de routine s’installe, quand Victor choisit de repartir vivre à Dunkerque, laissant sa compagne seule dans cette si grande ville.

Pour la jeune femme, le choc est plutôt rude à encaisser, mais elle finit quand même par s’habituer à cette rupture.

C’est que ses amis mettent un point d’honneur à ne pas la laisser seule, et lui font découvrir les joies de la vie nocturne. Des sorties durant lesquelles Ella va rencontrer la très envoûtante Cléo …

Malgré cette rencontre, Ella ne sait pas toujours très bien où elle va … C’est où le nord ? elle ne le sait pas… qu’importe … Qu’importe si elle n’apporte que très peu de réponses à ses questions.

Elle vit, à 100 à l’heure, comme les jeunes d’aujourd’hui.

Sarah Maeght signe ici un premier roman bourré d’humour, de tendresse, de sensualité.

Un roman frais et léger comme une comédie, le portrait d’une génération pas encore tout à fait désespérée…

A lire sans attendre …

Il était une lettre, Kathryn Hughes, Livre de Poche

9782253069713-001-T

A Manchester, dans les années 70. La vie n’est pas toujours rose pour Tina. La jeune femme est secrétaire, mais ce n’est pas son boulot qui lui cause des problèmes. C’est quand elle rentre à la maison, après sa journée, au moment où elle doit affronter Rick, son mari. Chaque jour, c’est une nouvelle épreuve : espérer qu’il n’aura pas bu, espérer ne pas être frappée à la moindre contrariété. Car, il ne faut pas se voiler la face, Tina est une femme battue qui n’arrive pas à le reconnaître, trouvant à chaque fois une bonne excuse à celui qui n’a aucun scrupule à la bousculer.

Chaque samedi, Tina arrive quand même à échapper aux tensions familiales et savoure quelques heures de répit dans une boutique de vêtements de seconde main où elle travaille comme bénévole.  C’est là qu’un jour, elle trouve dans la poche d’un vieux costume, une lettre qui n’a jamais été ouverte ni postée… Tina hésite puis finit par ouvrir le courrier.

C’est une demande en mariage, datée de septembre 1939, à la veille de la seconde guerre mondiale…

Que faire avec cette lettre ? La jeune femme décide de se mettre à la recherche de sa destinataire, une certaine Chrissie pour lui remettre ce pli qui lui était destiné il y a un peu plus de trente ans plus tôt.

Une recherche difficile, mais qui va à jamais changer l’existence de Tina.

Comment ?  C’est à découvrir dans ce roman très attachant, touchant sans être mièvre,  habilement écrit, en alternant présent et passé.

En traitant aussi d’un sujet grave et difficile, celui de l’enfer de certains couvents irlandais où des jeunes filles célibataires venaient accoucher dans le plus grand secret, où les religieuses leur arrachaient leur bébé pour les proposer à l’adoption.

Vous n’arriverez pas à vous détacher de cette très jolie histoire …

Un vrai roman de vacances …

 

 

 

 

 

 

 

Le gang des rêves, Luca Di Fulvio, Pocket

9782266272438

Aspromonte, dans le fin fond de la Calabre, en Italie.

En 1908, la toute jeune Cetta Luminata, quatorze ans à peine, vient d’accoucher d’un petit garçon. Là-bas on l’appelle le bâtard, Cetta a été violée neuf mois plus tôt.

Qu’à cela ne tienne, Cetta est dure, et ce n’est pas ce contretemps qui va la retenir. Elle, ce qu’elle veut, c’est faire comme des milliers de ses compatriotes, c’est aller s’installer en Amérique, ne plus être l’esclave d’un patron peu scrupuleux. Elle rêve d’une autre existence que la misère dans laquelle elle a grandi.

Sans rien dire à personne, elle embarque donc à Naples, et arrive à Ellis Island des semaines plus tard, avec son bébé, rebaptisé Christmas par les services de l’immigration.

Les jours passent. Pour Cetta, la désillusion est grande : son rêve américain se résume au bordel où elle vend son corps pour pouvoir nourrir son fils et la cave dans laquelle elle vit avec lui, sans grand espoir d’améliorer leur quotidien.

Christmas qui grandit, avec la rue pour seul jardin, la rue, ses gangs, ses malfrats, sa violence, sa pauvreté, ses joies, ses peurs et ses peines.

Christmas qui devient un adolescent presque comme les autres dans une ville en plein essor. Ses seules préoccupations concernent les Diamond Dogs, sa bande de jeunes, et la belle et très riche Ruth, une jeune fille qu’il trouve très mal en point, ensanglantée, à quelques rues de chez lui.

Mais comment faire quand on est pauvre, d’origine italienne, qu’on a très peu été à l’école et qu’on vit dans les bas fonds de New York pour garder l’espoir de réussir sa vie ? C’est la question que se pose tous les jours Christmas.

Vous trouverez la réponse après avoir dévoré les 943 pages de ce somptueux roman. Un roman dans le sens le plus noble du terme.

Luca Di Fulvio nous offre une histoire absolument fantastique, qui vous fera voyager, une histoire enivrante, qui donne parfois le tournis, tellement elle est forte, dure, et pleine de tendresse à la fois, on est proche du chef d’oeuvre …

J’étais passée à côté l’année dernière quand il était sorti aux Editions Slatkine. Aujourd’hui, c’est Pocket qui le propose en petit format.

Probablement le meilleur poche de l’année .

Elle voulait juste marcher tout droit, Sarah Barukh, Albin Michel

1507-1

En 1943, la petite Alice a cinq ans. Elle vit à la campagne, dans un petit village des Pyrénées, dans la ferme de sa nourrice.

En pleine guerre, son quotidien n’est pas toujours simple, et il y a beaucoup de choses qu’elle ne comprend pas. D’abord pourquoi sa maman l’a abandonnée. Ensuite pourquoi certaines de ses amies la rejettent à l’école…

Pour toute réponse à ses questions, Jeanne, la nourrice lui répond  »parce que c’est la guerre » ou  »tu comprendras plus tard ».

Et plus tard finit par arriver …

En 1946, alors qu’Alice désespère de revoir sa maman, celle-ci arrive à la ferme. Mais Diane est bien différente de celle des souvenirs de la petite fille. Diane et son mystérieux tatouage  sur le bras dont elle ne parle absolument jamais…

Mère et fille se rendent à Paris. Une nouvelle vie commence pour Alice qui s’installe dans un atelier de confection là où vit déjà Marcel, un homme qu’elle n’a jamais vu et qui se rend tous les jours au Lutétia pour consulter des listes …

Et Alice se met à regretter sa nourrice… Parce qu’elle ne peut pas vraiment compter sur la chaleur et la tendresse de sa maman. Diane reste désespérément triste et lointaine.

Heureusement, la fillette réussit à surmonter toutes ces difficultés grâce à son nouvel ami, son voisin, Jean.

Jusqu’au jour où Diane tombe malade : les services sociaux envoient la fillette chez son père …à New-York…

Un premier roman qui se lit avec beaucoup de plaisir, malgré la gravité du sujet. Les personnages sont justes et émouvants.

L’écriture fine et sensible de Sarah Barukh permet de se glisser dans la peau de cette petite fille qui grandit avec un passé lourdement chargé. 

Avec elle, on a envie de connaître le futur, dont on devine qu’il ne sera que meilleur, malgré le poids de l’Histoire, malgré les secrets de famille.

A lire sans traîner …