La maison au bord de la nuit, Catherine Banner, Presses de la Cité

La maison au bord de la nuit, Catherine Banner, Presses de la Cité

Amadeo Esposito ne sait pas grand chose sur ses origines. Juste qu’il a été abandonné à la naissance  dans un couvent de Florence, et qu’il a grandi dans un orphelinat.

Heureusement, un vieux docteur s’est pris d’affection pour l’adolescent, ce qui lui a permis de pouvoir financer ses études et devenir médecin également. A présent, il doit trouver un travail, ce qui ne semble pas vraiment évident. Nous sommes en 1914,  la première guerre mondiale vient de commencer.

Finalement, Amadeo sera engagé par la mairie de l’île de Castellamare, au large de Syracuse en Sicile. Une île qui ressemble à un gros caillou, où les légendes locales continuent d’impressionner les populations.

Tout doucement Amedeo arrive à se faire accepter par les habitants. Et à être heureux . Rien ne lui plaît plus qu’écouter ses voisins lui raconter des histoires qu’il consigne soigneusement dans un petit calepin.

Jusqu’au jour où il décide de se marier. Il rompt alors avec celle dont il l’était l’amant depuis des mois pour épouser Pina, une jeune veuve institutrice.

Sa maîtresse ne lui pardonne pas : elle se débrouille pour ternir sa réputation et faire en sorte que son poste de médecin lui soit retiré.

Qu’importe s’il ne peut plus exercer : il décide de rester sur l’île et de reprendre l’unique café qui y est installé, dans cette vieille bâtisse qui surplombe la mer.

C’est là, dans cette maison au bord de la nuit, qu’il va élever ses trois garçons et sa petite fille, sa préférée, la toute fragile Maria-Grazia.

Les années passent. Les bonnes et les plus difficiles.

Les années de guerre, celles de paix, durant lesquelles trois générations d’Esposito vont grandir, vivre, aimer, détester, aimer encore, mourir, s’effondrer, se relever, tout cela sur ce caillou improbable, loin de tout, sous l’œil de la sainte patronne locale, Sant’Agata …

C’est le premier roman de Catherine Banner : une très très belle saga familiale, avec des personnages plus qu’attachants, dans cette Italie oubliée, malmenée par la guerre et le fascisme.

Un premier roman qu’on n’oublie pas…

C’est où, le Nord ? Sarah Maeght, Livre de Poche

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Elle s’appelle Ella. Elle vient de Dunkerque, et vit à Paris, avec son petit ami Victor et son poisson rouge Klaus.

A 24 ans,  Ella découvre la vie dans la capitale. Au collège où elle enseigne le français. Et ce n’est pas évident tous les jours. Les collègues sont parfois pénibles, les élèves aussi.

Un semblant de routine s’installe, quand Victor choisit de repartir vivre à Dunkerque, laissant sa compagne seule dans cette si grande ville.

Pour la jeune femme, le choc est plutôt rude à encaisser, mais elle finit quand même par s’habituer à cette rupture.

C’est que ses amis mettent un point d’honneur à ne pas la laisser seule, et lui font découvrir les joies de la vie nocturne. Des sorties durant lesquelles Ella va rencontrer la très envoûtante Cléo …

Malgré cette rencontre, Ella ne sait pas toujours très bien où elle va … C’est où le nord ? elle ne le sait pas… qu’importe … Qu’importe si elle n’apporte que très peu de réponses à ses questions.

Elle vit, à 100 à l’heure, comme les jeunes d’aujourd’hui.

Sarah Maeght signe ici un premier roman bourré d’humour, de tendresse, de sensualité.

Un roman frais et léger comme une comédie, le portrait d’une génération pas encore tout à fait désespérée…

A lire sans attendre …

Il était une lettre, Kathryn Hughes, Livre de Poche

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A Manchester, dans les années 70. La vie n’est pas toujours rose pour Tina. La jeune femme est secrétaire, mais ce n’est pas son boulot qui lui cause des problèmes. C’est quand elle rentre à la maison, après sa journée, au moment où elle doit affronter Rick, son mari. Chaque jour, c’est une nouvelle épreuve : espérer qu’il n’aura pas bu, espérer ne pas être frappée à la moindre contrariété. Car, il ne faut pas se voiler la face, Tina est une femme battue qui n’arrive pas à le reconnaître, trouvant à chaque fois une bonne excuse à celui qui n’a aucun scrupule à la bousculer.

Chaque samedi, Tina arrive quand même à échapper aux tensions familiales et savoure quelques heures de répit dans une boutique de vêtements de seconde main où elle travaille comme bénévole.  C’est là qu’un jour, elle trouve dans la poche d’un vieux costume, une lettre qui n’a jamais été ouverte ni postée… Tina hésite puis finit par ouvrir le courrier.

C’est une demande en mariage, datée de septembre 1939, à la veille de la seconde guerre mondiale…

Que faire avec cette lettre ? La jeune femme décide de se mettre à la recherche de sa destinataire, une certaine Chrissie pour lui remettre ce pli qui lui était destiné il y a un peu plus de trente ans plus tôt.

Une recherche difficile, mais qui va à jamais changer l’existence de Tina.

Comment ?  C’est à découvrir dans ce roman très attachant, touchant sans être mièvre,  habilement écrit, en alternant présent et passé.

En traitant aussi d’un sujet grave et difficile, celui de l’enfer de certains couvents irlandais où des jeunes filles célibataires venaient accoucher dans le plus grand secret, où les religieuses leur arrachaient leur bébé pour les proposer à l’adoption.

Vous n’arriverez pas à vous détacher de cette très jolie histoire …

Un vrai roman de vacances …

 

 

 

 

 

 

 

Le gang des rêves, Luca Di Fulvio, Pocket

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Aspromonte, dans le fin fond de la Calabre, en Italie.

En 1908, la toute jeune Cetta Luminata, quatorze ans à peine, vient d’accoucher d’un petit garçon. Là-bas on l’appelle le bâtard, Cetta a été violée neuf mois plus tôt.

Qu’à cela ne tienne, Cetta est dure, et ce n’est pas ce contretemps qui va la retenir. Elle, ce qu’elle veut, c’est faire comme des milliers de ses compatriotes, c’est aller s’installer en Amérique, ne plus être l’esclave d’un patron peu scrupuleux. Elle rêve d’une autre existence que la misère dans laquelle elle a grandi.

Sans rien dire à personne, elle embarque donc à Naples, et arrive à Ellis Island des semaines plus tard, avec son bébé, rebaptisé Christmas par les services de l’immigration.

Les jours passent. Pour Cetta, la désillusion est grande : son rêve américain se résume au bordel où elle vend son corps pour pouvoir nourrir son fils et la cave dans laquelle elle vit avec lui, sans grand espoir d’améliorer leur quotidien.

Christmas qui grandit, avec la rue pour seul jardin, la rue, ses gangs, ses malfrats, sa violence, sa pauvreté, ses joies, ses peurs et ses peines.

Christmas qui devient un adolescent presque comme les autres dans une ville en plein essor. Ses seules préoccupations concernent les Diamond Dogs, sa bande de jeunes, et la belle et très riche Ruth, une jeune fille qu’il trouve très mal en point, ensanglantée, à quelques rues de chez lui.

Mais comment faire quand on est pauvre, d’origine italienne, qu’on a très peu été à l’école et qu’on vit dans les bas fonds de New York pour garder l’espoir de réussir sa vie ? C’est la question que se pose tous les jours Christmas.

Vous trouverez la réponse après avoir dévoré les 943 pages de ce somptueux roman. Un roman dans le sens le plus noble du terme.

Luca Di Fulvio nous offre une histoire absolument fantastique, qui vous fera voyager, une histoire enivrante, qui donne parfois le tournis, tellement elle est forte, dure, et pleine de tendresse à la fois, on est proche du chef d’oeuvre …

J’étais passée à côté l’année dernière quand il était sorti aux Editions Slatkine. Aujourd’hui, c’est Pocket qui le propose en petit format.

Probablement le meilleur poche de l’année .

Elle voulait juste marcher tout droit, Sarah Barukh, Albin Michel

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En 1943, la petite Alice a cinq ans. Elle vit à la campagne, dans un petit village des Pyrénées, dans la ferme de sa nourrice.

En pleine guerre, son quotidien n’est pas toujours simple, et il y a beaucoup de choses qu’elle ne comprend pas. D’abord pourquoi sa maman l’a abandonnée. Ensuite pourquoi certaines de ses amies la rejettent à l’école…

Pour toute réponse à ses questions, Jeanne, la nourrice lui répond  »parce que c’est la guerre » ou  »tu comprendras plus tard ».

Et plus tard finit par arriver …

En 1946, alors qu’Alice désespère de revoir sa maman, celle-ci arrive à la ferme. Mais Diane est bien différente de celle des souvenirs de la petite fille. Diane et son mystérieux tatouage  sur le bras dont elle ne parle absolument jamais…

Mère et fille se rendent à Paris. Une nouvelle vie commence pour Alice qui s’installe dans un atelier de confection là où vit déjà Marcel, un homme qu’elle n’a jamais vu et qui se rend tous les jours au Lutétia pour consulter des listes …

Et Alice se met à regretter sa nourrice… Parce qu’elle ne peut pas vraiment compter sur la chaleur et la tendresse de sa maman. Diane reste désespérément triste et lointaine.

Heureusement, la fillette réussit à surmonter toutes ces difficultés grâce à son nouvel ami, son voisin, Jean.

Jusqu’au jour où Diane tombe malade : les services sociaux envoient la fillette chez son père …à New-York…

Un premier roman qui se lit avec beaucoup de plaisir, malgré la gravité du sujet. Les personnages sont justes et émouvants.

L’écriture fine et sensible de Sarah Barukh permet de se glisser dans la peau de cette petite fille qui grandit avec un passé lourdement chargé. 

Avec elle, on a envie de connaître le futur, dont on devine qu’il ne sera que meilleur, malgré le poids de l’Histoire, malgré les secrets de famille.

A lire sans traîner …

Lettres à Stella, Iona Grey, Editions Les Escales

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Il y a des moments comme ça, où il faut se décider tout de suite, sans réfléchir.

C’est ce que vient de faire Jess. La jeune femme vient de se cacher dans une maison abandonnée, à Londres, après avoir fui la violence de son compagnon.

Jess qui n’a ni famille, ni argent, est complètement désespérée et seule. Elle décide de rester un peu dans cette maison, le temps de souffler, reprendre ses esprits et d’y voir un peu plus clair dans sa triste vie.

Jusqu’au moment où le facteur dépose une mystérieuse lettre.

Incapable de résister à la tentation, la jeune femme finit par ouvrir ce courrier qui ne lui est pas destiné. Ce courrier, c’est celui que Dan, 90 ans, ancien aviateur américain, écrit à Stella.

Ces deux-là se sont connus pendant le Blitz, et au départ, leur attirance immédiate semble absolument impossible. Stella est mariée à un pasteur, et lui n’est pas certain de pouvoir sortir  vivant de cette guerre qui n’en finit pas .

Les lettres qu’ils s’écrivent leur permettent de tenir le coup et sont surtout les promesses d’un bonheur qu’ils veulent imaginer très proche.

Aujourd’hui, malgré les dizaines d’années qui ont passé, Dan voudrait retrouver celle qu’il a aimée…

« Lettres à Stella » est un bien joli roman, qui navigue sans  cesse entre passé et présent, les héros sont plus qu’attachants. Impossible de rester de marbre devant cette histoire d’amour absolu, qui défie le temps qui passe.

 

Villa avec piscine, Herman Koch, 10-18

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Mark Schlosser est médecin généraliste. Il aime son métier. Ses patients le lui rendent bien : sa salle d’attente affiche complet en permanence.

Jusqu’au jour où un de ses patients meurt. Jusque là, rien de bien original.

Mark est convoqué devant le Conseil de l’Ordre : il serait question d’erreur médicale lui dit-on. Fâcheux, mais, à priori pas vraiment dramatique. Au pire, il risquerait éventuellement une petite suspension, rien de bien grave, on en voit quasi tous les jours.

Sauf que la personne décédée, Ralph Meier est un acteur très célèbre, une idole nationale, et accessoirement, un ami de la famille.

Et puis, il y a la veuve qui remet une couche en traitant Mark d’assassin … ce qui ne fait pas très chic, faut bien le reconnaître.

Ralph Meier est effectivement tombé malade juste après des vacances passées avec les Schlosser, dans cette villa avec piscine.

Alors, qui dit la vérité ?  Est-ce la veuve ? Mark a-t-il loupé son diagnostic ? Ou aurait-il sciemment caché des choses à son ami Ralph pour l’envoyer au cimetière un peu plus vite que prévu ?

Que s’est-il réellement passé ce fameux été-là ?

Et la question ultime, peut-on se faire justice soi-même ? Une interrogation qui a encore plus de sens quand on pratique la médecine.

Toutes les réponses à ces questions dans ce roman très très noir, grinçant et dérangeant, à la construction drôlement habile, avec une touche d’humour, caustique à souhait. Le seul problème, c’est que vous risquez de ne plus regarder votre médecin du même oeil …

La confirmation de tout cas du talent de l’écrivain néerlandais qui nous avait déjà séduits il y a quelques années avec son précédent roman,  « Le Dîner ».