Eden, Jeanne M. Blasberg, Les Escales

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Il y a quelques mois que Becca Fitzpatrick a perdu son mari.

Après cinquante années d’un mariage heureux, on peut imaginer toute la peine qu’elle doit ressentir.

A ce chagrin, s’ajoutent d’autres tracas beaucoup plus terre à terre.

Elle doit se rendre à l’évidence, son mari n’était pas un gestionnaire hors pair et le fait qu’il soit mort subitement, sans avoir eu le temps de mettre de l’ordre dans ses affaires, n’arrange rien à la situation.

Si elle ne prend pas des mesures draconiennes, elle risque bien d’être complètement ruinée et à la rue. Elle a pourtant déjà mis en vente une de ses propriétés, mais cela ne devrait pas suffire, et les banques attendent des réponses. Très impatiemment.

Pour la sauver de ce mauvais pas financier, il y aurait bien une autre vente, qui pourrait rapporter beaucoup plus, c’est celle d’Eden.

Eden, cette maison de vacances en bord  d’Océan Atlantique que son propre père a construite il y a très longtemps, dans les années 20, symbole de sa réussite.

A l’époque, Bunny Meister voulait que les passants aient le souffle coupé devant la bâtisse. Il avait réussi.

Même si le tissu d’ameublement à fleurs, très Nouvelle-Angleterre, était défraîchi, même si la peinture s’écaillait et si des chauves-souris avaient élu domicile dans le grenier, la demeure continuait à accueillir Becca été après été, lui procurant – à elle et à toute sa famille d’ailleurs – l’illusion d’être immunisée contre le chaos du monde. C’était la seule constante de sa vie.

C’est avec cette cruelle décision qu’elle va devoir prendre que Becca voit arriver l’été.

Un été qui commence aussi avec une nouvelle inattendue : Sarah, sa petite fille vient d’annoncer qu’elle attendait un bébé, et qu’elle a rompu avec le père du futur bambin…

Un mini-séisme qui est l’élément déclencheur pour Becca.

Puisque cette année sera la dernière où toute la famille sera réunie pour passer l’été et profiter une ultime fois de ce paradis qu’offre Eden, elle décide de dévoiler le secret qui la ronge et la hante depuis des décennies.

Elle lèvera le voile sur un pan de sa vie ce 4 juillet.

Au fur et à mesure que la date fatidique approche, Becca plonge dans ses souvenirs et son passé : celui d’immigrés allemands qui connaîtront des destins contrastés : tragique pour sa mère, et une belle ascension sociale pour son père.

Ce qu’elle va révéler pourrait bien bousculer une fois encore toute la famille …

C’est une bien jolie histoire que nous propose Jeanne M. Blasberg dans ce premier roman.

Un premier roman extrêmement bien construit, en proposant en parallèle la vie et le destin de trois générations de femmes, d’une même famille, aux aspirations complètement différentes.

Un siècle d’histoire familiale que vous ne lâcherez pas un instant.

Un premier roman très prometteur.

Jeanne M. Blasberg, un nom à retenir.

 

 

La dernière chasse, Jean-Christophe Grangé, Albin Michel

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Pierre Niémans, qu’on a connu dans les Rivières pourpres,  est de retour.

Il y a plusieurs années, il a été sérieusement blessé physiquement, tellement amoché d’ailleurs qu’il a, tout un temps, été déclaré « invalide de première catégorie » par la Sécurité sociale.

Ne parlons pas de son moral qui en a pris un fameux coup également.

Après sa convalescence, l’administration l’a envoyé donner cours à l’Ecole de Police, puis, lui a demandé de s’occuper de cas tout à fait spéciaux.

V’là le topo, lui avait-on dit en substance, y’a de plus en plus de crimes cinglés aux quatre coins de la France, les cruchots s’en sortent pas. On va monter un Office central qui pourra envoyer des gars de Paris dans tout l’Hexagone. Des flics aguerris, détachés, au cas par cas, auprès des services de gendarmerie.

Niemans accepte, sa seule revendication : qu’on lui désigne un adjoint.

Ce sera une adjointe. Elle s’appelle Ivana Bogdanovic. Elle est d’origine croate.

Ce qui lui était arrivé de mieux depuis son retour du néant.

Avec elle, il fait route vers Fribourg-en-Brisgau, dans la Forêt Noire, en Allemagne.

Ce qui les intéresse, cette fois, c’est un meurtre qui a été commis en Alsace : la victime, s’appelle Jürgen Geyersberg, 34 ans.

Il a été retrouvé horriblement mutilé après une partie de chasse, sa tête reposant à plusieurs mètres de son corps.

Le jeune homme était le principal héritier, avec sa soeur, de la vingtième fortune allemande, une place due aux activités très lucratives de leur entreprise, VG, le leader de l’ingénierie automobile teutonne.

Chaque année, les Geyersberg organise une grande chasse à courre en France, ce qui est strictement interdit dans leur pays, une chasse où se presse toute l’aristocratie locale.

Sur la scène de crime, les premières constatations n’ont pas donné grand chose.

L’enquête s’annonce délicate, d’autant que les Geyersberg, qui sont des gestionnaires redoutables de leur empire, pèsent plus de dix milliards de dollars.

Autant d’argent ne laisse personne indifférent.

Le frère et la soeur ont plus d’un ennemi.

Même si, pour les actionnaires du groupe, éliminer Jürgen n’a pas de sens, ce serait un peu comme tuer la poule aux oeufs d’or.

Il n’empêche : les faits sont là : qui a pu en vouloir à Jürgen au point de le décapiter, et de le mutiler autant ?

Il y a bien quelques pistes à creuser, mais Niémans et Bogdanovic ne sont pas au bout de leurs surprises dans ce monde si particulier des amateurs de chasse, ou dans celui des amateurs de molosses terrifiants utilisés par les nazis, des chiens censés avoir disparu de la planète depuis des dizaines d’années, depuis la fin de la guerre et le démantèlement des « Chasseurs noirs », les braconniers d’Hitler, toujours prêts à effectuer les basses besognes du dictateur.

Niémans a toujours eu horreur et une peur panique des chiens, et cela depuis sa plus tendre enfance…

Cela ne va pas forcément l’aider dans sa quête de la vérité, et le danger est toujours présent …

Vous ne lâcherez pas ce 13ième roman de Grangé avant de l’avoir fini.

Un Grangé au top de sa forme, des personnages plus vrais que nature, attachants et si complexes,  avec leurs faiblesses et néanmoins toujours cette volonté d’aller de l’avant.

L’histoire est forte, le suspense maintenu jusqu’aux dernières pages.

C’est un Grangé grand cru que ce millésime 2019.

Probablement un des meilleurs.

 

 

 

 

 

L’amour est aveugle, William Boyd, Editions du Seuil

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Nous sommes en 1894, à Edimbourg.

Brodie Moncur, 24 ans,  travaille déjà depuis plusieurs années chez Channon & Co, un prestigieux fabricant de pianos de la capitale écossaise.

Le jeune homme possède ce qu’on appelle « l’oreille absolue ». Ce qui lui permet d’accorder les pianos que son employeur vend comme personne.

On le dit véritablement surdoué dans son domaine.

Brodie est toujours resté en Ecosse, jusqu’au moment où son patron lui propose une promotion. Comme il ne se débrouille pas trop mal en français, un poste important lui est proposé dans leur succursale parisienne.

Pour Brodie, c’est l’occasion rêvée de voir enfin du pays, et surtout fuir cette province si étriquée, où la hargne de son pasteur de père terrorise une bonne partie de sa famille.

Il s’installe donc à Paris et commence son boulot en ayant une idée absolument lumineuse et révolutionnaire pour l’époque.

Dans le but de faire décoller les ventes qui stagnent un peu, il propose que Channon sponsorise un grand pianiste, histoire que les spectateurs des concerts puissent voir le nom de Channon le plus souvent possible en haut de l’affiche.   Du jamais vu à l’époque !

Et ça marche … au delà de toutes les espérances…

C’est ainsi que Brodie fait la connaissance de John Kilbarron, que tout le monde appelle le « Liszt français ».  C’est lui qui est choisi pour donner ses concerts avec un piano Channon.

Le courant passe tellement bien entre le pianiste et Brodie que celui-ci lui demande de l’accompagner en tournée.

Brodie accepte.

Encore une fois, une nouvelle vie commence pour lui.

Une vie qui le ravit, encore plus quand il tombe fou amoureux de Lika Blum, une soprano russe, qui est la maîtresse de Kilbarron …

Voilà qui pourrait faire désordre, d’autant que cette liaison est démasquée alors que tout le monde est en résidence à Saint-Pétersbourg.

A partir de ce moment-là, craignant pour sa vie, et convaincu d’être constamment traqué, Brodie s’enfuit.

Loin. Et déménage constamment.

De Nice, à Genève, en passant par Vienne, avant de filer au bout du monde : dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes…

Finira-t-il par être rattrapé par celui qui lui fait si peur, le frère de Kilbarron, celui qui a découvert sa liaison avec Lika ?

Réponse dans ce magnifique roman, une plongée passionnante dans le 19ième siècle.

Un voyage comme si on y était, dans ce siècle qui pressent les bouleversements qu’il va bientôt connaître, en assistant de manière privilégiée, depuis les coulisses, à tous ces grands moments musicaux.

La plume de Boyd est tellement magique, et la traduction tellement précise qu’on entend les notes sortir de ce Channon si brillamment accordé par Brodie, et cela même si on n’est pas mélomane.

Avec Brodie, vous vibrerez non seulement musicalement, mais également amoureusement.

Romantiquement.

Au sens noble du terme.

Vous frémirez aussi dans cette histoire absolument fascinante que vous lirez jusqu’à la dernière page sans reprendre votre souffle.

Un vrai bijou.

Les déracinés, Catherine Bardon, Pocket

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Almah  est la fille de Julius Kahn, un éminent chirurgien, chef de la Polyclinique de Vienne et d’Hannah Khitrov, la cadette d’une riche famille de banquiers.

Histoire de ne pas faire tout à fait comme son père, Almah ne veut pas être médecin : elle est étudiante en dentisterie.

Wilhelm Rosenheck, lui, a 25 ans, il est le fils de prospères imprimeurs installés depuis longtemps dans la capitale autrichienne, il ne veut pas reprendre l’affaire familiale : il veut être journaliste. Rien d’autre.

Nous sommes en 1932 quand Wilhelm rencontre Almah.

Le  coup de foudre est immédiat entre les jeunes gens.

Leurs fiançailles sont annoncées quelques mois plus tard, alors que le pays rentre dans une des périodes les plus noires et incertaines de son histoire.

Le mariage est célébré en juin 35 à la Grande Synagogue de Vienne.

Les invités à la noce essaient de ne pas penser à la situation politique ni à tous leurs amis qui ont déjà quitté le pays, un pays où la liberté d’expression ne sera plus bientôt plus qu’un lointain souvenir, un pays où l’antisémitisme se radicalise et devient chaque jour plus violent.

Almah et son mari, eux,  veulent essayer de continuer à vivre normalement. En octobre 36, ils saluent l’heureuse naissance d’un fils, Frederick.

Les mois passent, et la situation politique ne s’arrange pas. Au contraire, chaque jour dévoile une situation de plus en plus précaire pour la population juive.

Des écriteaux fleurissent dans les parcs, dans les édifices publics, des lettres anonymes, d’insultes ou de dénonciation atterrissaient dans les boîtes aux lettres. Les Juifs étaient diabolisés, des pestiférés en butte à l’hostilité générale et chaque jour était une nouvelle cure de désillusion.

Autour du jeune couple, leurs amis se bousculent aux frontières pour fuir, loin. Aux Etats-Unis ou en Angleterre. Un exil forcé encouragé par leurs parents, mais partir ne semble pas encore à l’ordre du jour pour Almah et Wil, tous les deux paralysés à l’idée de tout redémarrer à zéro ailleurs et de laisser une partie de leur famille à Vienne.

Mais, l’histoire s’emballe.

Le 12 mars 38, l’Allemagne nazie annexe l’Autriche. Dès le lendemain, tout le pays, et Vienne en particulier, connaît de violentes manifestations d’antisémitisme. En quelques heures à peine, des milliers de Juifs et d’opposants politiques de tous bords sont déportés.

Des familles entières se suicident. C’est l’horreur dans les rues. Les synagogues sont incendiées, les mesures anti-juives sont de plus en plus insupportables.

Nous étions exclus de toute vie sociale : théâtres, musées, bibliothèques, cinémas, salles de concerts, centres sportifs nous étaient désormais interdits. Les écoles publiques et les universités nous avaient fermé leurs portes. On nous privait de tout moyen de subsistance, nous interdisant de pratiquer nos professions.

Pour le jeune couple, la situation devient intenable.

La mort dans l’âme, ils décident de partir. Ils iront s’installer aux Etats-Unis.

Mais les choses ne sont pas aussi simples. Et c’est un terrible choc quand on leur annonce, alors qu’ils sont en Suisse, en transit, dans un camp de réfugiés de la Croix Rouge, que leurs visas américains sont des faux .

La seule solution pour eux est d’accepter de partir vers les Caraïbes, vers la République Dominicaine où le dictateur en place vient de promettre 100.000 visas aux Juifs d’Europe.

Une destination beaucoup moins attirante que les Etats-Unis, un pays où il n’y a rien, ou presque, où tout est à construire, quasi en pleine jungle, dans un environnement naturel plutôt hostile, sans aucune route ni infrastructure…

Comment la famille Rosenheck va-t-elle faire face à cet avenir qu’elle subit, meurtrie d’avoir dû quitter son pays, désespérée d’avoir dû laisser des parents à Vienne, avec ce terrible sentiment de culpabilité aussi d’être toujours en vie …

Comment Almah, Wilhelm, Frederick, et la petite dernière, Ruth, vont-ils reconstruire leur existence, et peut-être leur bonheur ?

Vous le découvrirez en lisant ce magnifique roman de Catherine Bardon.

Un roman qui marque à jamais,  où l’on se lie à vie avec les personnages, terriblement attachants.

Basé sur des faits réels, le roman évoque la faculté de rebondir, la résilience, les rapports humains, l’amitié,  l’amour.

Il y a tout ça dans le roman de Catherine Bardon et beaucoup plus encore.

Une fresque familiale absolument captivante qu’on lit d’une traite.

C’est probablement le meilleur poche de l’été … si pas de l’année …

 

Les âmes silencieuses, Mélanie Guyard, Seuil

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A 35 ans, Loïc Portevin vient de revenir vivre chez sa mère : il a quitté sa femme qui le trompe avec un collègue de bureau.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, il n’a plus de boulot non plus. Après avoir mis un coup de poing dans la figure de son rival amoureux, il a été remercié.

Il a donc du temps devant lui. Ce qui tombe plutôt bien puisque sa mère lui demande de se rendre dans la maison familiale dans le fin fond du Berry, là où vivait sa grand-mère avant son décès, pour la vider, proposer les meubles à un antiquaire,  pour pouvoir la mettre en vente.

Partir à la campagne , activité que je déteste par-dessus tout, me semble soudain salutaire. Fuir ? Peut-être. Et alors ? Personne ne me courra après de toute façon. Respirer, surtout, respirer et cesser d’être un fantôme au milieu des ruines d’un monde qui était autrefois le mien et dans lequel je n’ai plus aucune place. Oui, je veux partir.

 A son arrivée, Loïc trouve une maison qui n’est plus habitée depuis des mois et des mois. Il faut ouvrir les volets, brancher l’électricité, laisser entrer l’air et remplir le frigo.
Pour cela, il faut se rendre au village.

Il a à peine franchi la porte du bar tabac épicerie, que tous les regards des clients convergent vers lui et qu’on lui lance à la tête qu’il est le petit-fils de la tondue,  le fils de la bâtarde…

Il y a franchement mieux comme accueil.

Je me retrouve, à 70 ans d’écart, à me balader avec sur le front le sceau de l’infamie à cause du péché commis par une grand-mère dont je peine à me souvenir.

Car Loïc ne sait que peu de choses sur cette aïeule, sa mère ne lui a presque rien dit.

Alors, quand il trouve au grenier de très nombreuses lettres que cette grand-mère Héloïse et un certain J ont échangées, durant des dizaines d’années, il ne peut s’empêcher de les lire toutes attentivement pour essayer de comprendre ce passé dont il ignore à peu près tout.

Un passé qui remonte jusqu’aux années 40, celles de la guerre.

Et en 42, Héloïse a tout juste vingt ans quand un détachement allemand réquisitionne  une des fermes du village. A la grande colère des habitants, qui ne peuvent strictement rien faire pour manifester leur mécontentement.

Jusqu’au jour où un groupe de jeunes met le feu à la grange de la ferme où les allemands ont installé leur logement.

La riposte sera terrible …

Quelles conséquences cela va-t-il avoir sur la vie d’Héloïse et celle de son jeune frère ?

Et plus de 60 ans plus tard, sur la vie de Loïc ?

Loïc qui est en train de mener une enquête minutieuse pour essayer de découvrir non seulement qui est l’expéditeur de toutes ces lettres mais aussi quels sont tous les secrets et les non-dits qui hantent sa famille depuis des décennies …

C’est à lire dans ce très joli roman historique qui oscille sans cesse entre passé et présent, le présent dans la voix de Loïc, et le passé dans les pas d’Héloïse.

L’histoire est bien construite, l’écriture est enlevée, claire et précise.

L’intrigue est maintenue tout au long des 319 pages, laissant au lecteur le soin de deviner ce qui se trame au fil du temps,  le soin de douter aussi et puis finalement de découvrir la chute, très élégamment amenée.

C’est un premier roman en littérature adulte pour Mélanie Guyard.

On espère qu’il y en aura d’autres.

 

Les enfants du fleuve, Lisa Wingate, Pocket

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Avery Stafford est avocate.

Elle réussit très bien dans sa vie professionnelle, même si elle envisage peut-être à moyen terme de se lancer dans une carrière politique, comme son sénateur de père.

Mais celui-ci, à l’aube d’une nouvelle campagne électorale importante, c’est la présidentielle qui se dessine à l’horizon, doit être soigné pour un cancer.

Son équipe le ménage le plus possible et fait appel à Avery  qui n’hésite pas une seconde et rentre auprès de lui pour l’épauler, dans leur ville natale de Caroline du Sud.

C’est qu’il faut occuper le terrain, et ne pas laisser de place à l’opposition car depuis plusieurs semaines, le scandale couve : la presse et les adversaires du politicien se déchaînent sur les conditions de vie des séniors dans certaines maisons de repos de la région.

Et c’est un évènement complètement anodin qui va tout déclencher.

Alors qu’elle est justement en visite officielle dans une de ces maisons de retraite, Avery perd un bracelet auquel elle tient beaucoup. C’est un cadeau de sa grand-mère.

Au cours de cette réception, une vieille dame l’aborde, s’accroche à son bras et l’appelle d’un prénom qui n’est pas le sien.

Cette dame, c’est May Crandall. Elle est âgée, et semble très émue en voyant la jeune femme, mais aussitôt une infirmière l’éloigne.

Un peu plus tard, le personnel soignant retrouve le bracelet au bras de cette mamy qui prétend que ce bijou est le sien.

Intriguée, Avery retourne à la maison de retraite pour rencontrer May.

Dans la chambre de la pensionnaire, sur la table nuit, un cadre abrite une photo qui retient toute l’attention de l’avocate : une des personnes photographiées ressemble à s’y méprendre à sa propre grand-mère et ce que lui raconte May l’interpelle beaucoup.

Impossible malheureusement pour Avery de questionner sa grand-mère, elle est de moins en moins lucide, ses souvenirs de plus en plus lointains et confus.

Alors, avec sa ténacité, Avery va se lancer à la recherche des origines de sa propre famille, en cachette des siens parce qu’elle pense ne pas découvrir que de jolies choses.

Notamment sur les liens entre sa grand-mère et la Société des foyers d’accueil d’enfants du Tennessee,  quels sont-ils exactement ? Et puis que cache la famille Stafford depuis des décennies ?

C’est à lire dans ce magnifique roman inspiré de faits réels, à savoir le scandale provoqué par les agissements de Georgia Tann, une américaine qui a fait fortune en dirigeant plusieurs orphelinats dans la région de Memphis, et qui a, entre 1924 et 1950, avec la complicité de nombreuses personnes, dont des policiers et des magistrats, kidnappé, volé des bébés et des enfants à des familles pauvres, précarisées, des mères célibataires, des femmes dans la détresse,  pour les vendre à des couples riches qui n’arrivaient pas à en avoir.

Aujourd’hui, on estime que Georgia Tann a fait plus de 5000 victimes, dont des fratries entières qui ont été enlevées notamment sur le chemin de l’école, et à qui les responsables des foyers faisaient croire que leurs parents étaient morts ou ne voulaient plus d’eux.

Lisa Wingate a rencontré plusieurs survivants pour écrire son roman, et a enquêté sur ces histoires longtemps étouffées aux Etats-Unis, jusque dans les années 90 quand les victimes ont enfin pu mettre la main sur leurs véritables certificats de naissance.

« Les enfants du fleuve » est resté pendant un an dans la liste des meilleures ventes du New York Times. C’est très très beau roman, joliment écrit, très bien traduit et construit de telle manière qu’il est impossible de le lâcher.

Longtemps les horreurs vécues par ces enfants reviendront vous interpeller et longtemps vous vous demanderez comment un tel cauchemar a pu être possible.

 

 

Blanc mortel, Robert Galbraith, Grasset

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Il faut bien le reconnaître Cormoran Strike est plutôt le genre de mec à ranger dans la case « ours mal léché ». Du haut de son 1,92 m, il est une espèce de colosse brun, bourru, aux cheveux pas trop coiffés, et il faut le reconnaître, sapé n’importe comment. Il est le fils illégitime d’une ancienne rock star et d’une de ses groupies junkie.

L’homme a servi dans l’armée britannique. En Afghanistan notamment. C’est là qu’il a été blessé dans une explosion qui lui a coûté une partie de sa jambe droite. Il porte à présent une prothèse qui le fait pas mal souffrir.

Après sa revalidation, Strike n’a pas voulu du reclassement proposé par l’armée.

Alors, il a dû assurer sa reconversion. La seule envisageable pour l’ancien militaire, et d’après ses propres propos, c’est de poursuivre dans ce qu’il fait de mieux à savoir investiguer.

Ce qu’il aimait avant tout, c’était chercher, résoudre, établir la vérité, rendre justice. Cette passion, il le savait, résisterait à tout. Bien sûr, ce n’était pas drôle tous les jours. Il fallait se coltiner la paperasse, les clients pénibles, les collaborateurs à embaucher, à virer. Mais cela faisait partie du métier, au même titre que les horaires élastiques, la fatigue, les privations et les risques …

Aujourd’hui, il est donc détective privé. Il a fondé sa propre agence à Londres, et il a engagé une assistante, la ravissante Robin Ellacott. La ravissante, mais surtout très efficace Robin, dont le fiancé voit d’un très mauvais œil sa collaboration avec Strike.

Faut dire que le boulot peut être dangereux, et qu’il paie très très mal, les finances de l’agence étant quasi constamment dans le rouge. Même si les talents d’investigation du boss et de son assistante commencent à porter leurs fruits.

Tout doucement, affaire après affaire, Strike est à présent connu dans la place, connu, et reconnu, ce qui n’est pas toujours un avantage quand il faut filer quelqu’un …

Cette fois, alors que Robin vient enfin d’épouser son fiancé, Strike doit faire face à une nouvelle affaire pour le moins étrange.

Un jeune homme est venu à l’agence lui déclarer avoir été le témoin du meurtre d’un enfant retrouvé mort près d’un cheval, il y a des années.

Ce jeune homme semble assez perturbé psychologiquement, et avant que Strike puisse l’interroger plus précisément, il se sauve et disparaît dans la nature.

Il n’en faut pas plus pour chatouiller la curiosité de Strike, qui commence à gratter, avec pour seul indice, un bout de papier sur lequel est griffonné un nom de rue.

Très vite, le détective va se retrouver plongé dans une enquête qui va le mener des bas-fonds de Londres aux plus hautes sphères du Parlement britannique quand un ministre de sa très gracieuse Majesté le contacte pour mettre un terme au chantage dont il est victime depuis quelque temps.

Cette enquête reposait sur des bases très inhabituelles. Jamais auparavant il n’avait eu à traiter une affaire de chantage dont la victime rechignait à avouer les causes. Mais, après tout, songea Strike, il n’avait jamais eu de ministre parmi sa clientèle non plus. De même, il ne voyait pas tous les jours débarquer dans son bureau des jeunes gens probablement psychotiques proclamant avoir assisté au meurtre d’une enfant. Pourtant, depuis qu’il avait la une des journaux pour la première fois, Strike recevait constamment des messages d’individus plus ou moins déséquilibrés …

 Et s’il y avait un lien entre ces deux affaires ? Au premier regard, cela semble très peu probable. Et pourtant … L’enquête est compliquée, délicate, les ramifications nombreuses, dans des milieux où la morale n’est pas toujours la première des vertus, alors que Strike et Robin semblent de plus en plus proches.

Vont-ils enfin s’avouer leur attirance mutuelle ?

Réponse dans ce quatrième volet des aventures de Cormoran Strike.

Après l’Appel du Coucou, après le Ver à soie,  après la Carrière du mal, qui se sont vendus à près de 11 millions d’exemplaire à travers le monde, J.K. Rowling continue, sous le pseudonyme de Robert Galbraith, de nous faire vivre les enquêtes passionnantes de son détective si attachant.

Certains pensent que le roman, qui fait près de 700 pages, soit environ 100 de plus que les 3 tomes précédents est trop long.

Ce n’est pas mon impression. Au contraire. Et pour la première fois peut-être, Rowling/Galbraith nous fait entrer un peu plus dans l’intimité de ses deux héros.

Sans être particulièrement fleur bleue, l’histoire qui se joue entre Cormoran et Robin humanise terriblement la série. Et rend le détective et sa collaboratrice encore plus attachants.

On referme d’ailleurs Blanc mortel avec beaucoup de regrets, en se disant qu’il va falloir attendre de très longs mois, voire deux ou trois années avant de pouvoir lire la suite de leur histoire …