M, le bord de l’abîme, Bernard Minier, XO Editions

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Autant le savoir d’emblée, toutes les technologies décrites dans ce roman existent ou sont en cours de développement. Les applications et dispositifs que vous découvrirez ici sont déjà mis en œuvre dans de nombreux pays, presque identiques dans la réalité à ceux de cette histoire. Car elle ne se passe pas dans le futur : elle se passe aujourd’hui.

Une mise en garde qui s’avère terrifiante dès les premières pages…

Moïra  Chevalier est du genre brillante.

Du genre bardée de diplômes : un master en sciences du langage, spécialisée en linguistique informatique, un an de formation supplémentaire au prestigieux MIT, un postdoctorat au laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook.

C’est le profil idéal pour Ming Inc., le géant chinois du numérique, qui recrute des spécialistes en Intelligence Artificielle pour bosser sur son nouvel agent conversationnel DEUS, une espèce de SIRI de compétition, le chatbot le plus complexe jamais mis au point.

Moïra sera donc chargée de lui conférer une vraie personnalité et de vraies émotions.

En deux mots, son travail sera d’humaniser DEUS, pour en faire le plus humain des assistants virtuels jamais mis en circulation, avec un objectif on ne peut plus clair : le rendre indispensable, incontournable dans la vie de ses utilisateurs. Comme une drogue…

Un travail basé à Hong Kong où Moïra débarque assez stressée.

D’abord, faut bien dire que la ville est très impressionnante : des milliers de buildings dont plus de 300 qui culminent à plus de 150 mètres, pour donner l’impression d’une espèce de ruche de béton et d’acier où vivent des millions d’habitants, une vraie fourmilière chaotique, la ville la plus dense du monde, une ville qui ne s’arrête jamais, avec une température très élevée et un taux d’humidité qui frôle les 90%. De quoi se sentir oppressée d’emblée.

Ensuite, le job pour lequel elle a postulé constitue un vrai défi professionnel qui risque bien de révolutionner la société puisqu’il s’agit ni plus ni moins de faire de DEUS d’équivalent de ce que Google a fait avec son moteur de recherche, et Facebook avec son réseau social.

Inutile de dire que la mission est ambitieuse et complexe.

D’autant, qu’en plus de l’énorme pression professionnelle, la jeune femme ne se sent pas trop à l’aise, à la fois dans son nouvel environnement de travail, mais aussi en rue, ou chez elle : elle a constamment l’impression d’être surveillée, épiée.

Elle se demande aussi ce que peuvent bien signifier ces curieuses bribes de conversations qu’elle a saisies par hasard au boulot. Est-ce que ses collègues lui cacheraient des choses ? Car, elle en a très vite la certitude, tout n’est pas net chez Ming Inc. .

Certains employés de la société semblent littéralement terrorisés, quand d’autres connaissent une mort violente : accidents, suicides, et surtout une série de meurtres …

La liste commence à s’allonger.

La police de Hong Kong est sur les dents : ces meurtres sont l’oeuvre d’un tueur particulièrement pervers, d’une inventivité tellement démente que les flics qui enquêtent sur ces horreurs l’ont appelé le « prince noir de la douleur ».

Et ce monstre, Moïra le côtoie peut-être tous les jours sans le savoir.

Une des pistes suivies par les policiers concerne de très très près Ming Inc. …

Vous ne lâcherez pas ce thriller une seconde. Pas une.

Peut-être le meilleur de Minier.

A la fois une intrigue épouvantablement glaçante et une plongée encore plus terrifiante dans ce monde contemporain et très méconnu de l’intelligence artificielle.

Ce monde qui, on le rappelle,  n’est pas de l’anticipation.

Cela se passe déjà maintenant, même si vous ne le savez pas.

Ce monde qui existe déjà via les géants de l’internet que sont Facebook, Google, Amazon. Ce monde qui pourrait nous entraîner, souvent à notre insu  d’ailleurs si nous ne faisons pas preuve de vigilance,  dans une nouvelle ère, toute proche de l’abîme…

Un excellent thriller donc, avec tous ses ingrédients, et une incroyable prise de conscience des dérives auxquelles pourrait nous mener l’intelligence artificielle.

Cauchemars en vue ?

 

Nous ne sommes pas de mauvaises filles, Valérie Nimal, Editions Anne Carrière

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Quand Maud trouve sa mère inanimée à côté de son lit, et que les infirmiers des urgences font le point avec elle sur l’état de celle-ci : reins atteints, gonflements du visage et du cou, paralysie d’un bras, température bien trop basse, Maud se dit que cette fois, c’est bien fini. Sa mère aura réussi sa nouvelle tentative de suicide.

D’une série de machines s’échappent des sons répétitifs. Sur les écrans, des graphiques. Reliée aux fils, elle dort dans un lit à barreaux. Je caresse son front. Ses yeux s’ouvrent, se referment, hallucinés. Tantôt elle geint, tantôt elle cogne les barres de métal. Une infirmière entre, ferme la porte avec douceur. ‘’Votre maman  a avalé une grande quantité de médicaments, elle a fait des mélanges’’, chuchote celle qui se faufile entre les sondes, les perfusions, en vérifiant les écrans. Je suis soulagée, enfin quelqu’un qui énonce la réalité.

 A son chevet pourtant, chaque jour qui passe est une victoire sur la mort.

Après de longues journées de convalescence, après avoir mis la patience de son entourage à bout, la mère de Maud finit par pouvoir rentrer chez elle, et Maud ne peut s’empêcher de plonger dans son passé, peut-être pour essayer de retenir ces années qui sont tout doucement en train de lui échapper.

A quoi a ressemblé sa vie aux côtés de cette mère si particulière ?

Une mère professeur d’archéologie, toujours en mouvement, une espèce d’exploratrice des temps modernes, égyptologue et parfois pilleuse de pyramides.

Une femme complexe, sentimentalement très instable, constamment tiraillée entre ses compagnons et amants, incapable de se fixer quelque part, au grand désespoir de Maud et de sa sœur cadette Marie.

Une femme sujette à la dépression, qui aura souvent été impitoyable avec ses filles, même si elle les a aimées, à sa façon, peut-être mal.

C’est de tout cela dont Maud veut se souvenir.

Donc j’ai continué à écrire. Pour que ma sœur et moi, nous puissions nous endormir par marée haute ou basse, sans craindre l’influence des phases de lune, ni les rechutes, ni les tourments, les messages impromptus de notre mère retournée chez elle après le centre de convalescence, au milieu de ses objets égyptiens, de ses tapis d’Orient, de ses photos d’anciens amants.

D’une page à l’autre, nos années d’errance s’égrènent antre mes doigts bleuis par l’encre.

 Année après année, Maud se remémore toute son enfance, puis son adolescence.

Il m’arrive de douter de ce que j’ai vu. De perdre pied. Et si tout cela était inventé dans le seul but de la persécuter ? est-ce le souvenir précis de ce que j’ai vécu avant d’entrer en maternelle ou ce que mon père m’a raconté ? la mémoire est un labyrinthe dans lequel je tente de me dépêtrer.

 Quand, bien plus tard, sa mère finit par mourir, Maud s’installe dans la maison maternelle pour y faire du rangement …

Comment va-t-elle survivre à ce choc ?

Comment survivre à une telle relation d’amour-haine ?

Comment en sortir indemne et pouvoir envisager l’avenir sereinement ?

C’est à lire dans ce premier roman de Valérie Nimal.

Un premier roman qui comptera, c’est certain.

Les mots sont parfois durs, parfois tristes, parfois drôles, souvent tendres.

L’écriture est fine et pudique.

L’histoire touchante.

A découvrir très vite.

Pamela, Stéphanie Des Horts, Livre de Poche

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Elle s’appelle Pamela.

Pamela Beryl Digby.

On la surnomme Pam.

Elle est née dans le comté du Hampshire, au sud de l’Angleterre, en 1920.

De ses parents, issus de la petite noblesse désargentée, elle tient la flamboyance de sa chevelure, une indéfectible foi en elle et une volonté d’aller de l’avant, toujours.

Une volonté aussi de vivre à Londres et de quitter cette campagne où elle s’ennuie à mourir.

Je déteste la campagne, la boue, le gel, les cheminées glaciales au petit matin, les femmes de chambre mal payées, l’humidité et le vent dans les saules. Je ne rêve que de paillettes, bals masqués et d’hommes prêts à tout pour me conquérir. L’argent vaut tous les quartiers de noblesse. Je veux l’amour, la gloire, le rire, la passion, le pouvoir… Quoi encore ? Jouir, plaire, jurer. Arrêter de faire semblant. Comme mes parents qui sourient alors qu’ils ont vendu tous les bijoux de famille.

Pamela en est bien consciente : elle n’aura pas le choix : son avenir, c’est le mariage … Heureusement pour elle, même sans le sou,  la jeune femme sait qu’elle est appétissante et qu’elle plaît aux hommes.

Quand elle rencontre Randolph Churchill, le fils de Winston, elle comprend instantanément tout ce que cette union pourrait lui ouvrir comme portes.

En octobre 39, elle a 19 ans.

La guerre et Hitler ne sont pas loin.

Randolph veut un héritier.

Pam une position sociale.

Ils se marient.

Très rapidement, elle est enceinte et donne naissance à un garçon : Winston junior.

Plus rapidement encore, l’entente se détériore au sein du couple. Randolph est envoyé au combat.

Pam s’installe à Downing Street chez ses beaux-parents, pour y jouer les hôtesses modèles.

C’est vrai qu’on croise du beau monde chez le Premier Ministre.

L’exubérance de sa chevelure rousse, la langueur de sa voix et son sourire malicieux feraient dresser une assemblée de cardinaux. (…) Pamela Churchill est bien décidée à prendre l’Histoire en marche, elle ne quitte plus les cercles où s’exercent les arcanes du pouvoir.

Les mois passent, les années aussi.

Le divorce avec Randolph est inéluctable.

Qu’importe : Pam a réussi à se faire une place au sein de la société. Elle enchaîne les conquêtes.

Des hommes qu’elle a tous aimés à sa manière.

Des hommes qui l’ont tous ardemment désirée.

Rien que du beau monde : le Prince Ali Khan, Gianni Agnelli, Frank Sinatra, Stavros Niarkos, Elie de Rotschild, Maurice Druon, beaucoup d’autres encore qu’on n’ose pas nommer, sans oublier l’américain Averell Harriman, qui sera son dernier mari, et qui la laissera veuve et très très riche.

C’est avec Averell qu’elle fera la connaissance de Bill Clinton, alors complètement inconnu du public et juste sénateur de l’Arkansas.

Pam contribuera à le faire élire.

Pour la remercier, il la nommera ambassadrice des Etats-Unis à Paris.

C’est là qu’elle mourra, en février  1997, comme une légende, dans les eaux de la piscine du Ritz …

Elle avait 77 ans …

Un destin hors du commun.

Fascinant.

Etourdissant.

Comme ce roman autobiographique signé Stéphanie Des Horts.

Une petite merveille qui fait 300 petites pages.

On en aurait bien lu le double, tellement c’est bien foutu.

On en veut encore …

 

Des coeurs ordinaires, Catherine Locandro, Editions Gallimard

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Gabrielle Lamperti, une soixantaine d’années, vit dans son appartement du quartier Montparnasse depuis toujours.

Veuve, son fils unique installé au bout du monde, en Nouvelle Calédonie, le temps est parfois long pour elle.

Et ce ne sont pas ses cours d’informatique qui risquent de briser cette solitude qui, même si elle ne veut pas trop le reconnaître, lui pèse parfois.

Alors quand elle remarque qu’une jeune femme vient de s’installer dans l’appartement juste au-dessus de chez elle, chez Sacha Malkine, un jeune ébéniste très discret, elle ne peut s’empêcher de vouloir faire sa connaissance.

D’abord, en essayant tout simplement d’engager la conversation avec elle dans le hall de l’immeuble. Ensuite, en allant sonner chez elle avec un gâteau de bienvenue.

Mais, la nouvelle voisine est du genre craintif et ne semble pas vouloir parler. Continuellement sur la réserve, Anna, c’est son prénom, n’a pas trop envie de se lier. Ni avec sa voisine, ni avec personne d’ailleurs.

La jeune femme sort peu. Elle travaille chez elle : elle est lectrice pour une maison d’édition. Elle partage son temps entre la lecture de manuscrits pas encore publiés et la rédaction de son journal intime.

J’ai pris conscience que ce carnet, que je remplis chaque soir avant que Sacha rentre du travail, était mon unique ami. J’en prends soin, je lui évite les ratures et le style télégraphique. Je m’applique. Mais, même à lui, je n’ose pas tout dire.

Très vite, on comprend qu’Anna sort d’un dépression profonde : son précédent poste d’enseignante a laissé des traces : son mental n’est pas encore revenu au beau fixe.

Je me suis retrouvée devant des adolescents qui ne voulaient pas apprendre, qui refusaient de m’écouter, pour qui je ne représentais rien, sinon une petite bourgeoise à peine plus âgée qu’eux déblatérant des inepties sur des auteurs morts des siècles auparavant, à mille lieues de leurs vies, de leur monde. Je n’ai pas su leur parler, capter leur attention. J’étais terrifiée.je me souviens avec précision du moment où j’ai craqué devant mes élèves.

Pour essayer de remonter la pente, pour tenir le coup, Anna prend des anti-dépresseurs en cachette de Sacha. Et petit à petit, elle sort doucement de cet état dépressif.

Elle semble même accepter l’amitié de Gabrielle, en se confiant un peu à elle, en lui racontant un peu de sa vie. Ce qui ne plaît pas du tout à Sacha, qui ne voit en Gabrielle qu’une vieille femme curieuse et intrusive.

Gabrielle dont l’attention est attirée par tout un tas de petits détails plutôt troublants, parfois inquiétants. Elle entend des bruits de disputes dans l’appartement du jeune couple. Elle suspecte Sacha de frapper Anna. Elle a même vu des bleus sur le visage de sa jeune voisine. Bref, elle est convaincue qu’Anna est en danger et qu’elle doit tout faire pour éviter une tragédie …

Sur quoi cette bienveillance va-t-elle déboucher ?

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus …

C’est à découvrir dans ce 8ième roman de Catherine Locandro.

Une histoire qu’on lit d’une traite, impossible à lâcher.

Un roman à la construction impeccable au service d’un huis-clos mystérieux, drôlement inquiétant.

Bouleversant aussi.

Au suspense grandissant, à la tension de plus en plus perceptible au fil des pages.

Un roman d’amour également porté par une écriture  élégante, redoutablement limpide et fluide.

Des coeurs ordinaires qu’on n’oublie pas.

 

 

 

 

Les soeurs aux yeux bleus, Marie Sizun, Editions Arléa

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Inutile de parcourir les lignes qui suivent si vous n’avez pas encore lu « la Gouvernante suédoise » (sorti chez Folio l’année dernière). Un conseil, passez votre chemin, et revenez quand vous l’aurez lu. Pas avant.

Ce serait en effet dommage de spoiler ce si joli roman que Marie Sizun consacre à l’histoire un peu compliquée de sa famille, ses fameux ancêtres franco-suédois.

Des ancêtres dont elle essaie de reconstituer la vie au départ d’archives, des ancêtres aussi qui restent entourés d’une part de mystère insondable, faute de documents suffisants à disposition.

« Les sœurs aux yeux bleus » débutent en 1877.

A ce moment-là, la famille Sézeneau s’est installée, à la suite de ce qu’on appelle pudiquement un revers de fortune, dans une grande maison de Meudon, au sud-ouest de Paris. C’est là que Hulda, l’épouse de Léonard va vivre ses derniers instants.

A la stupeur générale, en juin de cette année-là, la jeune mère de famille meurt, sans maladie apparente. On parle juste d’un épuisement physique et moral.

A 27 ans, le corps d’Hulda est comme usé : elle a eu cinq enfants en très peu de temps,  avant de découvrir que son mari avait une liaison avec la gouvernante Livia, celle qu’elle croyait être sa meilleure et seule amie, son unique confidente depuis très longtemps.

Le choc de la découverte, le chagrin et l’épuisement physique d’avoir autant enfanté, auront été sans pitié pour la jeune femme.

Pour Isidore, 10 ans, pour Eugène, 9 ans, pour les filles Louise, 7 ans, Nini, 3 ans, et pour Alice, toujours bébé, l’avenir ne se dessine pas de la meilleure des façons.

La mort de leur mère sera un traumatisme évident.

Mais que savent-ils exactement des causes du décès de leur maman ?

Difficile de se faire une idée tellement leur père reste silencieux sur le sujet.

Comme Livia d’ailleurs. Livia qui est toujours là pour prendre soin d’eux, comme leur propre mère.

Livia qui est plus que jamais présente pour les élever et les consoler de tous leurs chagrins.

Livia qui, il y a quelques mois, a accouché en cachette, d’un petit garçon qu’elle a appelé George. Il est le fils de sa liaison avec Léonard, un fils qu’elle ne peut évidemment pas ramener chez les Sézeneau : elle a dû le confier, dans le plus grand secret aussi à une nourrice.

Le petit George va rester chez cette nourrice pendant des années, car Léonard, qui ne sait pas qu’il vient d’être père une fois encore,  décide d’aller s’installer avec toutes ses filles à Saint-Pétersbourg, où les affaires l’appellent. Les aînés resteront au pensionnat en France. Et Livia sera du voyage pour prendre soin des fillettes.

Les mois passent. Les années aussi. Les filles ont bien grandi. Elles commencent à comprendre certaines choses, et ne portent plus le même regard sur leur gouvernante, qu’elles finissent par prendre en grippe.

Quand tout le monde revient en France, en 1885, c’est un soulagement pour les trois filles d’apprendre que Livia ne vivra plus avec elles.

Les adolescentes sont jolies, vives, curieuses, mais sous la coupe de Léonard, qui se révèle être un père aimant, mais extrêmement autoritaire.

Très rapidement, elles vont se rendre compte que la vie ne va pas être facile dans cette campagne du bord de mer, où elles vivent, retirées de tout, et où les seuls moments de joie et d’ouverture sur le monde à leur disposition sont les grandes vacances, quand arrivent les touristes avec qui elles nouent des liens d’amitié, leur permettant de briser la monotonie d’un quotidien bien souvent morose.

Ce sera le moment des premières attirances …

Celui des premières désillusions aussi …

Cruelles …

Elle croit avoir tout compris et considère l’injure qu’elle estime lui être faite comme adressée autant à ses soeurs. On leur a fait l’aumône, écrit-elle, de les admirer, de les trouver à nulle autre pareilles, mais on a passé son chemin, et on est allé offrir ses voeux à d’autres, plus fortunées. Le mot est lâché : c’est l’argent qu’elle n’ont pas qui les exclut, qui fait d’elles des parias.

Comment dans ce cas, avec autant de lucidité, envisager l’avenir sereinement ?

C’est dans ces conditions que les trois soeurs vont devoir faire le dur apprentissage de la liberté, en traversant deux siècles, en luttant sans cesse contre leur condition de jeunes filles désargentées, dans une société en évolution constante, qui est encore si pénible, et si injuste pour les femmes seules …

Parviendront-elles à trouver le bonheur auquel elles ont droit ?

Réponse dans ce magnifique et très addictif roman. Aussi charmant que le précédent, « La gouvernante suédoise ».

Un écriture limpide, une histoire à rebondissements, des personnages très attachants.

On ne peut qu’attendre une suite et un troisième tome …

 

 

 

 

 

Une drôle de fille, Armel Job, Robert Laffont

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A la fin des années 50, à Marfort, petite bourgade ardennaise imaginaire de province belge, il n’y a pas grand-chose pour troubler la quiétude des habitants, ni celle des Borj, le couple de boulangers que tout le monde connaît dans la région.

Ruben et Gilda Borj, et leurs enfants aujourd’hui adolescents, Astrid et Rémi, y coulent des jours paisibles. La boutique marche bien, ils n’ont aucun problème d’argent.

Bref, ils ont tout pour être heureux.

Ce jour-là, le 13 septembre 58, ils sont bien loin d’imaginer comment leur vie va changer quand retentit la sonnette de la porte de leur magasin qui sent bon la tarte aux prunes et les fameuses gosettes aux pommes.

Une dame souhaite parler au couple.

Une dame qui représente l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre.

Elle voudrait que les Borj accueille chez eux sous contrat d’apprentissage, la jeune Josée, 16 ans.

Josée dont les parents, et tout le reste de sa famille ont été tués en janvier 45, durant la bataille des Ardennes.

Tous s’étaient réfugiés dans une cave à Houffalize. Ils ont péri lors d’un bombardement de l’aviation américaine.  Seule la petite fille a miraculeusement survécu.

Josée était en parfaite santé, mais souffrait d’une légère déficience mentale consécutive au traumatisme. Elle savait compter, lisait lentement, pouvait écrire quelques mots simples. Elle était très travailleuse, d’un caractère paisible, docile et joyeux.

Au départ, Ruben Borj ne semble pas vraiment enchanté par la proposition, d’autant qu’il apprend que Josée fait parfois des crises d’épilepsie, il a peur que cela fasse fuir le client. Mais Gilda réussit à convaincre son mari et Josée vient donc s’installer chez eux à Marfort.

Une intégration au sein de la cellule familiale sans problème, à première vue en tout cas.

On lui fait une chambre dans la mansarde, comme à l’époque, quand Gilda est arrivée chez les Borj, et comme Gilda, Josée aide du mieux qu’elle peut à la vente dans la boulangerie.

Elle se débrouille d’ailleurs pas mal, au grand soulagement de la patronne qui la surveille étroitement.

Un dimanche, Josée accompagne Astrid à une répétition de la chorale : c’est la révélation. L’adolescente chante divinement bien, ce qui lui vaut très rapidement une place de soliste à la messe de Noël, au grand dam de certaines, dont la jalousie va crescendo quand elles apprennent que la Reine Elisabeth, qui a entendu Josée chanter lors de la retransmission par l’INR, est tombée sous le charme de cette voix cristalline et qu’elle souhaiterait la rencontrer. Elle et deux autres filles de la chorale …

Astrid ne fait pas partie des personnes invitées au Palais …

L’ennui, c’est que la fin de l’amitié chez les filles n’est pas le retour à l’indifférence, mais le début de la haine.

Une phrase terrible qui va prendre tout son sens à Marfort, dont les habitants ne peuvent s’empêcher de colporter des rumeurs qui vont très vite créer un climat absolument détestable pour tous les membres de la famille Borj et entraîner une tension plus que malsaine au sein du couple, au sein de toute la bourgade aussi.

Quand les secrets de famille que l’on croyait enfouis à tout jamais dans le passé refont surface, lorsque le qu’en dira-t-on devient une philosophie de vie, quand les frustrations et les jalousies accumulées au fil du temps empoisonnent le quotidien, que reste-t-il de l’innocence d’une orpheline de guerre qui n’a rien demandé à personne ?

Réponse dans ce thriller psychologique impossible à lâcher une fois qu’on l’a ouvert.

Armel Job, dont on attend plus qu’impatiemment la sortie annuelle, début février,  est devenu le maître du genre.

Incontestablement un des meilleurs pour plonger dans l’âme humaine et aller gratter au delà de l’inavouable.

Un orfèvre pour exhumer toutes ces choses qu’on a tout fait pour essayer désespérément de taire définitivement.

 

Un petit bijou. Un vrai …

 

 

 

 

Fake News, Michèle Cotta, Robert Namias, Robert Laffont

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Au printemps 2018, les Français ont élu un nouveau président.

Il s’appelle François Berlau. Marié, amoureux de sa femme. Deux enfants.

Il est jeune. 42 ans. Sorti un peu de nulle part. Un vrai provincial, pas honteux de l’être.

Bourré d’ambition.

Celle de tout changer. Absolument tout.

En commençant par ce palais vieillot et inconfortable qu’est l’Elysée. Ensuite, la manière de diriger un pays.

Et jusqu’à présent, on peut dire que les résultats sont là : le chômage a enfin baissé, la croissance repart à la hausse, les exportations reprennent.

Cerise sur la gâteau, Berlau semble très apprécié, à première vue en tout cas, sur la scène internationale.

En France aussi, les citoyens sont sous le charme.

De quoi lui donner toutes les raisons d’être optimiste pour la suite de son quinquennat. Même si en coulisses, tout n’est pas aussi joli qu’il n’y paraît.

D’abord, il y a six mois, ces deux assassinats qui ont fait beaucoup de bruit et couler beaucoup d’encre :  celui du Président du Sénat et celui du patron de presse le plus influent de France.

Voilà qui fait très très mauvais genre. D’autant que l’enquête piétine depuis des semaines. Pour les enquêteurs, aucun élément ne peut accréditer l’une ou l’autre thèse. D’ailleurs, c’est bien simple, ils n’ont aucun piste…

Et puis, il y a cette affaire dévoilée par le Canard Enchaîné. Beaucoup plus délicate. Carrément dangereuse même pour la suite de la carrière du jeune président à la tête de l’état français.

D’après les journalistes du Canard, la campagne électorale de Berlau aurait été financée dans le plus grand secret évidemment, à coups de millions d’euros, par les … mollahs iraniens.

Voilà qui fait très mauvais genre encore et qui risque bien de ruiner tout son capital sympathie auprès de ses électeurs. Une vraie catastrophe pour le jeune président. L’article publié est on ne peut plus clair …

La vérité, c’est que la campagne du plus jeune président que la République s’est jamais donné lui aura coûté plus de cinquante millions, au bas mot. Mais qui étaient ces généreux donateurs, si puissants et habiles qu’ils ont pu faire circuler l’argent par valises entières ?  (…)  Et au terme d’une enquête qui aura mis plus d’un an, nous avons trouvé la clé ouvrant ces valises de billets. A Téhéran. Les ayatollahs n’ont pas que des mauvais côtés et ils ont surtout beaucoup d’argent. Suffisamment en tout cas pour trouver utile et avantageux de financer la campagne de François Berlau. Ce qui fut fait à hauteur de soixante millions.

Les journalistes du Canard viennent de lâcher une bombe…

Quel crédit accorder à ces affirmations étayées quelque temps plus tard par l’enquête d’un autre journal, très sérieux et reprises aussitôt en boucle par les chaînes d’infos en continu ? Et comment le président Berlau va-t-il gérer cette affaire qui s’est très transformée en scandale d’état ?

C’est à découvrir dans ce thriller politique qui tient toutes ses promesses.

Les deux auteurs Cotta et Namias ont mis leur incroyable expérience professionnelle  au service  de l’intrigue qu’ils situent dans un monde qu’ils connaissent particulièrement bien : celui de la politique.

Un monde fait de trahisons et de coups bas, mais aussi d’alliances parfois surprenantes. Un monde qui ne vit que par ce que les médias décident d’en montrer.

Les médias, leurs sites internet, les chaînes d’infos en continu, les réseaux sociaux …

Ou comment un pays peut quasi du jour au lendemain basculer dans le chaos …

Même si tout est possible et crédible, tout est faux dans le roman de Cotta et Namias.

Mais tout pourrait être vrai …

Ce qui le rend complètement glaçant …

Terrifiant …

 

 

 

 

Félix et la source invisible, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel

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Félix est un gamin de 12 ans, plutôt bien dans sa peau.

Il vit seul avec sa maman Fatou à Belleville, où elle tient un petit troquet, appelé judicieusement « Au boulot ».

C’est là que se retrouvent des habitués, des riverains en manque de chaleur humaine. Ici, ils sont les rois, soignés aux petits oignons par la vive, pétillante, curieuse, rayonnante, expansive et gracieuse Fatou.

Fatou qui a pour habitude de trouver de jolis surnoms à sa clientèle, histoire qu’elle se sente  plus à l’aise.

Fatou qui a choisi « Félix » comme prénom pour son fils unique, parce qu’elle est convaincue que « Félix » qui signifie heureux en latin lui garantira un destin enchanté.

Tout va donc très bien dans la vie de Félix, jusqu’au moment où Fatou sombre dans une profonde dépression qui s’aggrave chaque jour qui passe, sans qu’on sache trop pourquoi, puisqu’au premier regard, il ne semble pas, à priori, y avoir de raisons sérieuses qui pourraient menacer l’existence heureuse et paisible de la maman et de son fiston.

Fatou ne parle plus, elle ne regarde plus personne, ne s’alimente quasi plus non plus.

Elle commence à développer des tocs : elle se met à compter tout ce qui lui passe sous la main. Et très curieusement, elle nettoie tout, absolument tout à l’eau de javel.

Son entourage et ses plus fidèles clients, Félix, tout le monde est très inquiet. D’autant que les anti-dépresseurs prescrits par le médecin n’ont servi strictement à rien. Au contraire, Fatou va de plus en plus mal. Et c’est toujours complètement incompréhensible.

En désespoir de cause, Félix, qui ne supporte plus voir sa maman dans cet état, appelle son oncle pour qu’il revienne d’Afrique.

Avec lui, ils vont aller consulter des marabouts.

Ce qui ne sert bien sûr à rien : à part les délester de leurs économies, ces charlatans n’ont évidemment rien tenté pour améliorer l’état de la malheureuse qui fait peine à voir.

C’est alors que se pointe le Saint-Esprit.

Félicien Saint-Esprit. Capitaine de frégates. Martiniquais.

Félicien est le père biologique de Félix, qui voit cette arrivée d’un tout mauvais oeil.

Félix n’a jamais eu besoin de papa. Il n’a jamais dû partager sa maman, et il n’a aucune envie que cela change. Pourtant, il doit se rendre à l’évidence, il faut qu’un adulte prenne les choses en main et agisse.

Il y a urgence si on veut sauver Fatou.

Félix accepte donc que Félicien et lui emmènent Fatou en Afrique, là où elle a grandi, près des arbres et près du fleuve.

En espérant évidemment la soigner …

Ce voyage aux origines va-t-il pouvoir ramener Fatou à la vie d’avant et faire disparaître tous ses tourments ?

C’est à découvrir dans « Félix et la source invisible »,  un conte qui fait partie du Cycle de l’invisible, initié avec « Milarepa ».

Un cycle qui aborde la recherche du sens, à travers des récits tous indépendants les uns des autres, mais avec à chaque fois, un héros qui « affronte des moments cruciaux de l’existence et trouve dans une rencontre la force d’avancer », cette rencontre étant en même temps celle d’une spiritualité.

Et donc, après avoir abordé le bouddhisme tibétain, l’islam sous la forme du soufisme, le christianisme, le bouddhisme zen, le confucianisme ou encore la musique, Eric-Emmanuel Schmitt évoque l’animisme dans ce conte si doux à lire.

Un vrai bonbon. Un vrai régal.

Un vrai moment magique de lecture.

Un livre qui fait du bien.

 

 

 

Première dame, Caroline Lunoir, Actes Sud

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Le compte à rebours est lancé : il reste 726 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle.

C’est long et c’est peu de temps à la fois pour Marie, l’épouse de Paul, candidat à la primaire de son parti.

Un délai que Marie va mettre à profit pour tenir un journal de la campagne qui s’annonce.

Elle, l’épouse dévouée, la mère exemplaire, est au départ, on a un peu tendance à l’oublier,  une journaliste qui parle russe. Aujourd’hui elle écrit des chroniques art et culture dans un hebdomadaire. Une mise entre parenthèses de sa carrière pour laisser la place à celle de son mari. Pour s’occuper aussi de leurs 4 enfants. Une existence plutôt douce jusqu’à présent, qu’elle n’a jamais songé à remettre en question.

Et la campagne démarre.

Très vite, les premières trahisons d’amis proches qui passent dans le camp adverse. Encore plus vite, les vies de Marie et celle de son candidat de mari sont passées au crible par la presse qui ne leur laisse pas un moment de répit.

Très rapidement encore, les premiers meetings sont organisés.

Les premiers sondages commencent aussi à livrer leurs premiers résultats : et le moins que l’on puisse dire, c’est que Paul ne semble pas vraiment être favori : les sondeurs le placent péniblement à la troisième position de la primaire.

A J-383, soit à un peu plus d’un an du premier tour, le chouchou des médias, le grand favori, le candidat du parti opposé est arrêté aux Etats-Unis pour violences sur deux prostituées … ce qui change considérablement la donne…

Mais la campagne est loin d’être finie.

A J-147, au soir de la primaire :  « Un choc de bonheur. Une claque d’euphorie. Il y a cette tension joyeuse qui monte, au milieu des rires, des plaisanteries et d’une bonne humeur tenace avec les retours des bureaux de vote. Le téléphone qui sonne en continu. Le portable de Paul qui clignote de messages. Les fouilles des poubelles où le bulletin de Paul serait rare, les journalistes qui arrivent de plus en plus nombreux (…) L’ancien président, éliminé, évincé, neutralisé. Le favori, laissé loin derrière. Paul, premier, Paul en raz-de-marée, mon Paul, conquérant d’une victoire arrachée aux politiques, aux commentateurs, plébiscité par notre peuple, nos militants. Ce soir de victoire ne ressemble à aucun autre. Le destin est en marche, j’ai confiance. »

Pour le clan de Paul, la joie et le bonheur seront de courte durée. La campagne reprend de plus belle. Personne ne retient ses coups.

Et Marie ne sera pas épargnée. Le scandale est là. De quoi ébranler toutes ses certitudes. De quoi faire éclater la cellule conjugale et ce cocon familial si précieux.

Comment Marie va-t-elle traverser toutes ces turbulences ? Le soutien inconditionnel qu’elle offre à Paul sera-t-il plus fort que tout ce qu’elle subit ?

Réponse dans ce très très chouette roman signé Caroline Lunoir, sans doute largement inspiré par les différents scandales que la politique française a proposé lors des dernières présidentielles.

Un journal intime magnifiquement écrit, délicieusement vieille France pour dresser le portrait d’une héroïne toute en retenue, qui ne sait que faire pour garder la tête haute dans ce torrent de boue, pour sauver le peu de fierté qui lui reste.

On imagine un peu mieux ce que Pénélope Fillon a enduré …

 

Une femme entre deux mondes, Marina Carrère d’Encausse, Pocket

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Elle, c’est Valérie. Ecrivain, journaliste et maman comblée de deux enfants de 15 et 13 ans.

Après vingt ans de mariage et une séparation qui s’est faite dans la douleur, Valérie croit qu’elle est heureuse de ce qu’elle vit depuis trois mois avec son nouvel amoureux Olivier. Un amoureux qu’elle a rencontré lors d’un salon littéraire alors qu’elle y dédicaçait son dernier roman. Depuis, ces deux-là ne se quittent presque plus.

Un jour, Valérie est conviée à un atelier dans le club de lecture d’une prison pour femmes. Un établissement où certaines sont incarcérées en préventive, dans l’attente de leur jugement, mais aussi une maison de peines : d’autres sont là pour très longtemps, sans espoir de sortie.

Cette après-midi là, les échanges avec les détenues sont riches, forts et marquent profondément Valérie, qui reçoit quelques jours plus tard une lettre d’une détenue.

Cette détenue, c’est Nathalie.

Incarcérée depuis très longtemps, et pour encore de très longues années :  elle a été condamnée à 20 ans de réclusion pour un crime qu’elle a délibérément choisi de commettre, comme elle l’explique d’ailleurs elle-même.

Que faire de cette lettre ?

Y répondre ?

Faire comme si elle ne l’avait pas reçue ?

Valérie est indécise puis finit par être obsédée par ce courrier auquel elle répond enfin. Les deux femmes vont alors commencer à s’écrire, puis à se voir au parloir.

Valérie était convaincue qu’elle allait pouvoir apporter beaucoup à Nathalie. C’est tout le contraire qui se va se produire.

Avant d’être lourdement condamnée, Nathalie était psychanalyste. Très rapidement, après quelques visites que les deux femmes trouvent chaque fois trop courtes,  elle comprend que Valérie traîne en elle depuis très longtemps quelque chose qui l’empêche de s’épanouir complètement. Elle comprend aussi que le nouvel amoureux de Valérie n’est peut-être pas si bien que cela : son comportement commence à friser la manipulation. Parfois la perversion.

Pourquoi est-ce que Valérie ne le remarque pas ? Pourquoi supporte-t-elle ces attitudes si blessantes ?

Nathalie va l’aider à plonger dans son passé pour commencer à y voir clair et surtout se débarrasser de toutes ces blessures qui sommeillent en elle de manière complètement inconsciente. Un travail difficile, qui plonge dans l’intime, pour révéler un amour auquel les deux femmes ne s’attendaient absolument pas.

« Une femme entre deux mondes » ou l’opposition d’un enfermement carcéral à celui d’une prison morale, la rencontre de deux femmes que tout oppose.

C’est un bien joli roman que nous propose Marina Carrère d’Encausse qui a su décrire sans aucun pathos, mais avec beaucoup de sensibilité et beaucoup de pudeur la naissance de cette amitié et de cet amour si particuliers entre ces deux femmes rongées chacune par un passé qu’il faut apprivoiser à chaque instant.

Un roman qu’on ne lâche qu’une fois la dernière page lue.