Le verdict, Nick Stone, Série Noire Gallimard

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A 38 ans, Terry Flynt s’est enfin stabilisé dans la vie.

Oubliés tous les petits boulots qu’il a enchaînés pour subsister quand il s’est fait virer de Cambridge.

Oubliées toutes ces années difficiles où il a complètement bousillé sa jeunesse.

Oublié son alcoolisme qui lui a causé tant de problèmes.

Aujourd’hui, il ne boit plus. Il s’est assagi.

Ces années de ténèbres, comme il dit, sont derrière lui.

Marié, père de deux enfants, il a enfin un job intéressant : il est greffier chez KRP un très gros cabinet d’avocats à Londres.

Un cabinet qui a pignon sur rue et qui n’a pas pour habitude de traiter de petites affaires. Et ce n’est pas celle-ci qui va déroger à la règle.

Vernon James, lui, est originaire de Trinidad.

Il est milliardaire, propriétaire d’un fonds d’investissement et vient d’être élu « personnalité éthique » de l’année. Son prix lui a été remis lors d’une soirée en grande pompe dans un grand hôtel londonien.

Le premier problème, c’est qu’au lendemain de cette soirée très alcoolisée,  VJ est accusé d’avoir tué une jeune femme qu’on a retrouvée étranglée sur le lit de la suite qu’il a occupée.

Vernon, qui clame son innocence, choisit KRP pour assurer sa défense.

L’avocate du cabinet chargée des affaires pénales désigne Terry pour la seconder dans ce procès qui va faire les choux gras de toute la presse britannique, ça ne fait pas l’ombre d’un pli.

Les journalistes vont adorer cette affaire, ils vont se déchaîner, c’est certain : la vie sexuelle de l’homme d’affaires n’est pas des plus morales, elle est même franchement détestable, l’homme a menti aux policiers venus l’arrêter, on trouve son ADN sur les vêtements de la victime, bref tout le désigne comme coupable …

Le second problème, c’est que Terry connaît particulièrement bien Vernon. Ils ont été amis dans le passé avant que Vernon n’anéantisse l’existence de Terry, l’accusant d’une chose qu’il n’a pas commise… Et ça, personne ne le sait chez son employeur.

Terry se retrouve donc complètement coincé : il y a son CV mensonger d’un côté, et de l’autre, l’envie de mener à bien ce procès pour pouvoir prétendre à la bourse offerte par KRP au salarié le plus méritant, ce qui lui permettrait enfin d’accéder à des études d’avocat.

Terry sait que si Vernon parle, il sera viré aussi sec …

Mais Vernon James ne dit rien.

Reste une question, et non des moindres : Terry mettra-t-il vraiment tout en œuvre pour prouver l’innocence de son ex-meilleur ami ? Ou laissera-t-il la rancoeur accumulée depuis tant d’années prendre le dessus ?

Réponse dans ces 700 pages que vous ne lâcherez pas une seconde.

Un roman complètement addictif qui rend asocial.

Une fois qu’on a commencé à le lire, on ne fait plus rien d’autre jusqu’à ce qu’il soit terminé.

700 pages pour que vous changiez continuellement d’avis au fil des rebondissements.

Une tension de chaque instant dans cette enquête difficile qui mène au procès tant attendu, au coeur du système judiciaire britannique complètement différent du nôtre.

700 pages et pas un moment pour reprendre son souffle, dans ce suspense très habilement construit, servi par une écriture limpide et une traduction impeccable.

L’histoire est redoutable. Son personnage principal plus qu’attachant.

Nick Stone signe ici est le meilleur thriller juridique de ces 5 dernières années…

Grisham peut aller se rhabiller …

Foncez …

M, le bord de l’abîme, Bernard Minier, XO Editions

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Autant le savoir d’emblée, toutes les technologies décrites dans ce roman existent ou sont en cours de développement. Les applications et dispositifs que vous découvrirez ici sont déjà mis en œuvre dans de nombreux pays, presque identiques dans la réalité à ceux de cette histoire. Car elle ne se passe pas dans le futur : elle se passe aujourd’hui.

Une mise en garde qui s’avère terrifiante dès les premières pages…

Moïra  Chevalier est du genre brillante.

Du genre bardée de diplômes : un master en sciences du langage, spécialisée en linguistique informatique, un an de formation supplémentaire au prestigieux MIT, un postdoctorat au laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook.

C’est le profil idéal pour Ming Inc., le géant chinois du numérique, qui recrute des spécialistes en Intelligence Artificielle pour bosser sur son nouvel agent conversationnel DEUS, une espèce de SIRI de compétition, le chatbot le plus complexe jamais mis au point.

Moïra sera donc chargée de lui conférer une vraie personnalité et de vraies émotions.

En deux mots, son travail sera d’humaniser DEUS, pour en faire le plus humain des assistants virtuels jamais mis en circulation, avec un objectif on ne peut plus clair : le rendre indispensable, incontournable dans la vie de ses utilisateurs. Comme une drogue…

Un travail basé à Hong Kong où Moïra débarque assez stressée.

D’abord, faut bien dire que la ville est très impressionnante : des milliers de buildings dont plus de 300 qui culminent à plus de 150 mètres, pour donner l’impression d’une espèce de ruche de béton et d’acier où vivent des millions d’habitants, une vraie fourmilière chaotique, la ville la plus dense du monde, une ville qui ne s’arrête jamais, avec une température très élevée et un taux d’humidité qui frôle les 90%. De quoi se sentir oppressée d’emblée.

Ensuite, le job pour lequel elle a postulé constitue un vrai défi professionnel qui risque bien de révolutionner la société puisqu’il s’agit ni plus ni moins de faire de DEUS d’équivalent de ce que Google a fait avec son moteur de recherche, et Facebook avec son réseau social.

Inutile de dire que la mission est ambitieuse et complexe.

D’autant, qu’en plus de l’énorme pression professionnelle, la jeune femme ne se sent pas trop à l’aise, à la fois dans son nouvel environnement de travail, mais aussi en rue, ou chez elle : elle a constamment l’impression d’être surveillée, épiée.

Elle se demande aussi ce que peuvent bien signifier ces curieuses bribes de conversations qu’elle a saisies par hasard au boulot. Est-ce que ses collègues lui cacheraient des choses ? Car, elle en a très vite la certitude, tout n’est pas net chez Ming Inc. .

Certains employés de la société semblent littéralement terrorisés, quand d’autres connaissent une mort violente : accidents, suicides, et surtout une série de meurtres …

La liste commence à s’allonger.

La police de Hong Kong est sur les dents : ces meurtres sont l’oeuvre d’un tueur particulièrement pervers, d’une inventivité tellement démente que les flics qui enquêtent sur ces horreurs l’ont appelé le « prince noir de la douleur ».

Et ce monstre, Moïra le côtoie peut-être tous les jours sans le savoir.

Une des pistes suivies par les policiers concerne de très très près Ming Inc. …

Vous ne lâcherez pas ce thriller une seconde. Pas une.

Peut-être le meilleur de Minier.

A la fois une intrigue épouvantablement glaçante et une plongée encore plus terrifiante dans ce monde contemporain et très méconnu de l’intelligence artificielle.

Ce monde qui, on le rappelle,  n’est pas de l’anticipation.

Cela se passe déjà maintenant, même si vous ne le savez pas.

Ce monde qui existe déjà via les géants de l’internet que sont Facebook, Google, Amazon. Ce monde qui pourrait nous entraîner, souvent à notre insu  d’ailleurs si nous ne faisons pas preuve de vigilance,  dans une nouvelle ère, toute proche de l’abîme…

Un excellent thriller donc, avec tous ses ingrédients, et une incroyable prise de conscience des dérives auxquelles pourrait nous mener l’intelligence artificielle.

Cauchemars en vue ?

 

Les Illusions, Jane Robins, Sonatine

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Elles sont soeurs : jumelles.

Mais aussi différentes que deux sœurs peuvent l’être.

Il y a Tilda. La si jolie Tilda à qui tout réussit dans la vie : une carrière d’actrice qu’elle mène très correctement pour lui assurer une notoriété certaine, et un certain confort matériel.

Et puis, il y a Callie, la sœur de Tilda. Beaucoup moins avenante physiquement, qui a beaucoup moins bien réussi aussi que sa jumelle.

Callie n’a jamais fait d’études, elle travaille dans une librairie, à mi-temps, et vit seule dans un tout petit appartement assez minable.

Callie et Tilda ne se fréquentent pas beaucoup. C’est vrai qu’elles n’ont pas grand-chose en commun.

Ponctuellement pourtant, elles se voient chez Tilda pour se faire des séances de vieux films sur DVD. Mais de moins en moins souvent.

C’est que Tilda, depuis qu’elle a un nouvel amoureux, a beaucoup moins de temps à consacrer à Callie.

L’amoureux s’appelle Félix.  Félix est sympa, beau, banquier et riche. Que demander de plus ?

Avec la délicieuse Tilda, ils forment un couple très glamour, qui semble nager dans le bonheur. C’est l’image que les tourtereaux donnent en tout cas. Pour tout le monde, sauf pour Callie.

Callie, elle, est convaincue que tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraît. Elle pense que Félix maltraite sa soeur : physiquement mais aussi psychologiquement.

Et, de manière très consciencieuse, Callie note depuis des années, toutes ses impressions sur Tilda dans un carnet qui ne la quitte pas.

J’ai été choquée de voir les bleus sur les bras de Tilda. Est-ce Félix qui en est responsable ? Je ne sais pas. Je n’arrive pas à déterminer si c’est quelqu’un  de réellement formidable – qui organise des vacances surprises et rénove l’appartement de sa petite amie – ou de profondément dangereux. Quoi qu’il en soit, Tilda est complètement éprise de lui, et moi je souffre. Je ne sais pas si je ressens toujours l’euphorie qui venait de mon adoration pour lui, ou si je suis désormais terrifiée de m’être laissé manipuler.

De plus en plus, Callie pense que Félix est un sombre manipulateur qui n’a qu’un but, c’est d’isoler sa proie, en l’obligeant petit à petit couper les ponts à la fois avec sa famille, ses amis, et ses relations professionnelles, comme tout bon pervers narcissique qui se respecte.

Mais a-t-elle raison de s’alarmer, de penser que le couple de sa soeur et Félix est trop beau pour être vrai ? Ou se fait-elle tout simplement des illusions, probablement un peu jalouse et envieuse de la réussite de sa jumelle ? Et si c’était elle qui avait un problème ?

Quoi qu’il en soit, Callie commence à faire des recherches sur des sites consacrés aux tyrans domestiques. Elle arrive même à s’introduire dans l’appartement du couple pendant leurs vacances pour y rechercher le moindre indice qui pourrait prouver que Tilda est en danger…

La mort de Félix, d’une crise cardiaque, après son jogging, à la page 11 du roman ne permet d’accréditer absolument aucune hypothèse … et le mystère est entier …

Jane Robins signe ici son premier roman. Une vraie perle.

Dans la droite lignée de « La fille du train » de Paula Hawkins ou des « Apparences » de Gillian Flynn, qui a inspiré « Gone Girl ».

Peut-être même mieux …

« Les Illusions » ou un thriller très hitchcockien, au suspense de tous les instants.

Une atmosphère pesante, addictive, et une construction impeccable qui permet, grâce à des retours dans le passé, dans l’enfance et l’adolescence, d’en savoir un peu plus sur les deux soeurs sans jamais pouvoir démêler le vrai du faux … jusqu’aux dernières pages.

Un régal du genre.

Retenez bien son nom, elle s’appelle Jane Robins.

Elle ira loin.

 

 

 

Fake News, Michèle Cotta, Robert Namias, Robert Laffont

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Au printemps 2018, les Français ont élu un nouveau président.

Il s’appelle François Berlau. Marié, amoureux de sa femme. Deux enfants.

Il est jeune. 42 ans. Sorti un peu de nulle part. Un vrai provincial, pas honteux de l’être.

Bourré d’ambition.

Celle de tout changer. Absolument tout.

En commençant par ce palais vieillot et inconfortable qu’est l’Elysée. Ensuite, la manière de diriger un pays.

Et jusqu’à présent, on peut dire que les résultats sont là : le chômage a enfin baissé, la croissance repart à la hausse, les exportations reprennent.

Cerise sur la gâteau, Berlau semble très apprécié, à première vue en tout cas, sur la scène internationale.

En France aussi, les citoyens sont sous le charme.

De quoi lui donner toutes les raisons d’être optimiste pour la suite de son quinquennat. Même si en coulisses, tout n’est pas aussi joli qu’il n’y paraît.

D’abord, il y a six mois, ces deux assassinats qui ont fait beaucoup de bruit et couler beaucoup d’encre :  celui du Président du Sénat et celui du patron de presse le plus influent de France.

Voilà qui fait très très mauvais genre. D’autant que l’enquête piétine depuis des semaines. Pour les enquêteurs, aucun élément ne peut accréditer l’une ou l’autre thèse. D’ailleurs, c’est bien simple, ils n’ont aucun piste…

Et puis, il y a cette affaire dévoilée par le Canard Enchaîné. Beaucoup plus délicate. Carrément dangereuse même pour la suite de la carrière du jeune président à la tête de l’état français.

D’après les journalistes du Canard, la campagne électorale de Berlau aurait été financée dans le plus grand secret évidemment, à coups de millions d’euros, par les … mollahs iraniens.

Voilà qui fait très mauvais genre encore et qui risque bien de ruiner tout son capital sympathie auprès de ses électeurs. Une vraie catastrophe pour le jeune président. L’article publié est on ne peut plus clair …

La vérité, c’est que la campagne du plus jeune président que la République s’est jamais donné lui aura coûté plus de cinquante millions, au bas mot. Mais qui étaient ces généreux donateurs, si puissants et habiles qu’ils ont pu faire circuler l’argent par valises entières ?  (…)  Et au terme d’une enquête qui aura mis plus d’un an, nous avons trouvé la clé ouvrant ces valises de billets. A Téhéran. Les ayatollahs n’ont pas que des mauvais côtés et ils ont surtout beaucoup d’argent. Suffisamment en tout cas pour trouver utile et avantageux de financer la campagne de François Berlau. Ce qui fut fait à hauteur de soixante millions.

Les journalistes du Canard viennent de lâcher une bombe…

Quel crédit accorder à ces affirmations étayées quelque temps plus tard par l’enquête d’un autre journal, très sérieux et reprises aussitôt en boucle par les chaînes d’infos en continu ? Et comment le président Berlau va-t-il gérer cette affaire qui s’est très transformée en scandale d’état ?

C’est à découvrir dans ce thriller politique qui tient toutes ses promesses.

Les deux auteurs Cotta et Namias ont mis leur incroyable expérience professionnelle  au service  de l’intrigue qu’ils situent dans un monde qu’ils connaissent particulièrement bien : celui de la politique.

Un monde fait de trahisons et de coups bas, mais aussi d’alliances parfois surprenantes. Un monde qui ne vit que par ce que les médias décident d’en montrer.

Les médias, leurs sites internet, les chaînes d’infos en continu, les réseaux sociaux …

Ou comment un pays peut quasi du jour au lendemain basculer dans le chaos …

Même si tout est possible et crédible, tout est faux dans le roman de Cotta et Namias.

Mais tout pourrait être vrai …

Ce qui le rend complètement glaçant …

Terrifiant …

 

 

 

 

Reconnu coupable, John Fairfax, Editions du Masque

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William Benson n’est pas vraiment un avocat pénaliste comme tous les autres.

La machine judiciaire, il la connaît mieux que quiconque, puisqu’il vient de passer de très longues années en prison pour le meurtre de Paul Harbeton.

Des faits qu’il a toujours niés en clamant son innocence.

D’ailleurs la dernière fois que Tess de Vere l’a vu, alors qu’elle était toujours étudiante en droit, c’était juste après le verdict et cette condamnation à la réclusion à perpétuité.

Tess s’en souvient très bien : William s’adressait à ses avocats, il continuait de dire que les jurés s’étaient trompés.

Et Tess l’avait cru.

Ce jour-là aussi, il avait fait part de son intention de se mettre à étudier le droit, pour entrer au barreau. Un souhait pour le moins curieux quand on vient d’être condamné à autant d’années de prison.

Seize ans plus tard, Benson est sorti : une libération qui a été possible parce qu’il a reconnu sa culpabilité. Une étape non négociable pour envisager une réhabilitation et un accès à la profession d’avocat qui l’attire tant.

Seize ans plus tard aussi, Tess, devenue avocate également,  retrouve William qui dirige à présent son propre cabinet à Londres, malgré l’opposition de la famille de la victime et de certaines autorités. Le gouvernement britannique voit en effet d’un très mauvais oeil ses activités au barreau.

Un tout petit cabinet, mais qu’importe. William a une mission à présent : défendre les intérêts de sa première cliente.

Elle s’appelle Sarah Collingstone, c’est une jeune maman, complètement désespérée, et sans le sou. Elle est accusée d’avoir tué son riche amant.

A première vue, les éléments contre elle sont plutôt accablants, mais comme son conseil il y a des années, elle jure qu’elle est innocente.

Alors que le procès commence, Tess s’associe à William pour l’aider à découvrir la vérité, pour enquêter sur leur cliente, mais aussi sur le meurtre de Paul Harbeton qui ne cesse de la hanter.

John Fairfax, qui signe le premier tome d’une nouvelle série mettant en scène les deux avocats Benson et de Vere, a été frère augustinien avant de quitter l’ordre, et devenir avocat, et puis écrivain.

Il signe ici un thriller judiciaire plus que bien ficelé.

Un héros atypique et attachant.

Une intrigue qui tient la route jusqu’aux dernières pages.

Bref, une très belle découverte qui a reçu le Prix du Masque de l’année étranger 2018.

Et les éditions du Masque se trompent rarement … vivement le tome 2 …

 

 

Derrière la lumière, Cyrille Legendre, Editions du Masque

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Son nom est connu dans tout le pays : il s’appelle Dan Mitlov.

Impossible de ne pas savoir qui il est : c’est la personnalité préférée des français. Rien que ça.

Métis aux yeux bleu clair, Dan est charismatique, inutile de le nier.

Il présente le jeu télévisé Prize Money sur la première chaîne, celle qui fait le plus d’audience. Des millions de téléspectateurs le regardent à chaque apparition dans la petite lucarne animer ce jeu hyper-populaire qui permet aux participants et aux téléspectateurs de gagner une petite fortune, et de changer de vie pour la plupart des gagnants.

Ce programme est surtout une consécration pour Dan, parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en a bavé pour arriver là où il est, sous les feux des projecteurs, à un poste qu’ils sont nombreux à jalouser.

L’enfance de Dan a été chahutée. Ses parents adoptifs américains l’ont rejeté, il a dû se faire tout seul et n’a pu compter que sur lui-même.

D’ailleurs, c’est sa participation et ses performances à un jeu télévisé qui l’ont révélé au grand public il y a quelques années.

Quand il a fallu remplacer l’animateur-vedette, c’est vers lui que la production et les responsables de la troisième chaîne publique se sont tournés, même s’il le reconnaît bien volontiers, il ne connaissait absolument rien au milieu de la télévision.

Depuis, les choses ont bien changé.  Sa percée dans le milieu audiovisuel a été foudroyante.

A présent, Dan est richissime, il gère ses affaires de main de maître.

Tout le monde sait bien sûr que le milieu de la télé est peuplé de requins. Dan le premier. Et s’il est au top de sa carrière pour le moment, il compte bien le rester.

Un jour, à la fin de l’enregistrement d’une de ses émissions, et comme il le fait chaque fois, Dan se tourne vers le public, serre des mains, embrasse des grands-mères, signe des autographes, quand une jeune femme lui glisse à l’oreille : « Je sais ce que tu as fait. je sais qui tu es réellement.  »

Qui est cette jeune femme ? pourquoi lui a-t-elle dit ça ?

Réponse dans ce roman, drôlement bien ficelé et construit par Cyrille Legendre. Cyrille Legendre qui connaît particulièrement le milieu puisque lui aussi, comme son personnage, a multiplié les participations à des jeux télévisés : « Maillon faible », « Money drop », « Questions pour un champion », et un record aux « Douze coups de midi » sur TF1, 71 émissions empochant un gain de 350.000 euros…

De qui s’est-il inspiré pour écrire ?

Legendre ne le dira pas, il vous laisse libre de vous faire votre propre idée dans ce thriller qu’on ne lâche pas une seconde, un thriller absolument sans concession sur ce milieu si cruel.

Un thriller qui a reçu le Prix du Masque de l’année … c’est dire …

Soeurs, Bernard Minier, XO Editions

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En mai 1993, le jeune Martin Servaz vient tout juste d’intégrer la PJ de Toulouse.

On ne peut pas vraiment dire qu’il soit le bienvenu dans son équipe. Son entrée, il la doit à un piston. Même s’il semble prometteur comme flic, même si le taulier l’a à la bonne, pour les collègues, les passe-droits, ce n’est pas du tout le genre de la maison.

Quoi qu’il en soit, très vite, Servaz participe à sa première enquête.

Deux soeurs, Ambre, 21 ans et Alice, 20 ans, viennent d’être retrouvées mortes, en bordure de la Garonne. Elles se faisaient face, chacune attachée à un tronc d’arbre, et toutes les deux vêtues d’une robe de communiante. Une mise en scène particulièrement macabre qui marque les esprits.

Très rapidement, l’enquête permet d’établir que les jeunes victimes étaient des fans inconditionnelles d’un célèbre auteur de romans policiers, Eric Lang.

Alice et Ambre avaient visiblement lu et relu toute l’oeuvre de Lang, une oeuvre parfois cruelle et dérangeante. Ce qui n’a jamais semblé leur poser problème.

Mais il y a de quoi se poser des questions quand on sait qu’un des romans les plus connus de l’auteur s’appelle « la Communiante ».

Eric Lang est aussitôt interpellé, et longuement interrogé.

L’homme clame son innocence.

Pourtant, les policiers semblent convaincus que c’est lui qui a tué les deux jeunes femmes. Mais il va falloir qu’ils reviennent sur leurs certitudes, un autre évènement violent et complètement inattendu les oblige à relâcher l’écrivain.

L’affaire est close. Même si Martin a l’intime conviction que cette enquête est passée à côté d’un élément essentiel.

Vingt-cinq ans plus tard, Servaz est toujours flic. On le réveille toujours pour des urgences.

Cette fois, c’est une femme de 48 ans qui a été retrouvée morte, dans sa maison. Elle était vêtue d’une robe de communiante.

Stupeur pour Servaz, d’autant que le mari de la victime n’est autre qu’Eric Lang …

Le passé vient donc de rattraper le flic, un quart de siècle après le double meurtre des étudiantes.

Une découverte qui ranime le malaise qui l’avait habité en 1993, et qui réveille ses craintes, jusqu’à en devenir une véritable obsession : et s’ils s’étaient trompé de coupable à l’époque ?

Une idée qui fait frémir, et qui va bientôt se transformer en cauchemar pour Servaz…

On ne présente plus Bernard Minier.

Depuis 2012, et la sortie de « Glacé », il a réussi à s’imposer dans le cercle très fermé des maîtres du thriller français.

Cette fois, son héros ne s’attaque plus à son ennemi de toujours, Julian Hirtmann, mais à ce romancier qui ne lui inspire rien de bon.

Un duel entre deux hommes que Minier a réussi à écrire de telle manière qu’une fois que vous commencez votre lecture, vous ne pouvez pas lâcher le roman : peur, angoisse, soumission, mensonges, manipulation aussi, et ce n’est pas toujours celui qu’on croit qui manipule, bref un thriller comme on les aime.