Des coeurs ordinaires, Catherine Locandro, Editions Gallimard

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Gabrielle Lamperti, une soixantaine d’années, vit dans son appartement du quartier Montparnasse depuis toujours.

Veuve, son fils unique installé au bout du monde, en Nouvelle Calédonie, le temps est parfois long pour elle.

Et ce ne sont pas ses cours d’informatique qui risquent de briser cette solitude qui, même si elle ne veut pas trop le reconnaître, lui pèse parfois.

Alors quand elle remarque qu’une jeune femme vient de s’installer dans l’appartement juste au-dessus de chez elle, chez Sacha Malkine, un jeune ébéniste très discret, elle ne peut s’empêcher de vouloir faire sa connaissance.

D’abord, en essayant tout simplement d’engager la conversation avec elle dans le hall de l’immeuble. Ensuite, en allant sonner chez elle avec un gâteau de bienvenue.

Mais, la nouvelle voisine est du genre craintif et ne semble pas vouloir parler. Continuellement sur la réserve, Anna, c’est son prénom, n’a pas trop envie de se lier. Ni avec sa voisine, ni avec personne d’ailleurs.

La jeune femme sort peu. Elle travaille chez elle : elle est lectrice pour une maison d’édition. Elle partage son temps entre la lecture de manuscrits pas encore publiés et la rédaction de son journal intime.

J’ai pris conscience que ce carnet, que je remplis chaque soir avant que Sacha rentre du travail, était mon unique ami. J’en prends soin, je lui évite les ratures et le style télégraphique. Je m’applique. Mais, même à lui, je n’ose pas tout dire.

Très vite, on comprend qu’Anna sort d’un dépression profonde : son précédent poste d’enseignante a laissé des traces : son mental n’est pas encore revenu au beau fixe.

Je me suis retrouvée devant des adolescents qui ne voulaient pas apprendre, qui refusaient de m’écouter, pour qui je ne représentais rien, sinon une petite bourgeoise à peine plus âgée qu’eux déblatérant des inepties sur des auteurs morts des siècles auparavant, à mille lieues de leurs vies, de leur monde. Je n’ai pas su leur parler, capter leur attention. J’étais terrifiée.je me souviens avec précision du moment où j’ai craqué devant mes élèves.

Pour essayer de remonter la pente, pour tenir le coup, Anna prend des anti-dépresseurs en cachette de Sacha. Et petit à petit, elle sort doucement de cet état dépressif.

Elle semble même accepter l’amitié de Gabrielle, en se confiant un peu à elle, en lui racontant un peu de sa vie. Ce qui ne plaît pas du tout à Sacha, qui ne voit en Gabrielle qu’une vieille femme curieuse et intrusive.

Gabrielle dont l’attention est attirée par tout un tas de petits détails plutôt troublants, parfois inquiétants. Elle entend des bruits de disputes dans l’appartement du jeune couple. Elle suspecte Sacha de frapper Anna. Elle a même vu des bleus sur le visage de sa jeune voisine. Bref, elle est convaincue qu’Anna est en danger et qu’elle doit tout faire pour éviter une tragédie …

Sur quoi cette bienveillance va-t-elle déboucher ?

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus …

C’est à découvrir dans ce 8ième roman de Catherine Locandro.

Une histoire qu’on lit d’une traite, impossible à lâcher.

Un roman à la construction impeccable au service d’un huis-clos mystérieux, drôlement inquiétant.

Bouleversant aussi.

Au suspense grandissant, à la tension de plus en plus perceptible au fil des pages.

Un roman d’amour également porté par une écriture  élégante, redoutablement limpide et fluide.

Des coeurs ordinaires qu’on n’oublie pas.

 

 

 

 

Les soeurs aux yeux bleus, Marie Sizun, Editions Arléa

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Inutile de parcourir les lignes qui suivent si vous n’avez pas encore lu « la Gouvernante suédoise » (sorti chez Folio l’année dernière). Un conseil, passez votre chemin, et revenez quand vous l’aurez lu. Pas avant.

Ce serait en effet dommage de spoiler ce si joli roman que Marie Sizun consacre à l’histoire un peu compliquée de sa famille, ses fameux ancêtres franco-suédois.

Des ancêtres dont elle essaie de reconstituer la vie au départ d’archives, des ancêtres aussi qui restent entourés d’une part de mystère insondable, faute de documents suffisants à disposition.

« Les sœurs aux yeux bleus » débutent en 1877.

A ce moment-là, la famille Sézeneau s’est installée, à la suite de ce qu’on appelle pudiquement un revers de fortune, dans une grande maison de Meudon, au sud-ouest de Paris. C’est là que Hulda, l’épouse de Léonard va vivre ses derniers instants.

A la stupeur générale, en juin de cette année-là, la jeune mère de famille meurt, sans maladie apparente. On parle juste d’un épuisement physique et moral.

A 27 ans, le corps d’Hulda est comme usé : elle a eu cinq enfants en très peu de temps,  avant de découvrir que son mari avait une liaison avec la gouvernante Livia, celle qu’elle croyait être sa meilleure et seule amie, son unique confidente depuis très longtemps.

Le choc de la découverte, le chagrin et l’épuisement physique d’avoir autant enfanté, auront été sans pitié pour la jeune femme.

Pour Isidore, 10 ans, pour Eugène, 9 ans, pour les filles Louise, 7 ans, Nini, 3 ans, et pour Alice, toujours bébé, l’avenir ne se dessine pas de la meilleure des façons.

La mort de leur mère sera un traumatisme évident.

Mais que savent-ils exactement des causes du décès de leur maman ?

Difficile de se faire une idée tellement leur père reste silencieux sur le sujet.

Comme Livia d’ailleurs. Livia qui est toujours là pour prendre soin d’eux, comme leur propre mère.

Livia qui est plus que jamais présente pour les élever et les consoler de tous leurs chagrins.

Livia qui, il y a quelques mois, a accouché en cachette, d’un petit garçon qu’elle a appelé George. Il est le fils de sa liaison avec Léonard, un fils qu’elle ne peut évidemment pas ramener chez les Sézeneau : elle a dû le confier, dans le plus grand secret aussi à une nourrice.

Le petit George va rester chez cette nourrice pendant des années, car Léonard, qui ne sait pas qu’il vient d’être père une fois encore,  décide d’aller s’installer avec toutes ses filles à Saint-Pétersbourg, où les affaires l’appellent. Les aînés resteront au pensionnat en France. Et Livia sera du voyage pour prendre soin des fillettes.

Les mois passent. Les années aussi. Les filles ont bien grandi. Elles commencent à comprendre certaines choses, et ne portent plus le même regard sur leur gouvernante, qu’elles finissent par prendre en grippe.

Quand tout le monde revient en France, en 1885, c’est un soulagement pour les trois filles d’apprendre que Livia ne vivra plus avec elles.

Les adolescentes sont jolies, vives, curieuses, mais sous la coupe de Léonard, qui se révèle être un père aimant, mais extrêmement autoritaire.

Très rapidement, elles vont se rendre compte que la vie ne va pas être facile dans cette campagne du bord de mer, où elles vivent, retirées de tout, et où les seuls moments de joie et d’ouverture sur le monde à leur disposition sont les grandes vacances, quand arrivent les touristes avec qui elles nouent des liens d’amitié, leur permettant de briser la monotonie d’un quotidien bien souvent morose.

Ce sera le moment des premières attirances …

Celui des premières désillusions aussi …

Cruelles …

Elle croit avoir tout compris et considère l’injure qu’elle estime lui être faite comme adressée autant à ses soeurs. On leur a fait l’aumône, écrit-elle, de les admirer, de les trouver à nulle autre pareilles, mais on a passé son chemin, et on est allé offrir ses voeux à d’autres, plus fortunées. Le mot est lâché : c’est l’argent qu’elle n’ont pas qui les exclut, qui fait d’elles des parias.

Comment dans ce cas, avec autant de lucidité, envisager l’avenir sereinement ?

C’est dans ces conditions que les trois soeurs vont devoir faire le dur apprentissage de la liberté, en traversant deux siècles, en luttant sans cesse contre leur condition de jeunes filles désargentées, dans une société en évolution constante, qui est encore si pénible, et si injuste pour les femmes seules …

Parviendront-elles à trouver le bonheur auquel elles ont droit ?

Réponse dans ce magnifique et très addictif roman. Aussi charmant que le précédent, « La gouvernante suédoise ».

Un écriture limpide, une histoire à rebondissements, des personnages très attachants.

On ne peut qu’attendre une suite et un troisième tome …

 

 

 

 

 

Sodoma, Frédéric Martel, Robert Laffont

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C’est évidemment l’enquête de la semaine, du mois, peut-être même celle de l’année. Celle dont tout le monde parle pour le moment, celle dont tout le monde parlera encore dans plusieurs mois.

Et il y a de quoi.

Ce qu’on lit dans Sodoma est assez sidérant.

Certains avaient bien une vague idée, d’autres des impressions et des doutes plus un peu plus précis, mais beaucoup sont tombés de leur chaise en lisant les 600 pages de ce pavé sorti simultanément en 8 langues, un peu partout dans le monde, juste au moment où l’Eglise entame un grand sommet de quatre jours pour essayer de condamner les prêtres abuseurs.

600 pages pour une enquête qui donne le tournis.

Pour pouvoir l’écrire, Frédéric Martel a rencontré près de 1500 personnes pour recueillir leurs témoignages. Au Vatican et dans une trentaine de pays.

Parmi elles, on compte 41 cardinaux, qui témoignent de manière ouverte, non anonyme, 52 évêques, 45 nonces apostoliques.

Plus de 200 de prêtres et de séminaristes ont également accepté de parler de leur vie sexuelle, active ou non,  tout en étant membre de l’Eglise.

Ces entretiens n’ont pas été réalisés par téléphone ou par échange d’emails, mais bien en face à face, sur le terrain. Pour la plupart, ils ont fait l’objet, avec l’accord de la personne interrogée, d’un enregistrement.

Frédéric Martel, qui affiche ouvertement son homosexualité, a investigué pendant quatre ans sur ce sujet toujours considéré comme tabou.

Dans l’hebdomadaire le Point, Martel explique que si vous êtes hétérosexuel, vous n’avez pas les codes, vous ne comprenez pas ce qui se passe.

Pour mener son enquête correctement, pour vivre en immersion dans l’Eglise, le journaliste s’est installé à Rome, entre 2015 et 2018, une semaine par mois, logeant même régulièrement à l’intérieur du Vatican grâce à l’hospitalité de hauts prélats qui, parfois, se révélaient être eux-mêmes « de la paroisse ».

Frédéric Martel est très clair, il ne s’agit pas d’une infime proportion de gays qui forment une espèce de caste secrète et influente au sein du Vatican, mais bien la grande majorité de la hiérarchie de la Cité Vaticane qui est homosexuelle.

Martel, qui se refuse à donner une estimation chiffrée, relate néanmoins une de ses sources qui parle de 80 % de gays au Vatican…

Le Vatican  a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde, et je doute que, même dans le Castro de San Fransisco, ce quartier gay emblématique, aujourd’hui plus mixte, il y ait autant d’homos !

Avec une de ses formules choc, Martel explique que le Vatican, c’est Fifty Shades of Gay…

Et Martel explique les différentes catégories que l’on peut y rencontrer : il y a les homophiles, ceux qui ne pratiquent pas, et qui respectent leur vœu de chasteté, mais qui ont une sensibilité homosexuelle.

Il y a aussi ceux qui vivent très mal leurs penchants, et qui s’infligent des punitions, comme la flagellation par exemple. L’auteur raconte qu’il en fréquente un régulièrement qui essaie de « se guérir » : c’est l’un des principaux collaborateurs du pape …

D’autres encore vivent avec un partenaire stable, leur assistant ou ‘beau-frère’. D’autres enfin multiplient les partenaires ou ont recours à la prostitution. Plus on monte dans la hiérarchie, plus on trouve d’homosexuels. Ils se cooptent parce qu’ils se méfient des hétérosexuels. C’est un monde sans femmes. La misogynie y est abyssale.

Une misogynie abyssale et une constance … Les prélats qui tiennent les discours les plus homophobes et traditionnels sur le plan des mœurs s’avèrent eux-mêmes en privé homosexuels ou homophiles, étant ces fameux ‘rigides’ hypocrites dénoncés par François.

Double vie, secrets, schizophrénie, mensonges, rigidité, hypocrisie, une réalité qui dépasse la fiction.

Soyons bien d’accord, ce n’est pas l’homosexualité que Martel dénonce, du tout.

Ce que le journaliste pointe, c’est cette hypocrisie  au sein du Vatican, une situation qui dure depuis des dizaines d’années, une situation bien connue des différents papes qui s’y sont succédés.

Jamais peut-être les apparence d’une institution ne furent aussi trompeuses, et trompeuses aussi les professions de foi sur le célibat et les vœux de chasteté qui cachent une toute autre réalité.

Une situation qui pousserait de nombreux ecclésiastiques à pratiquer la « loi du silence » : s’il couvre un prêtre soupçonné d’abus, c’est d’abord pour se protéger lui-même explique Frédéric Martel aux journalistes du Point.  Une puissante culture du secret a été construite pour cacher l’homosexualité d’une majorité de prélats, et c’est cette culture qui a permis à des abuseurs d’être protégés par une loi du silence qui n’a pas été érigée pour eux

Cette enquête se lit comme un roman…

Ou comment la réalité dépasse incroyablement la fiction…

Une drôle de fille, Armel Job, Robert Laffont

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A la fin des années 50, à Marfort, petite bourgade ardennaise imaginaire de province belge, il n’y a pas grand-chose pour troubler la quiétude des habitants, ni celle des Borj, le couple de boulangers que tout le monde connaît dans la région.

Ruben et Gilda Borj, et leurs enfants aujourd’hui adolescents, Astrid et Rémi, y coulent des jours paisibles. La boutique marche bien, ils n’ont aucun problème d’argent.

Bref, ils ont tout pour être heureux.

Ce jour-là, le 13 septembre 58, ils sont bien loin d’imaginer comment leur vie va changer quand retentit la sonnette de la porte de leur magasin qui sent bon la tarte aux prunes et les fameuses gosettes aux pommes.

Une dame souhaite parler au couple.

Une dame qui représente l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre.

Elle voudrait que les Borj accueille chez eux sous contrat d’apprentissage, la jeune Josée, 16 ans.

Josée dont les parents, et tout le reste de sa famille ont été tués en janvier 45, durant la bataille des Ardennes.

Tous s’étaient réfugiés dans une cave à Houffalize. Ils ont péri lors d’un bombardement de l’aviation américaine.  Seule la petite fille a miraculeusement survécu.

Josée était en parfaite santé, mais souffrait d’une légère déficience mentale consécutive au traumatisme. Elle savait compter, lisait lentement, pouvait écrire quelques mots simples. Elle était très travailleuse, d’un caractère paisible, docile et joyeux.

Au départ, Ruben Borj ne semble pas vraiment enchanté par la proposition, d’autant qu’il apprend que Josée fait parfois des crises d’épilepsie, il a peur que cela fasse fuir le client. Mais Gilda réussit à convaincre son mari et Josée vient donc s’installer chez eux à Marfort.

Une intégration au sein de la cellule familiale sans problème, à première vue en tout cas.

On lui fait une chambre dans la mansarde, comme à l’époque, quand Gilda est arrivée chez les Borj, et comme Gilda, Josée aide du mieux qu’elle peut à la vente dans la boulangerie.

Elle se débrouille d’ailleurs pas mal, au grand soulagement de la patronne qui la surveille étroitement.

Un dimanche, Josée accompagne Astrid à une répétition de la chorale : c’est la révélation. L’adolescente chante divinement bien, ce qui lui vaut très rapidement une place de soliste à la messe de Noël, au grand dam de certaines, dont la jalousie va crescendo quand elles apprennent que la Reine Elisabeth, qui a entendu Josée chanter lors de la retransmission par l’INR, est tombée sous le charme de cette voix cristalline et qu’elle souhaiterait la rencontrer. Elle et deux autres filles de la chorale …

Astrid ne fait pas partie des personnes invitées au Palais …

L’ennui, c’est que la fin de l’amitié chez les filles n’est pas le retour à l’indifférence, mais le début de la haine.

Une phrase terrible qui va prendre tout son sens à Marfort, dont les habitants ne peuvent s’empêcher de colporter des rumeurs qui vont très vite créer un climat absolument détestable pour tous les membres de la famille Borj et entraîner une tension plus que malsaine au sein du couple, au sein de toute la bourgade aussi.

Quand les secrets de famille que l’on croyait enfouis à tout jamais dans le passé refont surface, lorsque le qu’en dira-t-on devient une philosophie de vie, quand les frustrations et les jalousies accumulées au fil du temps empoisonnent le quotidien, que reste-t-il de l’innocence d’une orpheline de guerre qui n’a rien demandé à personne ?

Réponse dans ce thriller psychologique impossible à lâcher une fois qu’on l’a ouvert.

Armel Job, dont on attend plus qu’impatiemment la sortie annuelle, début février,  est devenu le maître du genre.

Incontestablement un des meilleurs pour plonger dans l’âme humaine et aller gratter au delà de l’inavouable.

Un orfèvre pour exhumer toutes ces choses qu’on a tout fait pour essayer désespérément de taire définitivement.

Un petit bijou. Un vrai …

 

 

 

 

Madame la Présidente, Ava Djamshidi, Nathalie Schuck, Editions Plon

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D’elle, on connaît le sourire, le bleu des yeux, le blond du brushing impeccable.

D’elle, on connaît aussi la frêle silhouette, la coupe des tailleurs Vuitton, les stilettos.

D’elle on connaît encore les très nombreuses couvertures des magazines, les photos faussement paparazzées ou non, photoshopées un peu, beaucoup ou pas du tout, selon de degré de bienveillance de l’éditeur.

Tout ce qu’on remarque au premier regard chez Brigitte Macron, c’est tout ça.

Tout ce qui pourrait laisser penser qu’elle ne serait qu’une potiche à côté de son mari.

Ce serait bien mal la connaître : comme elle le dit elle-même, elle est tout sauf un « pot de fleurs », même si elle reconnaît avoir une vie très banale avant …

Avant, quand son mari n’était qu’un jeune banquier prometteur et qu’il n’était que son mari plus jeune.

En 2014, personne, excepté le microcosme parisien, ne connaît Emmanuel Macron, et encore moins son épouse.

En 5 petites années, elle est passée de l’ombre à la lumière, du statut de professeur retraitée à celui de première dame d’une des plus grandes puissances mondiales.

Peu de temps après l’élection de son mari, Brigitte est extrêmement populaire. Au fil des mois, ça se tasse, mais elle bénéficie toujours d’un capital sympathie non négligeable.

De quoi faire un peu oublier les affronts subis de la part de personnalités de premier rang, comme ce goujat de président américain qui lui dit qu’elle est drôlement bien conservée, sous-entendu pour son âge. De quoi aussi gonfler le moral pour faire face aux rumeurs d’homosexualité de son mari.

Brigitte qu’on dit chaleureuse, empathique, humaine, drôle et si attentive aux autres.

Brigitte qui surveille la ligne d’Emmanuel.

Brigitte qui a tellement peur de lui causer du tort, mais qui ose tout lui dire, même s’il faut parfois hausser le ton.

Brigitte qui ne connaît pas vraiment d’ennemis, sauf peut-être ceux qu’on appelle les Mormons, la garde rapprochée de son mari.

Ils la détestent paraît-il. Ils l’appellent même « la vieille »…

Brigitte qui doit néanmoins à présent se méfier de tout le monde …

Alors, est-ce elle qui a mené son mari jusqu’aux portes du pouvoir ? Un de leurs intimes est absolument convaincu que c’est Brigitte qui a conduit Emmanuel à l’Elysée et que son mari lui doit tout.

Une thèse très largement partagée parmi les connaisseurs de la vie politique, qu’ils soient élus, ministres, conseillers ou communicants. Parce qu’elle lui a permis d’entrer dans les maisons des Français « grâce aux salons de coiffure », pointe avec une once de mépris un des collaborateurs du président. Pour ce qu’elle incarne aussi, Brigitte Macron rend crédible la candidature « anti-système » d’un pur produit de la méritocratie française, énarque, banquier d’affaires qui plus est. Sans elle à ses côtés, nulle transgression, la ligne « anticonformiste » ne fonctionne pas sans elle. Emmanuel Macron est si lisse, un jeune homme si parfait, sans la moindre aspérité. (…) Le nouveau monde, la modernité, c’est elle. Lui était déjà vieux quand il avait 20 ans. Elle est le quotient émotionnel, il est le quotient intellectuel. Or le cerveau intègre les choses par l’émotion. C’est cela qui attire l’attention.

Ava Djamshidi, journaliste politique au Parisien, et Nathalie Schuck, grand reporter politique au Parisien également,  signent ici à quatre mains une enquête impossible à lâcher avant la dernière page.
Une enquête qui aura duré des mois.
Pour l’écrire, elles ont recueilli les confidences de dizaines de témoins.
Plus de 70 en tout : des élus, des ministres actuels et anciens, des amis, des conseillers et des artistes, tous proches du couple.
Des témoignages qui ont permis de lever un coin du voile et de découvrir le quotidien de Brigitte Macron, qui a accepté de leur parler aussi, alors qu’elles n’avaient pas de rendez-vous avec elle mais avec son équipe à l’Elysée.
Autant de rencontres pour se faire une idée très précise de l’influence de Brigitte sur son mari, du rôle qu’elle tient exactement en coulisses, et officiellement, dans ce huis clos de l’Elysée où, comme le dit si bien Stéphane Bern, elle est la dernière à lui parler le soir … au grand désespoir de certains …
Le véritable rôle de Brigitte Macron.
Passionnant.

Les Illusions, Jane Robins, Sonatine

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Elles sont soeurs : jumelles.

Mais aussi différentes que deux sœurs peuvent l’être.

Il y a Tilda. La si jolie Tilda à qui tout réussit dans la vie : une carrière d’actrice qu’elle mène très correctement pour lui assurer une notoriété certaine, et un certain confort matériel.

Et puis, il y a Callie, la sœur de Tilda. Beaucoup moins avenante physiquement, qui a beaucoup moins bien réussi aussi que sa jumelle.

Callie n’a jamais fait d’études, elle travaille dans une librairie, à mi-temps, et vit seule dans un tout petit appartement assez minable.

Callie et Tilda ne se fréquentent pas beaucoup. C’est vrai qu’elles n’ont pas grand-chose en commun.

Ponctuellement pourtant, elles se voient chez Tilda pour se faire des séances de vieux films sur DVD. Mais de moins en moins souvent.

C’est que Tilda, depuis qu’elle a un nouvel amoureux, a beaucoup moins de temps à consacrer à Callie.

L’amoureux s’appelle Félix.  Félix est sympa, beau, banquier et riche. Que demander de plus ?

Avec la délicieuse Tilda, ils forment un couple très glamour, qui semble nager dans le bonheur. C’est l’image que les tourtereaux donnent en tout cas. Pour tout le monde, sauf pour Callie.

Callie, elle, est convaincue que tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraît. Elle pense que Félix maltraite sa soeur : physiquement mais aussi psychologiquement.

Et, de manière très consciencieuse, Callie note depuis des années, toutes ses impressions sur Tilda dans un carnet qui ne la quitte pas.

J’ai été choquée de voir les bleus sur les bras de Tilda. Est-ce Félix qui en est responsable ? Je ne sais pas. Je n’arrive pas à déterminer si c’est quelqu’un  de réellement formidable – qui organise des vacances surprises et rénove l’appartement de sa petite amie – ou de profondément dangereux. Quoi qu’il en soit, Tilda est complètement éprise de lui, et moi je souffre. Je ne sais pas si je ressens toujours l’euphorie qui venait de mon adoration pour lui, ou si je suis désormais terrifiée de m’être laissé manipuler.

De plus en plus, Callie pense que Félix est un sombre manipulateur qui n’a qu’un but, c’est d’isoler sa proie, en l’obligeant petit à petit couper les ponts à la fois avec sa famille, ses amis, et ses relations professionnelles, comme tout bon pervers narcissique qui se respecte.

Mais a-t-elle raison de s’alarmer, de penser que le couple de sa soeur et Félix est trop beau pour être vrai ? Ou se fait-elle tout simplement des illusions, probablement un peu jalouse et envieuse de la réussite de sa jumelle ? Et si c’était elle qui avait un problème ?

Quoi qu’il en soit, Callie commence à faire des recherches sur des sites consacrés aux tyrans domestiques. Elle arrive même à s’introduire dans l’appartement du couple pendant leurs vacances pour y rechercher le moindre indice qui pourrait prouver que Tilda est en danger…

La mort de Félix, d’une crise cardiaque, après son jogging, à la page 11 du roman ne permet d’accréditer absolument aucune hypothèse … et le mystère est entier …

Jane Robins signe ici son premier roman. Une vraie perle.

Dans la droite lignée de « La fille du train » de Paula Hawkins ou des « Apparences » de Gillian Flynn, qui a inspiré « Gone Girl ».

Peut-être même mieux …

« Les Illusions » ou un thriller très hitchcockien, au suspense de tous les instants.

Une atmosphère pesante, addictive, et une construction impeccable qui permet, grâce à des retours dans le passé, dans l’enfance et l’adolescence, d’en savoir un peu plus sur les deux soeurs sans jamais pouvoir démêler le vrai du faux … jusqu’aux dernières pages.

Un régal du genre.

Retenez bien son nom, elle s’appelle Jane Robins.

Elle ira loin.

 

 

 

Fake News, Michèle Cotta, Robert Namias, Robert Laffont

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Au printemps 2018, les Français ont élu un nouveau président.

Il s’appelle François Berlau. Marié, amoureux de sa femme. Deux enfants.

Il est jeune. 42 ans. Sorti un peu de nulle part. Un vrai provincial, pas honteux de l’être.

Bourré d’ambition.

Celle de tout changer. Absolument tout.

En commençant par ce palais vieillot et inconfortable qu’est l’Elysée. Ensuite, la manière de diriger un pays.

Et jusqu’à présent, on peut dire que les résultats sont là : le chômage a enfin baissé, la croissance repart à la hausse, les exportations reprennent.

Cerise sur la gâteau, Berlau semble très apprécié, à première vue en tout cas, sur la scène internationale.

En France aussi, les citoyens sont sous le charme.

De quoi lui donner toutes les raisons d’être optimiste pour la suite de son quinquennat. Même si en coulisses, tout n’est pas aussi joli qu’il n’y paraît.

D’abord, il y a six mois, ces deux assassinats qui ont fait beaucoup de bruit et couler beaucoup d’encre :  celui du Président du Sénat et celui du patron de presse le plus influent de France.

Voilà qui fait très très mauvais genre. D’autant que l’enquête piétine depuis des semaines. Pour les enquêteurs, aucun élément ne peut accréditer l’une ou l’autre thèse. D’ailleurs, c’est bien simple, ils n’ont aucun piste…

Et puis, il y a cette affaire dévoilée par le Canard Enchaîné. Beaucoup plus délicate. Carrément dangereuse même pour la suite de la carrière du jeune président à la tête de l’état français.

D’après les journalistes du Canard, la campagne électorale de Berlau aurait été financée dans le plus grand secret évidemment, à coups de millions d’euros, par les … mollahs iraniens.

Voilà qui fait très mauvais genre encore et qui risque bien de ruiner tout son capital sympathie auprès de ses électeurs. Une vraie catastrophe pour le jeune président. L’article publié est on ne peut plus clair …

La vérité, c’est que la campagne du plus jeune président que la République s’est jamais donné lui aura coûté plus de cinquante millions, au bas mot. Mais qui étaient ces généreux donateurs, si puissants et habiles qu’ils ont pu faire circuler l’argent par valises entières ?  (…)  Et au terme d’une enquête qui aura mis plus d’un an, nous avons trouvé la clé ouvrant ces valises de billets. A Téhéran. Les ayatollahs n’ont pas que des mauvais côtés et ils ont surtout beaucoup d’argent. Suffisamment en tout cas pour trouver utile et avantageux de financer la campagne de François Berlau. Ce qui fut fait à hauteur de soixante millions.

Les journalistes du Canard viennent de lâcher une bombe…

Quel crédit accorder à ces affirmations étayées quelque temps plus tard par l’enquête d’un autre journal, très sérieux et reprises aussitôt en boucle par les chaînes d’infos en continu ? Et comment le président Berlau va-t-il gérer cette affaire qui s’est très transformée en scandale d’état ?

C’est à découvrir dans ce thriller politique qui tient toutes ses promesses.

Les deux auteurs Cotta et Namias ont mis leur incroyable expérience professionnelle  au service  de l’intrigue qu’ils situent dans un monde qu’ils connaissent particulièrement bien : celui de la politique.

Un monde fait de trahisons et de coups bas, mais aussi d’alliances parfois surprenantes. Un monde qui ne vit que par ce que les médias décident d’en montrer.

Les médias, leurs sites internet, les chaînes d’infos en continu, les réseaux sociaux …

Ou comment un pays peut quasi du jour au lendemain basculer dans le chaos …

Même si tout est possible et crédible, tout est faux dans le roman de Cotta et Namias.

Mais tout pourrait être vrai …

Ce qui le rend complètement glaçant …

Terrifiant …