Hortense, Jacques Expert, Sonatine

Couverture-thriller-Expert-Hortense.jpg

Sophie Delalande dit d’elle même qu’elle est une fille dans la moyenne.  Moyenne de taille, moyenne de poids, moyenne dans son boulot de fonctionnaire au Ministère de l’Education Nationale.

Sophie, qui n’a jamais eu de relation amoureuse sérieuse, doit quasi se pincer quand le très beau et très mystérieux Sylvain s’intéresse à elle lors une soirée.

Sophie, qui doit aussi se demander si elle ne rêve pas encore quand, une semaine après leur rencontre, il vient s’installer dans son appartement.

Un an plus tard, la jeune femme est enceinte et ne sait pas comment l’annoncer à son compagnon. Comme un pressentiment, puisqu’il prend très mal la chose et disparaît en reprenant toutes ses affaires avec lui, laissant Sophie seule avec sa grossesse.

« Il m’avait abandonnée,  et j’allais accoucher seule. En quelques secondes, l’amour immense et inconditionnel que j’avais pour lui s’était mué en une haine profonde… »

Mais la vie continue pour Sophie qui accouche d’une adorable petite fille qu’elle appelle Hortense, une petite princesse à laquelle elle tient comme à la prunelle de ses yeux.

Les mois passent, Hortense grandit sans voir son père biologique : Sophie a toujours refusé de lui montrer sa fille. Jusqu’au jour où Sylvain débarque chez elle et enlève Hortense.

L’enquête ne permettra jamais de retrouver ni l’enfant, ni son père.

Vingt-deux ans plus tard, alors que Sophie ne s’est jamais remise de la disparition de sa petite fille adorée, une jeune femme blonde la bouscule dans la rue.

Sophie en est absolument certaine, son instinct maternel ne peut pas se tromper : celle qui a failli la faire tomber, c’est Hortense, son Hortense.

Elle décide de la suivre, de l’observer, elle va même jusqu’à faire connaissance avec elle, sans rien dévoiler de leur lien de parenté.

Juste pour essayer d’en savoir un peu plus sur celle qui se fait appeler Emmanuelle et qui explique aussi n’avoir jamais connu sa mère…

Sophie a-t-elle vraiment reconnu celle qui était sa raison d’être, ou est-ce le chagrin et la douleur qui la font délirer ? Et puis, cette Emmanuelle,  est-elle si clean que ça ?

Rien n’est moins sûr, dans ce polar au suspense intenable. Le 4ième de Jacques Expert qui est le devenu un maître du genre, en s’inspirant d’un fait divers réel, en le transformant en roman implacable, où la fin vous clouera sur place, après moult rebondissements.

 

Le livre de Joe, Jonathan Tropper, 10-18

1507-1

Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais il est possible que ce roman vous ait échappé au moment de sa sortie, et ce serait franchement dommage de passer à côté, parce que c’est un vrai petit bijou.

Joe Goffman a, semble-t-il, tout pour lui.

Il est riche, il habite un superbe appartement en plein coeur de Manhattan, il roule dans un cabriolet allemand dernier cri. Que demander de plus quand la vie vous sourit de la sorte ?

D’autant que tout cela, il l’a amplement mérité puisqu’il l’a gagné à la sueur de son front, en écrivant un bouquin « Bush Falls » qui est rapidement devenu un incontournable dans les rayons des librairies.

Un best-seller directement inspiré de son adolescence passée dans un bled du Connecticut.

Un best-seller qui ridiculise joyeusement un grand nombre de citoyens de sa bourgade natale. Ce qui n’aurait jamais dû avoir de conséquences sur la vie de Joe qui s’est installé à New York…

Sauf qu’un jour, Joe est rappelé là-bas, au chevet de son père mourant, et qu’il est bien obligé de croiser, de revoir et de faire face à toutes celles et ceux qu’il a gentiment rhabillés pour l’hiver, et on ne peut pas dire que cela se passe toujours dans la joie et l’allégresse …

Vous n’arriverez pas à vous détacher du « Livre de Joe ». C’est un roman bourré d’humour, de tendresse, de dérision.

On y passe sans cesse du rire aux larmes pour une histoire de vie, d’amitié, une histoire d’amour aussi, dans l’Amérique profonde.

Un roman signé Jonathan Tropper qui est devenu un des auteurs américains les plus agréables à lire de sa génération.

DAECH, la main du diable, Claude Moniquet, l’Archipel

0000000000000.img.jpg

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait il y a un an,  le 13 novembre 2015, au moment où les balles de kalachnikovs claquent et sèment la mort aux terrasses de Paris et au Bataclan, ce moment où la France connaît les pires heures de son histoire.

Depuis l’attentat à Charlie, depuis l’attentat à l’Hyper Cacher onze mois plus tôt, on a tous le réflexe de brancher la télé, de zapper entre grandes chaînes traditionnelles et chaînes infos, surfer sur internet, scruter Twitter et Facebook à la recherche de la moindre information.

Pour savoir, pour essayer de comprendre toute cette horreur  qui nous tombe dessus et qui n’en finit pas : après Paris, Bruxelles le 22 mars dernier, après Bruxelles, le carnage à Nice en juillet, sans compter toutes les attaques qui ont eu lieu beaucoup plus loin de chez nous, à Orlando, Istanbul, Dacca ou New York.

Une véritable guerre. Ni plus ni moins.

Terroriste.

Menée par Daech, dont la stratégie est pensée « non par des fanatiques délirants, mais par d’anciens membres des services secrets et de l’armée de Saddam Hussein qui ont rejoint le djihad après l’invasion de leur pays, en 2003. C’est leur professionnalisme, qui rend ces terroristes si déterminés et impitoyables. »

Un professionnalisme que Claude Moniquet analyse au scalpel.

Après être revenu sur un « qui fait quoi »  complètement glaçant, à propos de ces attaques à Paris et à Bruxelles, Claude Moniquet donne son éclairage, celui qu’on peut avoir quand on est, comme lui, particulièrement bien introduit dans le milieu des enquêteurs et dans le milieu du renseignement en général.

Pendant vingt ans, Claude Moniquet a été, rappelons-le, un agent de terrain clandestin pour la DGSE, les services secrets français.

De quoi créer de solides liens avec toutes celles et ceux qui luttent encore aujourd’hui dans l’ombre, de quoi aussi récolter de précieuses informations …

Claude Moniquet, qui est aujourd’hui, notamment, le consultant attitré de RTL et le consultant spécial de CNN, nous entraîne au coeur de la plus grande enquête antiterroriste de tous les temps, de Bruxelles à Paris.

Quelles sont les motivations de ces « soldats d’Allah » ? Pourquoi est-ce que Daech est la plus dangereuse des organisations terroristes ? Le pire est-il à craindre ?

Vous trouverez toutes les réponses dans cette enquête archi complète, hyper documentée.

Probablement ce qui se fait de mieux sur le sujet actuellement.

Partir, Tina Seskis, Pocket

9782266250900

Ce jour-là, c’est un matin presque comme tous les autres à Manchester. Sauf que, quand Ben Coleman ouvre un oeil, il a beau chercher , sa femme Emily n’est pas près de lui dans leur lit.

Elle n’est pas non plus dans leur maison. Ben commence alors à la chercher, sans trop s’inquiéter. Enfin, au début.

Quasi au même moment, Emily arrive à Londres, en train. Elle laisse derrière elle son mari adoré, son petit garçon de deux ans qu’elle aime plus que tout. Elle abandonne aussi son travail, un boulot de juriste. Emily pourtant avait l’air radieuse et parfaitement comblée par la vie.

Avec quelques économies en poche, elle s’installe dans un appartement miteux qui ne ressemble en rien à la confortable maison qu’elle vient de quitter. Elle prend aussi une fausse identité : elle s’appellera désormais Catherine Brown. Elle trouve également un job sans perspective de carrière, l’important est de pouvoir juste assurer sa subsistance.

Emily qui a donc choisi de faire ce que des centaines de personnes font chaque année : disparaître de la circulation, complètement, abandonner sa vie d’avant et son passé qui peut parfois être très, trop, lourd à porter.

On l’imagine, la jeune femme ne fait pas ça de gaieté de coeur . Mais que fuit-elle exactement ?

C’est à découvrir dans cet excellent thriller psychologique : un premier roman qui a fait un carton en Grande-Bretagne à sa sortie : les personnages sont attachants, le suspense constant au fil des pages, l’intrigue bien ficelée : que demander de plus ?

Lignes de fuite, Val Mc Dermid, J’ai lu

1507-1.jpg

En transit à l’aéroport de Chicago, avant de s’envoler pour des vacances en Californie, Stéphanie Hanker s’apprête à prendre l’avion avec son fils, le petit Jimmy.

Au moment de passer le portique de sécurité, elle sonne.

Comme d’habitude quand elle prend l’avion : les broches métalliques de sa jambe déclenchent l’alarme à chaque passage. Elle se dirige donc vers la cabine pour être fouillée, en essayant de ne pas perdre son fils des yeux. Et là, l’horreur : elle voit Jimmy se faire embarquer par un homme en uniforme …

La jeune femme se met alors à hurler pour attirer l’attention des forces de l’ordre qui la croient dérangée et qui ne trouvent rien de mieux que la coller par terre en attendant qu’elle se calme.

Le cauchemar commence pour Stéphanie : quand  le FBI l’écoute enfin,  et que les vidéos de surveillance confirment ce qu’elle s’évertue à dire depuis de longues minutes,  le ravisseur a eu le temps de filer et de précieux moments ont été perdus pour le début de cette enquête.

Qui en voudrait à Stéphanie, cette jeune femme écrivain de l’ombre, nègre en fait : c’est elle qui écrit les biographies de nombreuses personnalités du show business, de sportifs ou de politiques en vue ?

Qui lui en voudrait au point d’enlever ce petit bout qui représente toute sa vie ?

C’est dans son passé qu’il faudra plonger pour essayer de retrouver Jimmy : son passé et le monde de la télé-réalité qu’elle a fréquenté il y a plusieurs années : un monde à part, avec ses codes, ses paillettes, son argent facile, sa misère intellectuelle crasse.

L’enquête est compliquée, pleine de rebondissements.

Ce qui rend le roman addictif.

Complètement .

Un des meilleurs de Mc Dermid.

Richie, Raphaëlle Bacqué, Livre de Poche

9782253098980-001-T.jpeg

Quand il rentrait dans un auditoire, les étudiants scandaient le surnom dont ils l’avaient affectueusement affublé, « Richie, Richie Richie… »  Comme une rock star.

Du jamais vu dans cette institution qu’est Sciences Po.

Lui, Richie, c’est Richard Descoings, un fils de bonne famille, dont l’ascension fulgurante a de quoi donner le tournis, et dont la fin est complètement tragique : comme un héros de Balzac :  Richie est retrouvé mort à 54 ans en avril 2012, dans une chambre d’hôtel de New York, un décès plutôt mystérieux au départ.

A son enterrement, le tout Paris ou presque : des politiques,  des ministres, de gauche, de droite, des grands patrons, des ambassadeurs, même Obama a présenté ses condoléances depuis la Maison Blanche.

Au premier rang, à l’église, son épouse et son  compagnon : tous les deux pleurent chaudement celui qu’ils ont tant aimé sans que cela ne semble gêner le moins du monde le prêtre chargé de la célébration religieuse.

Une situation assez inédite qui a intrigué Raphaëlle Bacqué et qui lui a donné l’envie d’enquêter sur cette personnalité hors du commun.

« Le soir, lorsque le sage énarque enlève son costume et sa cravate pour enfiler pantalon de cuir et tee-shirt moulant et plonger dans la nuit, il ne sait plus très bien laquelle des deux tenues est un déguisement.  »

Richard, l’oiseau de nuit,  goûte à tout : drogues, alcool, sexe, rien ne lui résiste.

En journée, le programme est complètement différent :  » c’est un bûcheur contraint par les règles de l’ambition. »

Comment arrive-t-il à concilier les deux faces de sa personnalité, comment grimpe-t-il petit à petit les échelons ?  Comment est-il parvenu à faire de Sciences Po le vivier de tous les pouvoirs, lui qui a ouvert les portes de ses amphithéâtres aux élèves des banlieues, lui qui s’est battu pour envoyer ses étudiants aux quatre coins du monde, dans les meilleures universités de la planète .

Certains ont vu en lui une espèce d’ovni, un monarque éclairé, à la fois adulé puis démoli par la presse.

Raphaëlle Bacqué a voulu comprendre le phénomène Richie. La journaliste du Monde a rencontré  et interrogé des dizaines de personnes qui ont croisé la route de cet homme tenté par toutes les transgressions.

Avec elle, nous franchissons allègrement les portes des boîtes du Marais, nous nous glissons dans les cabinets ministériels,  nous ouvrons grand nos oreilles dans les salons sarkozystes, nous nous ennuyons avec Richie dans les bureaux du Conseil d’Etat ou ceux de la Cour des Comptes, et puis nous nous éclatons dans ces soirées étudiantes qui s’arrêtent uniquement quand le jour se lève … Pffttttt, on n’a plus vingt ans … difficile de suivre la cadence de Richie …

« Richie » ou un incroyable biopic, qu’on lit d’une traite.

 

Les vies de papier, Rabih Alameddine, Editions les Escales

1507-1.jpg

Elle s’appelle Aaliya Saleh, elle a 72 ans, elle n’est pas toujours experte quand elle fait sa colo : ses cheveux sont bleus à présent, heureusement, elle a une santé de fer lui affirme son médecin, de fer rouillé précise-t-elle.

Aaliya n’a pas de téléphone portable, personne ne l’appelle, elle est seule, et c’est son choix… « Un choix qui tient compte du peu d’autres options disponibles. La société beyrouthine n’appréciait pas les femmes divorcées sans enfant en ce temps-là »…

Mariée à 16 ans, retirée aussitôt de l’école, son mari impuissant la répudie quatre ans après leur mariage qui n’a salué la naissance d’aucun enfant. Pour subsister, elle trouve un emploi dans une librairie de Beyrouth. Elle y restera des dizaines d’années.

Parce que la littérature est son refuge, son plaisir aveugle. L’air qu’elle respire.

Les murs de son vieil appartement sont d’ailleurs tapissés de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes, celles  avec  les traductions qu’elle commence rituellement chaque année le premier janvier, les traductions en arabe de ses auteurs préférés, Kafka, Pessoa ou Nabokov.

Rabih Alameddine propose un somptueux portrait de femme : une femme qui n’a jamais accepté de se laisser enfermer dans le carcan de la société libanaise qui pouvait se montrer très cruelle avec une femme seule.

Aaliya, qui ne s’est jamais soumise.

A personne, et encore moins  à la religion.

Sa religion à elle, c’est la littérature : son seul amour.

Les jurés ne sont pas trompés en lui décernant le prestigieux Prix Fémina Etranger 2016.

Ce roman est absolument éblouissant.

Ne passez pas à côté.