Le mal par le mal, Jérôme Camut, Nathalie Hug, Livre de Poche

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Si vous n’avez pas encore lu « Le sourire des pendus », soit le premier tome de la série W3, c’est le moment de cliquer sur une autre proposition de lecture, ou de commencer à le lire tout simplement pour pouvoir enchaîner avec celui-ci qui en est la suite.

Et on retrouve Lara Mendès, qui se remet tant bien que mal de la séquestration dont elle a été victime en enquêtant  sur le marché du sexe et ses déviances.

Lara qui souhaite se reconstruire et refaire sa vie, loin de W3, ce site d’infos qu’elle a fondé avec ses proches il y a quelque temps déjà pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

Le problème, c’est qu’une vague de meurtres secoue le pays, les victimes étant, à chaque fois, des officiers de police.

De quoi créer rapidement un vrai sentiment de panique, même si visiblement, en haut lieu, on essaie par tous les moyens, d’étouffer l’affaire.

De quoi évidemment susciter la curiosité de la Web TV dont le personnel est convaincu de tenir une nouvelle bombe médiatique …

Le problème, c’est que W3 est fragilisée par des tensions internes, et de très fortes pressions extérieures : la chaîne se retrouve très vite en plein chaos…

Le premier tome de la série, « Le sourire des pendus » avait reçu le Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2014.

La suite est absolument du même acabit.

Camut et Hug ont toujours la même inspiration dans leur écriture à quatre mains.

« Le mal par le mal », un thriller qui décoiffe, sans temps mort, un thriller qui coupe le souffle, très dur,  un de ceux qu’on n’arrive pas à lâcher.

Très très loin de ce que les auteurs français nous servent d’habitude.  Parce que maintenant,  le couple Camut et Hug joue dans la cour des plus grands auteurs du genre.

 

 

 

 

L’innocence des bourreaux, Barbara Abel, Pocket

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Une petite superette de quartier, dans la banlieue parisienne.

Un jour comme tous les autres pour Aline, Germaine, Michèle, Léa ou Guillaume, tous les clients habituels du magasin.

Parmi eux, il y a  une jeune maman qui a laissé son enfant de trois ans seul devant la télé … C’est juste le temps d’acheter des couches-culottes…

Il y a une vieille dame difficile et acariâtre, accompagnée de son aide familiale.

Il y a aussi un couple pas vraiment légitime, et puis, il y a ce caissier qui a la tête complètement ailleurs puisqu’il attend de savoir s’il va être papa… C’est dire s’il se sent concerné par ceux qui défilent devant lui…

Bref, des gens normaux comme vous et moi. Des gens qui n’ont surtout jamais imaginé que leur vie allait basculer quand Jo, un junkie en manque, braque la superette.

L’homme est armé, cagoulé.

Très vite, c’est la panique, les choses tournent mal… très mal …

Pour son dixième roman, la romancière belge Barbara Abel ne recule devant rien : tension psychologique à son maximum et rythme d’enfer dans ce huis-clos redoutable.

Absolument glaçant.

A lire d’extrême urgence.

Sauf si vous devez faire vos courses dans un supermarché ce WE …

Mémoires Beate et Serge Klarsfeld, Livre de Poche

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Il est devenu presque inutile de les présenter : Beate et Serge Klarsfeld.

Un couple déjà entré dans la légende, alors qu’ils sont toujours en vie, tous les deux.

Pourtant, rien ne laissait supposer que Beate, fille d’un soldat de la Wehrmacht, et Serge, fils d’un juif roumain mort à Auschwitz allaient tomber éperdument amoureux l’un de l’autre.

Un coup de foudre sur un quai de métro à Paris.

Beate est alors jeune fille au pair et Serge étudiant à Science Po.  Très vite, ce couple mythique va se spécialiser dans la traque des anciens nazis. D’abord en Allemagne où Beate mène un combat acharné pour les empêcher d’accéder à des postes à haute responsabilité.

En France ensuite : traîner Klaus Barbie devant les tribunaux, c’est eux. Eux encore qui jouent un rôle central dans les procès de Bousquet, Touvier et Papon.

Sans répit, malgré les menaces, malgré les arrestations, un combat de chaque jour. Exemplaire. Raconté de manière passionnante, à deux voix : celle de Beate, en alternance avec celle de Serge.

Des mémoires qui font plus de 1000 pages.

Qu’importe, elles se lisent comme un roman. Extrêmement captivant.

Pour ne pas oublier.

Jamais.

Petit pays, Gaël Faye, Grasset

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En 1992, Gabriel a 10 ans. D’un père français, d’une mère rwandaise, le petit garçon vit avec sa petite sœur Ana, dans une confortable villa d’un quartier d’expats à Bujumbura, au Burundi.

Gaby, c’est comme ça que tout le monde l’appelle, passe le plus clair de son temps, quand il n’est pas à l’école, avec ses amis. Une belle bande de copains, complètement insouciants, plus occupés à faire les 400 coups, à chaparder les mangues les plus mures dans le jardin des voisins, ou plonger dans la rivière que s’inquiéter de la situation politique qui commence vraiment à sentir mauvais.

-« La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors … ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même  dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez.  La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand chose.  »

A ce moment là, à part dévisager les visages et les nez des gens qu’ils croisent, le conflit latent entre Hutu et Tutsie ne perturbe pas encore trop la vie de Gaby.

C’est que  le quotidien du petit métis va d’abord être chamboulé par tout autre chose : la séparation de ses parents, « des adolescents paumés à qui l’on demande subitement de devenir des adultes responsables ».  Qu’à cela ne tienne, Gaby continue sa vie de pré-adolescent, avec ses potes.

« On passait notre temps à se disputer, avec les copains, mais y a pas à dire, on s’aimait comme des frères. Les après-midi, après le déjeuner, on filait tous les cinq vers notre quartier général, l’épave abandonnée d’un Combi Volkswagen au milieu du terrain vague. Dans la voiture, on discutait on rigolait, on fumait des Supermatch en cachette, on écoutait les histoires incroyables de Gino, les blagues des jumeaux, et Armand nous révélait des trucs invraisemblables qu’il était capable de faire, comme montrer l’intérieur  de ses paupières en les retournant, toucher son nez avec sa langue, tordre son pouce en arrière jusqu’à ce qu’il atteigne son bras, décapsuler des bouteilles avec les dents du devant ou croquer du pili-pili et l’avaler sans ciller. Dans le Combi Volkswagen, on décidait nos projets, nos escapades, nos grandes vadrouilles. On rêvait beaucoup, on s’imaginait , le cœur impatient, les joies et les aventures que nous réservait la vie. En résumé, on était tranquilles et heureux, dans notre planque du terrain vague de l’impasse. »

Tranquilles et heureux … cela ne va pas durer, malheureusement. Gaby se demande quand, avec ses copains, ils ont commencé à avoir peur. Est-ce ce jour où deux garçons burundais se sont battus à l’école, ce jour où les élèves se sont rapidement « séparés en deux groupes, chacun soutenant un garçon. « Sales Hutu » disaient les uns, « sales Tutsi » répliquaient les autres ». Gaby qui reconnait avoir voulu rester neutre, et n’avoir pas pu… Un sentiment qui n’a fait que se renforcer, après sa visite au Rwanda voisin, si proche, où la situation s’annonce cauchemardesque pour les Tutsi. Nous sommes fin 1993, à la veille du génocide. Gaby vient de se découvrir métis, Tutsi, et Français …dans un monde qui n’est plus qu’horreurs et violence. C’est toute son existence qui va basculer.

Gaël Faye signe ici son premier roman. Magnifique. Celui d’un enfant confronté avec insouciance d’abord, puis avec beaucoup de lucidité, à l’histoire : celle de sa propre famille, celle avec un grand H.

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

L’écriture de Faye est vive, elle chante, elle virevolte, elle emporte, là-bas, au Burundi, ce petit pays où il faisait si bon vivre, où l’enfer est en train de faire son retour plus de 20 ans après la tragédie que Gaby a vécue…

« Petit pays » est sélectionné dans la dernière liste du Goncourt qui sera décerné ce mercredi 3 novembre. On croise les doigts.

 

 

 

 

 

 

Des garçons bien élevés,Tony Parsons, Collection Points

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Ils étaient sept à la fin des années 80 à fréquenter Potter’s Field, cet établissement scolaire très prestigieux, à la discipline toute militaire. Sept jeunes gens de bonnes familles : les meilleures,  les riches, celles qui fréquentent la haute société londonienne. Celles qui côtoient le pouvoir.

Vingt ans plus tard,  ces anciens élèves ne sont pas vraiment à la fête. Quelqu’un semble s’acharner sur eux.

D’abord, c’est Hugo Buck, banquier de son état, qui est retrouvé égorgé, quasi décapité à son bureau. Pas vraiment une grande perte : l’homme était violent, on ne compte plus les hématomes sur le corps de sa jeune épouse. N’empêche …

Quelques jours plus tard, c’est Adam Jones, un SDF complètement défoncé qui subit le même sort. A priori, aucun lien entre les deux victimes… Sauf qu’elles sont toutes les deux passées par Pottier’s Field … Sauf que sur chaque scène de crime, on trouve le même graffiti en éclaboussures de sang : « porc » …

L’affaire est confiée à Max Wolfe. L’inspecteur, qui n’a pas hésité à désobéir à sa hiérarchie pour empêcher un attentat kamikaze, vient d’être muté à la crime. Ce sont ses premiers meurtres dans la section. Une affaire pour le moins délicate, alors que la vie au quotidien n’est pas toujours simple pour lui qui vit seul dans son loft, avec sa petite fille de 5 ans et leur chiot Stan, un bébé cavalier king charles.

L’enquête est difficile, d’autant que la presse et les réseaux sociaux s’en mêlent, soupçonnant très vite l’existence d’un tueur en série : « Bob le boucher sème la terreur dans la City… »

Pour Max, dont la vie ne tient qu’à un fil aussi, il est évident que ces anciens étudiants  de Pottier’s Field  portent en eux un effroyable secret qui est la cause de ces meurtres : un mensonge qui nourrit une soif de vengeance incroyable.

Laquelle ? C’est à découvrir dans ce policier qui, sans être le polar de l’année, est d’excellente facture. Une fois qu’on l’a commencé, on ne le lâche plus.

L’écriture est rapide, efficace, la construction parfaitement maîtrisée, et le héros, Max, terriblement humain, ce qui rend l’intrigue encore plus attachante.

« Des garçons bien élevés  » a connu un énorme succès en Grande-Bretagne. La suite est déjà parue en anglais.

 

 

 

 

 

 

Check-point, Jean-Christophe Rufin, Folio

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A 21 ans, Maud travaille pour une association caritative lyonnaise qui vient d’envoyer un quinze tonnes sur la route, direction la Bosnie. Nous sommes en 1995, le pays est en guerre.

Dans le convoi avec la jeune femme, quatre hommes, Alex, Lionel, Marc et Vauthier, quatre personnalités complètement différentes que Maud va découvrir, avec leurs blessures, tout au long du trajet.

Un trajet compliqué, dangereux. Sur le chemin, les balles sifflent : les cadavres s’amoncellent dans les campagnes.

Difficile pour ces humanitaires pas vraiment comme les autres de rester de marbre face à ces horreurs. La tension se fait de plus en plus forte au fil des jours, et le fait que la cargaison ne comporte visiblement pas que des denrées alimentaires et des médicaments n’arrange rien…

Check-point, une espèce de road-movie à suspense passionnant, qui a aussi certaines caractéristiques d’un huis-clos.

Oppressant.

Un roman particulièrement efficace et interpellant, qui pose de vraies questions sur la neutralité et l’action humanitaire, en se demandant, par exemple, s’il ne faudrait pas songer à passer à la vitesse supérieure : faut-il continuer à fournir des couvertures et de la nourriture alors que les morts se comptent par milliers … Poser la question, c’est déjà y répondre un peu.

 

La cible, Howard Gordon, Folio Policier

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Dans une vie antérieure, Gideon Davis a été négociateur pour le département d’Etat. Détaché par l’ONU. Pacificateur était son surnom.  Son job : gérer des conflits internationaux.

Mais ça, c’était avant.

A présent, Gideon donne cours à l’université. Une vie rangée, auprès de sa future épouse. Jusqu’au jour où il est abordé par un junkie qui veut lui vendre des informations de la plus haute importance paraît-il.

Pour 100.000 dollars, ce type est prêt à raconter tout ce qu’il sait à propos de la préparation d’un attentat qui serait commis sur le sol américain par des milices d’extrême droite prônant la supériorité de la race blanche. Il fournit même quelques morceaux d’un enregistrement qui prouvent ses dires.

Premier problème, et il est de taille,  c’est que cet informateur est enlevé très peu de temps après ses révélations … Et puis, Gideon ne fait plus partie du secrétariat d’Etat, et il doit, pour faire remonter l’information, passer par le FBI et son ex-petite amie . Le FBI qui ne juge pas le tuyau crédible… Pourtant l’heure tourne, et le danger imminent …

Gideon n’a pas le choix : il  est obligé de faire appel à son frère qui vient de sortir de prison pour essayer  d’infiltrer ce groupe conspirationniste et d’enrayer cette terrifiante course contre la montre…

Howard Gordon est notamment le scénariste de 24H chrono et de Homeland.

Inutile de préciser qu’il connaît les ficelles pour construire un suspense intenable, de chaque instant, le tout servi par des personnages très attachants.

Seul risque : ne pas décoller du  bouquin avant la dernière page … Si vous avez des obligations, c’est un peu gênant …