Sodoma, Frédéric Martel, Robert Laffont

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C’est évidemment l’enquête de la semaine, du mois, peut-être même celle de l’année. Celle dont tout le monde parle pour le moment, celle dont tout le monde parlera encore dans plusieurs mois.

Et il y a de quoi.

Ce qu’on lit dans Sodoma est assez sidérant.

Certains avaient bien une vague idée, d’autres des impressions et des doutes plus un peu plus précis, mais beaucoup sont tombés de leur chaise en lisant les 600 pages de ce pavé sorti simultanément en 8 langues, un peu partout dans le monde, juste au moment où l’Eglise entame un grand sommet de quatre jours pour essayer de condamner les prêtres abuseurs.

600 pages pour une enquête qui donne le tournis.

Pour pouvoir l’écrire, Frédéric Martel a rencontré près de 1500 personnes pour recueillir leurs témoignages. Au Vatican et dans une trentaine de pays.

Parmi elles, on compte 41 cardinaux, qui témoignent de manière ouverte, non anonyme, 52 évêques, 45 nonces apostoliques.

Plus de 200 de prêtres et de séminaristes ont également accepté de parler de leur vie sexuelle, active ou non,  tout en étant membre de l’Eglise.

Ces entretiens n’ont pas été réalisés par téléphone ou par échange d’emails, mais bien en face à face, sur le terrain. Pour la plupart, ils ont fait l’objet, avec l’accord de la personne interrogée, d’un enregistrement.

Frédéric Martel, qui affiche ouvertement son homosexualité, a investigué pendant quatre ans sur ce sujet toujours considéré comme tabou.

Dans l’hebdomadaire le Point, Martel explique que si vous êtes hétérosexuel, vous n’avez pas les codes, vous ne comprenez pas ce qui se passe.

Pour mener son enquête correctement, pour vivre en immersion dans l’Eglise, le journaliste s’est installé à Rome, entre 2015 et 2018, une semaine par mois, logeant même régulièrement à l’intérieur du Vatican grâce à l’hospitalité de hauts prélats qui, parfois, se révélaient être eux-mêmes « de la paroisse ».

Frédéric Martel est très clair, il ne s’agit pas d’une infime proportion de gays qui forment une espèce de caste secrète et influente au sein du Vatican, mais bien la grande majorité de la hiérarchie de la Cité Vaticane qui est homosexuelle.

Martel, qui se refuse à donner une estimation chiffrée, relate néanmoins une de ses sources qui parle de 80 % de gays au Vatican…

Le Vatican  a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde, et je doute que, même dans le Castro de San Fransisco, ce quartier gay emblématique, aujourd’hui plus mixte, il y ait autant d’homos !

Avec une de ses formules choc, Martel explique que le Vatican, c’est Fifty Shades of Gay…

Et Martel explique les différentes catégories que l’on peut y rencontrer : il y a les homophiles, ceux qui ne pratiquent pas, et qui respectent leur vœu de chasteté, mais qui ont une sensibilité homosexuelle.

Il y a aussi ceux qui vivent très mal leurs penchants, et qui s’infligent des punitions, comme la flagellation par exemple. L’auteur raconte qu’il en fréquente un régulièrement qui essaie de « se guérir » : c’est l’un des principaux collaborateurs du pape …

D’autres encore vivent avec un partenaire stable, leur assistant ou ‘beau-frère’. D’autres enfin multiplient les partenaires ou ont recours à la prostitution. Plus on monte dans la hiérarchie, plus on trouve d’homosexuels. Ils se cooptent parce qu’ils se méfient des hétérosexuels. C’est un monde sans femmes. La misogynie y est abyssale.

Une misogynie abyssale et une constance … Les prélats qui tiennent les discours les plus homophobes et traditionnels sur le plan des mœurs s’avèrent eux-mêmes en privé homosexuels ou homophiles, étant ces fameux ‘rigides’ hypocrites dénoncés par François.

Double vie, secrets, schizophrénie, mensonges, rigidité, hypocrisie, une réalité qui dépasse la fiction.

Soyons bien d’accord, ce n’est pas l’homosexualité que Martel dénonce, du tout.

Ce que le journaliste pointe, c’est cette hypocrisie  au sein du Vatican, une situation qui dure depuis des dizaines d’années, une situation bien connue des différents papes qui s’y sont succédés.

Jamais peut-être les apparence d’une institution ne furent aussi trompeuses, et trompeuses aussi les professions de foi sur le célibat et les vœux de chasteté qui cachent une toute autre réalité.

Une situation qui pousserait de nombreux ecclésiastiques à pratiquer la « loi du silence » : s’il couvre un prêtre soupçonné d’abus, c’est d’abord pour se protéger lui-même explique Frédéric Martel aux journalistes du Point.  Une puissante culture du secret a été construite pour cacher l’homosexualité d’une majorité de prélats, et c’est cette culture qui a permis à des abuseurs d’être protégés par une loi du silence qui n’a pas été érigée pour eux

Cette enquête se lit comme un roman…

Ou comment la réalité dépasse incroyablement la fiction…

Une drôle de fille, Armel Job, Robert Laffont

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A la fin des années 50, à Marfort, petite bourgade ardennaise imaginaire de province belge, il n’y a pas grand-chose pour troubler la quiétude des habitants, ni celle des Borj, le couple de boulangers que tout le monde connaît dans la région.

Ruben et Gilda Borj, et leurs enfants aujourd’hui adolescents, Astrid et Rémi, y coulent des jours paisibles. La boutique marche bien, ils n’ont aucun problème d’argent.

Bref, ils ont tout pour être heureux.

Ce jour-là, le 13 septembre 58, ils sont bien loin d’imaginer comment leur vie va changer quand retentit la sonnette de la porte de leur magasin qui sent bon la tarte aux prunes et les fameuses gosettes aux pommes.

Une dame souhaite parler au couple.

Une dame qui représente l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre.

Elle voudrait que les Borj accueille chez eux sous contrat d’apprentissage, la jeune Josée, 16 ans.

Josée dont les parents, et tout le reste de sa famille ont été tués en janvier 45, durant la bataille des Ardennes.

Tous s’étaient réfugiés dans une cave à Houffalize. Ils ont péri lors d’un bombardement de l’aviation américaine.  Seule la petite fille a miraculeusement survécu.

Josée était en parfaite santé, mais souffrait d’une légère déficience mentale consécutive au traumatisme. Elle savait compter, lisait lentement, pouvait écrire quelques mots simples. Elle était très travailleuse, d’un caractère paisible, docile et joyeux.

Au départ, Ruben Borj ne semble pas vraiment enchanté par la proposition, d’autant qu’il apprend que Josée fait parfois des crises d’épilepsie, il a peur que cela fasse fuir le client. Mais Gilda réussit à convaincre son mari et Josée vient donc s’installer chez eux à Marfort.

Une intégration au sein de la cellule familiale sans problème, à première vue en tout cas.

On lui fait une chambre dans la mansarde, comme à l’époque, quand Gilda est arrivée chez les Borj, et comme Gilda, Josée aide du mieux qu’elle peut à la vente dans la boulangerie.

Elle se débrouille d’ailleurs pas mal, au grand soulagement de la patronne qui la surveille étroitement.

Un dimanche, Josée accompagne Astrid à une répétition de la chorale : c’est la révélation. L’adolescente chante divinement bien, ce qui lui vaut très rapidement une place de soliste à la messe de Noël, au grand dam de certaines, dont la jalousie va crescendo quand elles apprennent que la Reine Elisabeth, qui a entendu Josée chanter lors de la retransmission par l’INR, est tombée sous le charme de cette voix cristalline et qu’elle souhaiterait la rencontrer. Elle et deux autres filles de la chorale …

Astrid ne fait pas partie des personnes invitées au Palais …

L’ennui, c’est que la fin de l’amitié chez les filles n’est pas le retour à l’indifférence, mais le début de la haine.

Une phrase terrible qui va prendre tout son sens à Marfort, dont les habitants ne peuvent s’empêcher de colporter des rumeurs qui vont très vite créer un climat absolument détestable pour tous les membres de la famille Borj et entraîner une tension plus que malsaine au sein du couple, au sein de toute la bourgade aussi.

Quand les secrets de famille que l’on croyait enfouis à tout jamais dans le passé refont surface, lorsque le qu’en dira-t-on devient une philosophie de vie, quand les frustrations et les jalousies accumulées au fil du temps empoisonnent le quotidien, que reste-t-il de l’innocence d’une orpheline de guerre qui n’a rien demandé à personne ?

Réponse dans ce thriller psychologique impossible à lâcher une fois qu’on l’a ouvert.

Armel Job, dont on attend plus qu’impatiemment la sortie annuelle, début février,  est devenu le maître du genre.

Incontestablement un des meilleurs pour plonger dans l’âme humaine et aller gratter au delà de l’inavouable.

Un orfèvre pour exhumer toutes ces choses qu’on a tout fait pour essayer désespérément de taire définitivement.

 

Un petit bijou. Un vrai …

 

 

 

 

Madame la Présidente, Ava Djamshidi, Nathalie Schuck, Editions Plon

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D’elle, on connaît le sourire, le bleu des yeux, le blond du brushing impeccable.

D’elle, on connaît aussi la frêle silhouette, la coupe des tailleurs Vuitton, les stilettos.

D’elle on connaît encore les très nombreuses couvertures des magazines, les photos faussement paparazzées ou non, photoshopées un peu, beaucoup ou pas du tout, selon de degré de bienveillance de l’éditeur.

Tout ce qu’on remarque au premier regard chez Brigitte Macron, c’est tout ça.

Tout ce qui pourrait laisser penser qu’elle ne serait qu’une potiche à côté de son mari.

Ce serait bien mal la connaître : comme elle le dit elle-même, elle est tout sauf un « pot de fleurs », même si elle reconnaît avoir une vie très banale avant …

Avant, quand son mari n’était qu’un jeune banquier prometteur et qu’il n’était que son mari plus jeune.

En 2014, personne, excepté le microcosme parisien, ne connaît Emmanuel Macron, et encore moins son épouse.

En 5 petites années, elle est passée de l’ombre à la lumière, du statut de professeur retraitée à celui de première dame d’une des plus grandes puissances mondiales.

Peu de temps après l’élection de son mari, Brigitte est extrêmement populaire. Au fil des mois, ça se tasse, mais elle bénéficie toujours d’un capital sympathie non négligeable.

De quoi faire un peu oublier les affronts subis de la part de personnalités de premier rang, comme ce goujat de président américain qui lui dit qu’elle est drôlement bien conservée, sous-entendu pour son âge. De quoi aussi gonfler le moral pour faire face aux rumeurs d’homosexualité de son mari.

Brigitte qu’on dit chaleureuse, empathique, humaine, drôle et si attentive aux autres.

Brigitte qui surveille la ligne d’Emmanuel.

Brigitte qui a tellement peur de lui causer du tort, mais qui ose tout lui dire, même s’il faut parfois hausser le ton.

Brigitte qui ne connaît pas vraiment d’ennemis, sauf peut-être ceux qu’on appelle les Mormons, la garde rapprochée de son mari.

Ils la détestent paraît-il. Ils l’appellent même « la vieille »…

Brigitte qui doit néanmoins à présent se méfier de tout le monde …

Alors, est-ce elle qui a mené son mari jusqu’aux portes du pouvoir ? Un de leurs intimes est absolument convaincu que c’est Brigitte qui a conduit Emmanuel à l’Elysée et que son mari lui doit tout.

Une thèse très largement partagée parmi les connaisseurs de la vie politique, qu’ils soient élus, ministres, conseillers ou communicants. Parce qu’elle lui a permis d’entrer dans les maisons des Français « grâce aux salons de coiffure », pointe avec une once de mépris un des collaborateurs du président. Pour ce qu’elle incarne aussi, Brigitte Macron rend crédible la candidature « anti-système » d’un pur produit de la méritocratie française, énarque, banquier d’affaires qui plus est. Sans elle à ses côtés, nulle transgression, la ligne « anticonformiste » ne fonctionne pas sans elle. Emmanuel Macron est si lisse, un jeune homme si parfait, sans la moindre aspérité. (…) Le nouveau monde, la modernité, c’est elle. Lui était déjà vieux quand il avait 20 ans. Elle est le quotient émotionnel, il est le quotient intellectuel. Or le cerveau intègre les choses par l’émotion. C’est cela qui attire l’attention.

Ava Djamshidi, journaliste politique au Parisien, et Nathalie Schuck, grand reporter politique au Parisien également,  signent ici à quatre mains une enquête impossible à lâcher avant la dernière page.
Une enquête qui aura duré des mois.
Pour l’écrire, elles ont recueilli les confidences de dizaines de témoins.
Plus de 70 en tout : des élus, des ministres actuels et anciens, des amis, des conseillers et des artistes, tous proches du couple.
Des témoignages qui ont permis de lever un coin du voile et de découvrir le quotidien de Brigitte Macron, qui a accepté de leur parler aussi, alors qu’elles n’avaient pas de rendez-vous avec elle mais avec son équipe à l’Elysée.
Autant de rencontres pour se faire une idée très précise de l’influence de Brigitte sur son mari, du rôle qu’elle tient exactement en coulisses, et officiellement, dans ce huis clos de l’Elysée où, comme le dit si bien Stéphane Bern, elle est la dernière à lui parler le soir … au grand désespoir de certains …
Le véritable rôle de Brigitte Macron.
Passionnant.

Les Illusions, Jane Robins, Sonatine

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Elles sont soeurs : jumelles.

Mais aussi différentes que deux sœurs peuvent l’être.

Il y a Tilda. La si jolie Tilda à qui tout réussit dans la vie : une carrière d’actrice qu’elle mène très correctement pour lui assurer une notoriété certaine, et un certain confort matériel.

Et puis, il y a Callie, la sœur de Tilda. Beaucoup moins avenante physiquement, qui a beaucoup moins bien réussi aussi que sa jumelle.

Callie n’a jamais fait d’études, elle travaille dans une librairie, à mi-temps, et vit seule dans un tout petit appartement assez minable.

Callie et Tilda ne se fréquentent pas beaucoup. C’est vrai qu’elles n’ont pas grand-chose en commun.

Ponctuellement pourtant, elles se voient chez Tilda pour se faire des séances de vieux films sur DVD. Mais de moins en moins souvent.

C’est que Tilda, depuis qu’elle a un nouvel amoureux, a beaucoup moins de temps à consacrer à Callie.

L’amoureux s’appelle Félix.  Félix est sympa, beau, banquier et riche. Que demander de plus ?

Avec la délicieuse Tilda, ils forment un couple très glamour, qui semble nager dans le bonheur. C’est l’image que les tourtereaux donnent en tout cas. Pour tout le monde, sauf pour Callie.

Callie, elle, est convaincue que tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraît. Elle pense que Félix maltraite sa soeur : physiquement mais aussi psychologiquement.

Et, de manière très consciencieuse, Callie note depuis des années, toutes ses impressions sur Tilda dans un carnet qui ne la quitte pas.

J’ai été choquée de voir les bleus sur les bras de Tilda. Est-ce Félix qui en est responsable ? Je ne sais pas. Je n’arrive pas à déterminer si c’est quelqu’un  de réellement formidable – qui organise des vacances surprises et rénove l’appartement de sa petite amie – ou de profondément dangereux. Quoi qu’il en soit, Tilda est complètement éprise de lui, et moi je souffre. Je ne sais pas si je ressens toujours l’euphorie qui venait de mon adoration pour lui, ou si je suis désormais terrifiée de m’être laissé manipuler.

De plus en plus, Callie pense que Félix est un sombre manipulateur qui n’a qu’un but, c’est d’isoler sa proie, en l’obligeant petit à petit couper les ponts à la fois avec sa famille, ses amis, et ses relations professionnelles, comme tout bon pervers narcissique qui se respecte.

Mais a-t-elle raison de s’alarmer, de penser que le couple de sa soeur et Félix est trop beau pour être vrai ? Ou se fait-elle tout simplement des illusions, probablement un peu jalouse et envieuse de la réussite de sa jumelle ? Et si c’était elle qui avait un problème ?

Quoi qu’il en soit, Callie commence à faire des recherches sur des sites consacrés aux tyrans domestiques. Elle arrive même à s’introduire dans l’appartement du couple pendant leurs vacances pour y rechercher le moindre indice qui pourrait prouver que Tilda est en danger…

La mort de Félix, d’une crise cardiaque, après son jogging, à la page 11 du roman ne permet d’accréditer absolument aucune hypothèse … et le mystère est entier …

Jane Robins signe ici son premier roman. Une vraie perle.

Dans la droite lignée de « La fille du train » de Paula Hawkins ou des « Apparences » de Gillian Flynn, qui a inspiré « Gone Girl ».

Peut-être même mieux …

« Les Illusions » ou un thriller très hitchcockien, au suspense de tous les instants.

Une atmosphère pesante, addictive, et une construction impeccable qui permet, grâce à des retours dans le passé, dans l’enfance et l’adolescence, d’en savoir un peu plus sur les deux soeurs sans jamais pouvoir démêler le vrai du faux … jusqu’aux dernières pages.

Un régal du genre.

Retenez bien son nom, elle s’appelle Jane Robins.

Elle ira loin.

 

 

 

Fake News, Michèle Cotta, Robert Namias, Robert Laffont

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Au printemps 2018, les Français ont élu un nouveau président.

Il s’appelle François Berlau. Marié, amoureux de sa femme. Deux enfants.

Il est jeune. 42 ans. Sorti un peu de nulle part. Un vrai provincial, pas honteux de l’être.

Bourré d’ambition.

Celle de tout changer. Absolument tout.

En commençant par ce palais vieillot et inconfortable qu’est l’Elysée. Ensuite, la manière de diriger un pays.

Et jusqu’à présent, on peut dire que les résultats sont là : le chômage a enfin baissé, la croissance repart à la hausse, les exportations reprennent.

Cerise sur la gâteau, Berlau semble très apprécié, à première vue en tout cas, sur la scène internationale.

En France aussi, les citoyens sont sous le charme.

De quoi lui donner toutes les raisons d’être optimiste pour la suite de son quinquennat. Même si en coulisses, tout n’est pas aussi joli qu’il n’y paraît.

D’abord, il y a six mois, ces deux assassinats qui ont fait beaucoup de bruit et couler beaucoup d’encre :  celui du Président du Sénat et celui du patron de presse le plus influent de France.

Voilà qui fait très très mauvais genre. D’autant que l’enquête piétine depuis des semaines. Pour les enquêteurs, aucun élément ne peut accréditer l’une ou l’autre thèse. D’ailleurs, c’est bien simple, ils n’ont aucun piste…

Et puis, il y a cette affaire dévoilée par le Canard Enchaîné. Beaucoup plus délicate. Carrément dangereuse même pour la suite de la carrière du jeune président à la tête de l’état français.

D’après les journalistes du Canard, la campagne électorale de Berlau aurait été financée dans le plus grand secret évidemment, à coups de millions d’euros, par les … mollahs iraniens.

Voilà qui fait très mauvais genre encore et qui risque bien de ruiner tout son capital sympathie auprès de ses électeurs. Une vraie catastrophe pour le jeune président. L’article publié est on ne peut plus clair …

La vérité, c’est que la campagne du plus jeune président que la République s’est jamais donné lui aura coûté plus de cinquante millions, au bas mot. Mais qui étaient ces généreux donateurs, si puissants et habiles qu’ils ont pu faire circuler l’argent par valises entières ?  (…)  Et au terme d’une enquête qui aura mis plus d’un an, nous avons trouvé la clé ouvrant ces valises de billets. A Téhéran. Les ayatollahs n’ont pas que des mauvais côtés et ils ont surtout beaucoup d’argent. Suffisamment en tout cas pour trouver utile et avantageux de financer la campagne de François Berlau. Ce qui fut fait à hauteur de soixante millions.

Les journalistes du Canard viennent de lâcher une bombe…

Quel crédit accorder à ces affirmations étayées quelque temps plus tard par l’enquête d’un autre journal, très sérieux et reprises aussitôt en boucle par les chaînes d’infos en continu ? Et comment le président Berlau va-t-il gérer cette affaire qui s’est très transformée en scandale d’état ?

C’est à découvrir dans ce thriller politique qui tient toutes ses promesses.

Les deux auteurs Cotta et Namias ont mis leur incroyable expérience professionnelle  au service  de l’intrigue qu’ils situent dans un monde qu’ils connaissent particulièrement bien : celui de la politique.

Un monde fait de trahisons et de coups bas, mais aussi d’alliances parfois surprenantes. Un monde qui ne vit que par ce que les médias décident d’en montrer.

Les médias, leurs sites internet, les chaînes d’infos en continu, les réseaux sociaux …

Ou comment un pays peut quasi du jour au lendemain basculer dans le chaos …

Même si tout est possible et crédible, tout est faux dans le roman de Cotta et Namias.

Mais tout pourrait être vrai …

Ce qui le rend complètement glaçant …

Terrifiant …

 

 

 

 

Félix et la source invisible, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel

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Félix est un gamin de 12 ans, plutôt bien dans sa peau.

Il vit seul avec sa maman Fatou à Belleville, où elle tient un petit troquet, appelé judicieusement « Au boulot ».

C’est là que se retrouvent des habitués, des riverains en manque de chaleur humaine. Ici, ils sont les rois, soignés aux petits oignons par la vive, pétillante, curieuse, rayonnante, expansive et gracieuse Fatou.

Fatou qui a pour habitude de trouver de jolis surnoms à sa clientèle, histoire qu’elle se sente  plus à l’aise.

Fatou qui a choisi « Félix » comme prénom pour son fils unique, parce qu’elle est convaincue que « Félix » qui signifie heureux en latin lui garantira un destin enchanté.

Tout va donc très bien dans la vie de Félix, jusqu’au moment où Fatou sombre dans une profonde dépression qui s’aggrave chaque jour qui passe, sans qu’on sache trop pourquoi, puisqu’au premier regard, il ne semble pas, à priori, y avoir de raisons sérieuses qui pourraient menacer l’existence heureuse et paisible de la maman et de son fiston.

Fatou ne parle plus, elle ne regarde plus personne, ne s’alimente quasi plus non plus.

Elle commence à développer des tocs : elle se met à compter tout ce qui lui passe sous la main. Et très curieusement, elle nettoie tout, absolument tout à l’eau de javel.

Son entourage et ses plus fidèles clients, Félix, tout le monde est très inquiet. D’autant que les anti-dépresseurs prescrits par le médecin n’ont servi strictement à rien. Au contraire, Fatou va de plus en plus mal. Et c’est toujours complètement incompréhensible.

En désespoir de cause, Félix, qui ne supporte plus voir sa maman dans cet état, appelle son oncle pour qu’il revienne d’Afrique.

Avec lui, ils vont aller consulter des marabouts.

Ce qui ne sert bien sûr à rien : à part les délester de leurs économies, ces charlatans n’ont évidemment rien tenté pour améliorer l’état de la malheureuse qui fait peine à voir.

C’est alors que se pointe le Saint-Esprit.

Félicien Saint-Esprit. Capitaine de frégates. Martiniquais.

Félicien est le père biologique de Félix, qui voit cette arrivée d’un tout mauvais oeil.

Félix n’a jamais eu besoin de papa. Il n’a jamais dû partager sa maman, et il n’a aucune envie que cela change. Pourtant, il doit se rendre à l’évidence, il faut qu’un adulte prenne les choses en main et agisse.

Il y a urgence si on veut sauver Fatou.

Félix accepte donc que Félicien et lui emmènent Fatou en Afrique, là où elle a grandi, près des arbres et près du fleuve.

En espérant évidemment la soigner …

Ce voyage aux origines va-t-il pouvoir ramener Fatou à la vie d’avant et faire disparaître tous ses tourments ?

C’est à découvrir dans « Félix et la source invisible »,  un conte qui fait partie du Cycle de l’invisible, initié avec « Milarepa ».

Un cycle qui aborde la recherche du sens, à travers des récits tous indépendants les uns des autres, mais avec à chaque fois, un héros qui « affronte des moments cruciaux de l’existence et trouve dans une rencontre la force d’avancer », cette rencontre étant en même temps celle d’une spiritualité.

Et donc, après avoir abordé le bouddhisme tibétain, l’islam sous la forme du soufisme, le christianisme, le bouddhisme zen, le confucianisme ou encore la musique, Eric-Emmanuel Schmitt évoque l’animisme dans ce conte si doux à lire.

Un vrai bonbon. Un vrai régal.

Un vrai moment magique de lecture.

Un livre qui fait du bien.

 

 

 

Première dame, Caroline Lunoir, Actes Sud

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Le compte à rebours est lancé : il reste 726 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle.

C’est long et c’est peu de temps à la fois pour Marie, l’épouse de Paul, candidat à la primaire de son parti.

Un délai que Marie va mettre à profit pour tenir un journal de la campagne qui s’annonce.

Elle, l’épouse dévouée, la mère exemplaire, est au départ, on a un peu tendance à l’oublier,  une journaliste qui parle russe. Aujourd’hui elle écrit des chroniques art et culture dans un hebdomadaire. Une mise entre parenthèses de sa carrière pour laisser la place à celle de son mari. Pour s’occuper aussi de leurs 4 enfants. Une existence plutôt douce jusqu’à présent, qu’elle n’a jamais songé à remettre en question.

Et la campagne démarre.

Très vite, les premières trahisons d’amis proches qui passent dans le camp adverse. Encore plus vite, les vies de Marie et celle de son candidat de mari sont passées au crible par la presse qui ne leur laisse pas un moment de répit.

Très rapidement encore, les premiers meetings sont organisés.

Les premiers sondages commencent aussi à livrer leurs premiers résultats : et le moins que l’on puisse dire, c’est que Paul ne semble pas vraiment être favori : les sondeurs le placent péniblement à la troisième position de la primaire.

A J-383, soit à un peu plus d’un an du premier tour, le chouchou des médias, le grand favori, le candidat du parti opposé est arrêté aux Etats-Unis pour violences sur deux prostituées … ce qui change considérablement la donne…

Mais la campagne est loin d’être finie.

A J-147, au soir de la primaire :  « Un choc de bonheur. Une claque d’euphorie. Il y a cette tension joyeuse qui monte, au milieu des rires, des plaisanteries et d’une bonne humeur tenace avec les retours des bureaux de vote. Le téléphone qui sonne en continu. Le portable de Paul qui clignote de messages. Les fouilles des poubelles où le bulletin de Paul serait rare, les journalistes qui arrivent de plus en plus nombreux (…) L’ancien président, éliminé, évincé, neutralisé. Le favori, laissé loin derrière. Paul, premier, Paul en raz-de-marée, mon Paul, conquérant d’une victoire arrachée aux politiques, aux commentateurs, plébiscité par notre peuple, nos militants. Ce soir de victoire ne ressemble à aucun autre. Le destin est en marche, j’ai confiance. »

Pour le clan de Paul, la joie et le bonheur seront de courte durée. La campagne reprend de plus belle. Personne ne retient ses coups.

Et Marie ne sera pas épargnée. Le scandale est là. De quoi ébranler toutes ses certitudes. De quoi faire éclater la cellule conjugale et ce cocon familial si précieux.

Comment Marie va-t-elle traverser toutes ces turbulences ? Le soutien inconditionnel qu’elle offre à Paul sera-t-il plus fort que tout ce qu’elle subit ?

Réponse dans ce très très chouette roman signé Caroline Lunoir, sans doute largement inspiré par les différents scandales que la politique française a proposé lors des dernières présidentielles.

Un journal intime magnifiquement écrit, délicieusement vieille France pour dresser le portrait d’une héroïne toute en retenue, qui ne sait que faire pour garder la tête haute dans ce torrent de boue, pour sauver le peu de fierté qui lui reste.

On imagine un peu mieux ce que Pénélope Fillon a enduré …

 

Une femme entre deux mondes, Marina Carrère d’Encausse, Pocket

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Elle, c’est Valérie. Ecrivain, journaliste et maman comblée de deux enfants de 15 et 13 ans.

Après vingt ans de mariage et une séparation qui s’est faite dans la douleur, Valérie croit qu’elle est heureuse de ce qu’elle vit depuis trois mois avec son nouvel amoureux Olivier. Un amoureux qu’elle a rencontré lors d’un salon littéraire alors qu’elle y dédicaçait son dernier roman. Depuis, ces deux-là ne se quittent presque plus.

Un jour, Valérie est conviée à un atelier dans le club de lecture d’une prison pour femmes. Un établissement où certaines sont incarcérées en préventive, dans l’attente de leur jugement, mais aussi une maison de peines : d’autres sont là pour très longtemps, sans espoir de sortie.

Cette après-midi là, les échanges avec les détenues sont riches, forts et marquent profondément Valérie, qui reçoit quelques jours plus tard une lettre d’une détenue.

Cette détenue, c’est Nathalie.

Incarcérée depuis très longtemps, et pour encore de très longues années :  elle a été condamnée à 20 ans de réclusion pour un crime qu’elle a délibérément choisi de commettre, comme elle l’explique d’ailleurs elle-même.

Que faire de cette lettre ?

Y répondre ?

Faire comme si elle ne l’avait pas reçue ?

Valérie est indécise puis finit par être obsédée par ce courrier auquel elle répond enfin. Les deux femmes vont alors commencer à s’écrire, puis à se voir au parloir.

Valérie était convaincue qu’elle allait pouvoir apporter beaucoup à Nathalie. C’est tout le contraire qui se va se produire.

Avant d’être lourdement condamnée, Nathalie était psychanalyste. Très rapidement, après quelques visites que les deux femmes trouvent chaque fois trop courtes,  elle comprend que Valérie traîne en elle depuis très longtemps quelque chose qui l’empêche de s’épanouir complètement. Elle comprend aussi que le nouvel amoureux de Valérie n’est peut-être pas si bien que cela : son comportement commence à friser la manipulation. Parfois la perversion.

Pourquoi est-ce que Valérie ne le remarque pas ? Pourquoi supporte-t-elle ces attitudes si blessantes ?

Nathalie va l’aider à plonger dans son passé pour commencer à y voir clair et surtout se débarrasser de toutes ces blessures qui sommeillent en elle de manière complètement inconsciente. Un travail difficile, qui plonge dans l’intime, pour révéler un amour auquel les deux femmes ne s’attendaient absolument pas.

« Une femme entre deux mondes » ou l’opposition d’un enfermement carcéral à celui d’une prison morale, la rencontre de deux femmes que tout oppose.

C’est un bien joli roman que nous propose Marina Carrère d’Encausse qui a su décrire sans aucun pathos, mais avec beaucoup de sensibilité et beaucoup de pudeur la naissance de cette amitié et de cet amour si particuliers entre ces deux femmes rongées chacune par un passé qu’il faut apprivoiser à chaque instant.

Un roman qu’on ne lâche qu’une fois la dernière page lue.

Battements de coeur, Cécile Pivot, Calmann-Lévy

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Anna Capaldy, pas encore 40 ans, ravissante de l’avis général, est éditrice dans sa propre maison d’édition, une maison qu’elle a créée avec son meilleur ami il y a une quinzaine d’années.

Mère célibataire de deux garçons, elle est plutôt heureuse.

Son boulot lui plaît. Sa situation matrimoniale également : elle aime les hommes et compte sur le sexe pour s’amuser dans la vie.

Rien de plus.

Ses seules faiblesses résident dans son enfance : ses parents qu’elle juge déprimants, repliés sur eux-mêmes, avec qui elle a peu de contacts, ce qui lui manque beaucoup.

L’autisme de son fils Hugo ne représente pas une autre faiblesse pour elle, mais bien une force.

Paul Landersonne, lui, a un peu plus de 40 ans. Il est paysagiste, à la tête d’une affaire prospère qui l’oblige souvent à refuser des chantiers.

Père de deux enfants également. De deux mères différentes. Il ne sait plus trop quoi penser des femmes et de l’amour. Ce qui l’intéresse plus que tout, c’est protéger sa tranquillité d’esprit jusqu’à la fin des temps.

Mais il ne crache certainement pas sur une aventure.

Anna et Paul se rencontre lors d’un dîner.

Quelques jours plus tard, alors qu’ils se sont à peine parlé, Paul invite Anna au restaurant. La conversation met un peu de temps à se mettre en route, comme s’il étaient un peu gênés d’être là assis là, l’un en face de l’autre.

Un moment qui ne dure pas longtemps.

Elle aime la ville, lui la nature. Elle aime la mer, lui la campagne. Elle lit beaucoup, lui peu. Elle fréquente les théâtres, lui les cinémas. Elle adore les chats, lui les chiens. Elle est bordélique, il est maniaque. Elle se couche tard, il s’endort tôt. Elle fait la grasse matinée, il se lève à l’aube. Elle dort mal, lui comme un bébé. Elle est de l’hiver, lui du printemps. Elle goûte les bourgognes, lui les bordeaux.

 Qu’importe si tout semble les opposer.

Pour le moment, il n’y a que cette attirance qui compte. Si forte.

Tellement forte qu’elle va les pousser à renoncer à la solitude qu’ils appréciaient tant, chacun de leur côté.

Tellement forte qu’ils vont acheter une maison,  faire une croix sur  leur liberté chérie et s’installer ensemble : une vraie famille recomposée, avec tous ses bonheurs et toutes ses difficultés parfois.

Qu’importe, leur amour semble plus fort que tout.

Les années passent.

L’habitude s’installe. Le doute aussi.

Le doute, ce poison contre lequel on ne sait pas faire grand chose.

Parviendront-ils à surmonter ce doute et l’usure du temps, quand la passion s’est éteinte et qu’il ne reste que cette autre chose, cette autre chose si difficile de nommer et d’apprécier ?

La réponse dans ce très beau roman.

Le premier de Cécile Pivot. Qui découpe au scalpel une histoire d’amour, classique certes, mais très joliment racontée.

Avec des personnages intéressants et attachants, dans lesquels plus d’une lectrice ou d’un lecteur se reconnaîtra.

Un premier roman servi par une écriture simple, vive et efficace, qui ne permet pas l’abandon du livre avant la dernière page.

Bernard Pivot peut être fier de sa fille.

 

Les fureurs invisibles du coeur, John Boyne, Editions JC Lattès

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En 1945, Catherine Goggin a seize ans à peine.

Elle vient de se faire humilier et insulter par le curé de la paroisse qu’elle fréquente avec ses parents, dans son petit village, non loin de Cork, au sud de l’Irlande. Une humiliation publique lors de la messe hebdomadaire parce qu’elle est enceinte et qu’elle refuse de donner le nom du père de son enfant.

Ce jour-là, bannie de sa communauté, elle prend un billet aller, sans retour, pour Dublin, où elle s’installe sans connaître personne. Elle y trouve heureusement très rapidement du boulot au salon de thé de l’Assemblée Nationale irlandaise.

Quelques mois plus tard, dans des circonstances dramatiques, elle accouche d’un petit garçon, qu’elle abandonne à la naissance, avec beaucoup de regret, consciente qu’elle ne pourra pas lui assurer un avenir serein.

Sept ans ont passé.

Le bébé a grandi.

Il s’appelle Cyril. Il a été adopté par Charles et Maude Avery : un couple de dublinois, aisé, et excentrique. Elle écrit des livres, lui est banquier, assez connu, plutôt magouilleur.

Cyril grandit à l’abri du besoin, mais sans grande chaleur humaine. Son père lui faisant très souvent comprendre qu’il n’est pas un vrai Avery, qu’il ne le sera jamais puisqu’il a été adopté. Qu’à cela ne tienne. Il semble s’en accommoder sans trop de problème. Et ce genre de considérations complètement mesquines n’intéresse absolument pas le meilleur ami de Cyril, Julian Woodbead.

Les deux gamins se sont connus alors que le père de Julian, avocat, défend le père de Cyril, dans une bien vilaine posture par rapport au fisc.

Mais il faudra sept années supplémentaires pour que les deux ados se retrouvent dans la même école, dans le même internat.

Et Julian devient le rayon de soleil de Cyril.

Julian, si brillant, si beau, si aventureux, si dragueur, si charmeur.

Au fil des mois, alors que Julian multiplie les conquêtes féminines, Cyril va se rendre à l’évidence : lui, ce n’est pas les filles qu’il aime.

Lui, il est amoureux de Julian.

Et donc homosexuel.

Une évidence douloureuse dans cette Irlande rétrograde des années 60, où l’on envoie toujours en prison celles et ceux qui préfèrent le même sexe.

Impossible donc pour lui de révéler qui il est vraiment. Il essaie même vainement de se tourner vers les femmes…

Comment dans ces conditions va-t-il trouver son équilibre et son épanouissement intérieur ?

Réponse dans ce somptueux roman de John Boyne.

Un roman puissant, qui vous fera passer du rire aux larmes.

De la tendresse à la colère.

De la résignation à l’espoir.

En revivant toutes ces années à travers Cyril, ce héros si attachant, l’histoire de l’Irlande se dessine assez honteusement, des années 40 à nos jours, des années sida à la légalisation du mariage homosexuel.

Boyne signe un roman d’une justesse rare, sans un gramme de pathos pour dénoncer toutes ces injustices et toutes ces horreurs.

Un moment de grâce …